DIVERTISSEMENT

Anik Jean: le tournant «Lost Soul» (ENTREVUE)

01/03/2016 12:30 EST
Jean-François Bergeron

Le projet Lost Soul, qui marie un album en anglais paru à l’automne et un film, marque un tournant dans la carrière d’Anik Jean. Il pose le jalon de la chanteuse qui réalise le rêve de ses débuts, de la femme d’affaires qui entreprend désormais ses démarches sans rien demander à qui que ce soit, de la comédienne encore inavouée qui assume de plus en plus son goût pour le jeu.

Il y a bientôt deux ans, Anik Jean entamait le boulot sur son cinquième disque, Lost Soul, une œuvre symbolique à plusieurs égards : en plus de célébrer ses 10 ans de métier (son premier opus, Trashy Saloon, avait vu le jour en août 2005) et de signifier son retour après «l’affaire» des fausses lettres d’intimidation, une campagne de promotion accompagnant son quatrième album, Schizophrène, qui avait mal tourné, en 2013, Lost Soul dévoile au vu et au su de tous l’aisance d’Anik à se commettre dans la langue de Shakespeare.

Elle avait toujours écrit en anglais, et devait même, à l’origine, produire ses premières galettes dans cette langue, mais le sort a voulu que celle que Jean Leloup avait jadis prise sous son aile connaisse quelques bombes radiophoniques en français (dont Je suis partie, Junkie de toi et Oh mon chéri) avant de pouvoir laisser parler sa vraie nature.

cover

Il faut dire qu’entre les premiers efforts de la gamine de 22 ans qui avait poussé ses premières notes en Californie, ceux de la jeune adulte timide qui avait proposé Trashy Saloon à 27 ans et ceux de la femme mariée d’aujourd’hui 38 ans, de surcroît maman, l’eau a coulé sous les ponts de sa Gaspésie natale. Qui plus est, Anik Jean expose les recoins les plus cachés d’elle-même dans les textes de Lost Soul, dont elle qualifie les sonorités vaporeuses de «sombres et mélancoliques».

«Cet album, c’est la musique que j’écoute, indique Anik Jean. On dit ça à chaque fois, mais c’est l’album que j’ai fait qui me ressemble le plus. Il y a 10 ans, je voulais faire cet album mais, dans mon style d’écriture, je n’étais pas encore rendue là. Je n’avais pas le vécu pour le faire. Là, je l’entends…»

«Je n’ai jamais été aussi heureuse, assure Anik, obstinant ainsi les propos noirs de Lost Soul. J’ai un enfant, un homme qui m’aime. Je ne peux pas demander mieux. Mais il y a une partie de moi qui est très sombre. Ça part de mon enfance. Je vais puiser là-dedans pour écrire, parce que ça m’inspire beaucoup. Écrire, c’est une thérapie. Je sors plein d’affaires, des bibittes, que je mets en chansons et en textes. Le titre exprime bien l’esprit du projet : Lost Soul, âme perdue. On a tous, dans notre vie, des moments où on se demande où on est rendus. Et il y a aussi une part de l’album qui est complètement fictive.»

Anik Jean a réalisé Lost Soul, comme elle avait auparavant réalisé Anik Jean et Schizophrène, ses deux précédentes créations, en 2010 et 2013. Cette fois, la grande perfectionniste en elle a appris à lâcher prise, et le résultat s’en est trouvé grandement facilité : presque toutes les pistes de Lost Soul ont été enregistrées en une prise, dans l’ancienne église d’Arcade Fire, à Farnham.

De l’album au film

En cours de processus de fabrication, les images de Lost Soul se sont imbriquées dans la tête d’Anik Jean pour devenir un scénario. Un scénario de long-métrage que l’auteure-compositrice n’est pas contentée d’imaginer, mais qu’elle a également matérialisé, avec son complice, Jean-François Bergeron. Ensemble, les deux amis ont coréalisé le film de 65 minutes, dont la particularité sera d’être projeté uniquement dans des contextes particuliers, où Anik chantera la trame sonore sur place, live, avec cinq musiciens.

«On a fait une équipe de feu», s’emballe Anik, à propos de son partenaire professionnel.

Lui a façonné les images, s’est chargé de la direction artistique. Elle en a écrit les textes et les mélodies, en plus de créer les costumes. «J’ai compris comment Xavier Dolan travaille», commente «l’âme» du projet, qui incarne aussi le rôle principal dans cette fresque sans dialogues, ou presque.

«C’est l’histoire d’une mère de deux garçons de 4 et 10 ans, dépeint Anik Jean. Elle est mariée, elle habite à la campagne. Un jour, quand le père revient avec ses deux enfants, elle est disparue. Elle a abandonné sa famille pour aller vivre dans le bois.»

«On voulait montrer la détresse féminine. Souvent, on entend parler des pères qui abandonnent leurs enfants, mais il y a aussi des mères qui le font. Je voulais me mettre dans la peau d’un tel personnage. On a livré beaucoup d’émotions avec ce film. Les gens sortent du visionnement un peu fuckés… pour quelques heures, ou même quelques jours! (rires) C’est une expérience émotive intense.»

Nathan, le fils d’Anik et de Patrick Huard, personnifie le bambin de quatre ans dans Lost Soul, et le conjoint d’Anik à l’écran est interprété par Richard d’Anjou, de la formation Too Many Cooks.

La première médiatique de Lost Soul aura lieu ce mardi, au Théâtre Outremont, après une avant-première aux Rendez-Vous du cinéma québécois, la semaine dernière. Anik et Jean-François Bergeron aimeraient ensuite exporter leur concept dans d’autres festivals à travers le monde. Et pourquoi pas remettre ça avec un deuxième et un troisième film, car Anik et Jean-François ont fondé ensemble leur maison de production, Closer Films. Closer, en guise de clin d’œil au vidéoclip Closer, sur lequel ils ont collaboré, et qui était le premier extrait de l’album Lost Soul. Dans la foulée de cette évolution professionnelle, Anik Jean a également lancé sa maison de disques, Nathan Records. D’où le nouveau chapeau de femme d’affaires que porte désormais Anik Jean la tête haute.

Et qui sait ce que l’avenir lui réserve? Jean-François Bergeron souffle que la prestation de sa camarade dans le film Lost Soul pourrait bien lui valoir d’autres contrats d’actrice. Anik Jean s’était déjà trempé le gros orteil dans l’univers du jeu grâce au film Filière 13, là où son amour pour Patrick Huard s’est déclaré, en 2010, et plus récemment, dans Unité 9, le temps d’une apparition épisodique. Une autre corde qui vibre à son arc, de plus en plus vaste.

Projection-concert de Lost Soul, ce mardi, 1er mars, au Théâtre Outremont. L’album Lost Soul, d’Anik Jean, est toujours en vente et connaîtra peut-être, éventuellement, une seconde vie sur support vinyle.

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