DIVERTISSEMENT

«Justice» à Télé-Québec : le crime et ses revers

29/02/2016 04:19 EST | Actualisé 29/02/2016 04:20 EST
Courtoisie Télé-Québec

Sarah avait quatre ans quand un ami de sa maman l’a invitée à s’asseoir sur ses genoux et, sans autre forme de préambule, a posé la main sur son sexe d’enfant. Peu de temps après, l’agresseur obligeait la gamine à tenter avec lui des positions du Kamasutra. Aujourd’hui adulte, Sarah comprend le rôle que l’homme la forçait à jouer contre son gré.

«J’ai le sentiment que j’étais devenue sa maîtresse», observe-t-elle posément.

Le sinistre individu a eu moins de chance quand il s’est attaqué à une petite amie de Sarah. Cette deuxième victime l’a tout de suite dénoncé. Sarah, elle, a porté le poids du silence pendant des années, en enfouissant creux en elle les mauvais souvenirs.

Ce n’est que des décennies plus tard, à travers ses fonctions de directrice générale à l’emploi d’une municipalité, que les flashbacks se sont manifestés et ont entraîné Sarah vers la dépression, la forçant à abandonner son travail et à mettre plusieurs de ses projets sur la glace, dont le rêve qu’elle caressait de se lancer en politique à l’âge de 40 ans. Médicamentée, elle doit désormais composer avec des séquelles post-traumatiques, dont des cauchemars qui font de ses nuits un enfer. «C’est une vie à laquelle je n’étais pas préparée», relève-t-elle.

Le témoignage accablant de Sarah ouvre la minisérie documentaire Justice, que Télé-Québec propose en trois épisodes, ce soir (29 février), ainsi que les 7 et 14 mars, à 21h. Évidemment, en écoutant le récit de cette femme courageuse et articulée, difficile de ne pas penser aux révélations sur le cinéaste Claude Jutra, qui ont explosé publiquement il y a deux semaines. Télé-Québec a d’ailleurs inversé l’ordre de diffusion des trois heures de Justice, afin de mieux se coller à l’actualité récente.

En plongeant dans le drame de Sarah, et en songeant aux petites victimes du réalisateur de Mon oncle Antoine, on ne peut s’empêcher de se demander combien de jeunes êtres ont jadis subi – et subissent peut-être encore – des assauts du genre, qui ont affecté (ou affecteront) leur vie à jamais. On constate qu’il y a malheureusement encore beaucoup de travail à faire en ce qui a trait à la prévention et la dénonciation des abus de toutes natures. On n’en parlera jamais assez.

Dans Justice, on apprend d’ailleurs qu’au Canada, deux victimes d’agressions sexuelles sur trois ne portent pas plainte, et que 90% de ces fautes ne sont pas dévoilés aux policiers. Ceux qui décident de briser leur secret le font souvent par sens du devoir social, pour aider les autres personnes qui souffrent comme eux.

Fondements et conséquences

La semaine prochaine, Justice s’intéressera aux parcours d’ex-détenus, en suivant notamment Michel, incarcéré en 1975 pour une série de vols à main armée, qui a allongé sa peine en commettant quantité d’autres délits derrière les barreaux, allant de la prise d’otage à l’évasion. Michel a passé, au total, 40 ans sous les verrous, et termine de purger a sentence dans la communauté, au moyen d’un séjour dans une maison de transition.

On fait également la connaissance de Léo, qui a goûté au monde carcéral dès l’âge de 18 ans, et qui a voyagé dans divers établissements de différents niveaux de sécurité au cours de ses années de détention.

Avec eux, Justice aborde les raisons de la délinquance, ainsi que plusieurs aspects de la vie en prison. La semaine suivante, on parlera des jeunes contrevenants.

La caméra jamais inquisitrice et sans jugements de la réalisatrice Catherine Proulx, instigatrice de Justice, va ainsi beaucoup plus loin qu’un simple compte-rendu d’horreurs encaissées par des personnes innocentes. Dans sa démarche, en se penchant sur les fondements des crimes autant que sur leurs conséquences, Catherine Proulx donne la parole non seulement aux victimes, mais aussi à des criminels, afin de montrer tous les revers de la médaille de la criminalité et du système de justice.

Par exemple, dans le premier épisode, on assiste à une séance de médiation dans laquelle Sarah se retrouve face à un homme qui a agressé sexuellement ses propres filles. Elle lui pose des questions, le confronte à ses démons. Difficile de réprimer un haut-le-cœur en entendant les confessions de ce père incestueux, mais ce type d’échange peut constituer un pas en avant pour une victime qui cherche à s’expliquer sa douleur.

Car on apprend dans Justice qu’après que le délinquant eût reçu une sentence pour son crime, peu de recours sont à la disposition des victimes pour les aider à marcher vers la résilience, pardonner et se reconstruire, après la tempête. Déjà, en cours de processus judiciaire, plusieurs plaignants se sentent dépossédés de leur histoire, en agissant simplement à titre de «témoins».

Ce n’est là qu’une seule des réalités exposées par Justice, qui s’avère un portrait très complet de l’appareil judiciaire et de ses différents acteurs. Et avec les manchettes qui ont secoué les Québécois depuis le début de l’année – on pense à Jutra, certes, mais aussi aux fugues des jeunes filles en centres jeunesses et autres troublants événements d’une même lignée -, un tel documentaire tombe à point.

Justice, le lundi, à 21h, à Télé-Québec, dès ce soir, 29 février. En rediffusion le mardi, à minuit, le mercredi, à 13h, le jeudi, à 23h, et le dimanche, à 15h.

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