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Prix des médicaments: des patients en otage

26/02/2016 06:19 EST | Actualisé 26/02/2016 06:24 EST
Jamie Grill via Getty Images
Studio shot of various pills in bottle

Des patients québécois sont touchés de plein fouet par les pratiques commerciales controversées d'un jeune loup de Wall Street. Martin Shkreli achète les droits de certains médicaments et en fait exploser le prix.

Un texte d'Esther Normand, La facture

Lucie Pichette, 37 ans, souffre depuis l'enfance de cystinurie, une rare maladie génétique des reins. Elle vit dans l'angoisse depuis que le prix du seul médicament qui peut la traiter, le Thiola, est monté en flèche. Il est passé de 1,77 $ à 40 $.

Récemment, son néphrologue lui a confirmé ses pires craintes : le centre hospitalier régional de Trois-Rivières, qui lui fournit le Thiola, ne pourra plus payer ce médicament.

« Si je ne prends aucun médicament, ben je vais faire tellement de calculs [rénaux] que je vais me faire opérer aux deux-trois mois jusqu'à ce que je finisse par perdre mes reins. Là, je finirai en traitements d'hémodialyse. »

— Lucie Pichette

Le modus operandi de Martin Shkreli

Martin Shkreli, un gestionnaire de fonds d'investissement et entrepreneur de 32 ans, a acquis en 2014 les droits du Thiola. Il l'a fait par le biais d'une des entreprises qu'il a fondées, Retrophin. Depuis lors, le prix du médicament a flambé.

C'est son modus operandi : acheter les droits d'un médicament rare et en faire exploser le prix sans avoir investi un cent dans la recherche et le développement. Récemment, il a augmenté encore davantage le prix d'un autre médicament, le Daraprim, ce qui a déchaîné les passions aux États-Unis.

Lucie Pichette est indignée : « Le seul médicament qu'on réussit à avoir, lui il augmente les prix jusqu'au moment où on peut plus le prendre. Moi, je ne peux pas croire qu'il fait ça! »

Le professeur en droit de la santé à l'Université d'Ottawa, Amir Attaran, dénonce aussi ces pratiques.

« Shkreli, il fait du business, il doit être rentable, bien sûr. Je comprends. Mais d'être si cupide que les patients n'ont pas de médicament, que les patients peuvent mourir; ça, je ne peux pas l'accepter. C'est dégoûtant! »

— Amir Attaran, professeur à l'Université d'Ottawa

Au Québec, une trentaine de personnes atteintes de cystinurie prennent du Thiola. Nous avons parlé à certaines d'entre elles, dont le frère de Lucie Pichette, ainsi qu'à des néphrologues. Ces derniers ont confirmé que leur hôpital ne peut pas assumer les coûts du Thiola, ce qui prive des malades de ce médicament rare.

Celui qui est à l'origine de leurs malheurs, Martin Shkreli, a été accusé de fraude le 17 décembre 2015. L'affaire n'est pas liée à la flambée des prix de médicaments, mais elle implique son entreprise, Retrophin. Martin Shkreli avait déjà été chassé de Retrophin, mais la compagnie a maintenu la hausse de prix du Thiola de 2000 %. Elle prétend avoir investi une somme importante pour mettre un terme aux fréquentes ruptures de stock.

L'homme a aussi comparu devant une commission de la Chambre des représentants le 4 février 2016 pour s'expliquer sur la hausse des prix de certains médicaments. Il n'a répondu à aucune question, invoquant le cinquième amendement de la Constitution américaine (le droit de ne pas s'incriminer soi-même).

« Québec doit agir »

Selon le professeur Amir Attaran, il est impératif que le ministère de la Santé du Québec cherche ailleurs qu'aux États-Unis un médicament semblable au Thiola et ce, à prix raisonnable. Il explique qu'un tel médicament est disponible dans plusieurs pays.

Le centre hospitalier régional de Trois-Rivières est d'ailleurs en pourparlers avec le ministère de la Santé pour obtenir un médicament français, l'Acadione. Mais il est en rupture de stock, ce que confirme Santé Canada, responsable des autorisations pour les médicaments qui ne sont pas commercialisés au pays.

La recherche d'un médicament moins cher se poursuit, mais entretemps, le néphrologue de Lucie Pichette lui a appris que l'hôpital acceptait finalement de lui fournir le Thiola. Radieuse et reconnaissante, elle reçoit l'équivalent de 86 000 $ en médicaments; une réserve pour trois mois.

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