DIVERTISSEMENT

La «machine» Rémi Chassé (PHOTOS)

24/02/2016 11:00 EST | Actualisé 25/02/2016 05:57 EST
Pamela Lajeunesse

Dès son audition à l’aveugle à La voix, en 2014, c’était clair : Rémi Chassé avait ce je-ne-sais-quoi de particulier, il était fait de l’étoffe des «vrais», de ces bêtes de scène qui déplacent de l’air dès qu’elles se trouvent devant le public, qui mangent littéralement le micro, qui emplissent l’espace de leur seule présence, de leur seul charisme, qui provoquent des étincelles quand elles sont à l’avant-scène.

S’appropriant Whole Lotta Love comme s’il avait passé sa vie à fredonner l’air de Led Zeppelin, le garçon qui paraissait tout juste sorti de l’adolescence était déchaîné, incontrôlable. Tant et si bien qu’on pressent que Musicor, sa maison de disque, avait sûrement déjà posé les yeux sur lui à ce moment, en prévoyant faire de lui l’un de ses prochains poulains, quelle que soit l’issue de La voix.

Celui qui allait devenir son coach, Louis-Jean Cormier, ne s’était retourné pour lui qu’au dernier instant, et Rémi Chassé avait finalement accédé au statut de finaliste. Plusieurs le voyaient remporter les grands honneurs, si ce n’avait été du timide Yoan, qui a probablement su charmer les téléspectateurs (et téléspectatrices) plus âgé(e)s. Or, ce n’est pas d’échapper la victoire au populaire concours qui allait freiner Rémi Chassé et son talent. Un an et demi après sa sortie de l’école La voix, en août dernier, le Beauceron, qui gratte la guitare depuis sa jeune adolescence, dévoilait un premier album solo, Debout dans l’ombre, réalisé par Guillaume Beauregard.

Rémi Chassé au Club Soda


La signature Rémi Chassé s’y déploie pleinement : une pop-rock en français plutôt solide et assumée, parfaitement découpée pour séduire les radios – qui ont d’ailleurs suivi Rémi sans hésiter dans son projet -, portée par des textes un peu naïfs, mais faciles à fredonner, un prérequis pour quelconque chanteur verse dans ce style. On ne peut franchement rien redire sur la démarche, qui vise un destin populaire, à plus vaste public possible, mais entreprise avec toute la sincérité, la passion et le bon cœur du monde.

Mercredi, c’était le grand saut de la rentrée montréalaise, dans un Club Soda honorablement rempli, une salle qui lui sied à merveille, dans le cadre du Festival Montréal en lumière. Et la «machine» Rémi Chassé a livré ce qu’on attendait d’elle. La dégaine rock y était, l’attitude juste assez nonchalante, la veste de cuir, la chevelure savamment négligée, et même la bière à mi-parcours.

Quand il parle, la voix de Chassé est presque tendre ; quand il chante, elle s’enflamme, il la crache hors de lui comme si sa vie en dépendait. Sur scène, la vedette entichée de son matériel cause de musique, pas de ses péripéties personnelles. Autre indice qu’il est là pour les bonnes raisons.

Relectures et nouveautés

Sa prestation a commencé en force avec la jolie Le même nom, qui joue abondamment un peu partout depuis octobre. Tu ne souris à personne (son prochain extrait radio) est venue tout de suite après, puis Rémi Chassé a exprimé sa joie d’être là, au-delà de la pluie et des intempéries : «Merci Montréal d’avoir bravé la température de marde, je vous adore!», a-t-il hurlé.

La très bonne Je refuse de nous laisser mourir, sympa témoignage d’amour incertain («Même si la vie nous force à faire nos valises (…) même si la vie nous demande de lâcher prise (…) je refuse de nous laisser mourir (…)»), Je ne vois plus rien et Fermer le spotlight, toutes tirées de Debout dans l’ombre, ont complété le premier droit du concert.

Une anecdote sur une chanson écrite sous le coup de la page blanche, un clin d’œil à Éric Salvail qui a «fourré» Rémi dans ses dates de calendrier en raison de son enregistrement du lundi pour diffusion le mardi, quelques commentaires ça et là sur les pièces à venir, on a continué de s’éclater sur les pistes de Debout dans l’ombre, et sur quelques relectures soigneusement choisies : Dormir dehors (en duo avec son interprète original, Daran, nouvellement citoyen canadien et résident de Montréal), Elle s’en va, de Patrick Norman, dans une version qui a peut-être fait frémir les amoureux du chanteur country, mais qui n’était pas inintéressante pour autant, et If It Makes You Happy, de Sheryl Crow.

Chassé et ses musiciens ont aussi offert deux nouveautés, une dans la langue de Molière, Contre qui, écrite suite aux attentats de Paris, et une dans la langue de Shakespeare, Loud And Fast. On sait que Rémi créait en anglais avant de plonger dans La voix, notamment au sein de son défunt groupe Tailor Made Fable.

Finale impressionnante

Chassé a terminé son tour de piste avec, au rappel, J’entends frapper, de Pagliaro, qu’il reprend dignement sur la compilation Pag revisité ; le cri du cœur poussé à la fin du refrain valait à lui seul la présence de l’assistance au Club Soda. C’était éraillé, ça venait du ventre, c’était puissant. Notre homme a conclu sur une Whole Lotta Love survoltée, qu’on aurait voulu entendre dès le départ, démentes prouesses d’éclairages et intense solo de batterie à l’appui. Avec cette finale qui aurait pu faire voler les murs de briques du Club Soda, Chassé a tout simplement prouvé qu’il est, vocalement, de la lignée des grands. L’auteure de ces lignes n’a pas acquis suffisamment d’expérience en matière de spectacles rock, dans sa vie, pour rendre justice en mots à l’effort déployé par Chassé dans ce segment. Un vrai cadeau, du Rémi Chassé comme on espère qu’on l’entendra encore davantage dans le futur.

Éric Lapointe, surveille tes arrières, une jeune compétition nommée Rémi Chassé te suit de près. Donnons-lui le temps de fourbir ses armes, de mûrir encore un peu, de se défaire complètement de l’étiquette de la révélation de La voix, et les foules lui colleront probablement aux fesses, à lui aussi. Excès en moins, souhaitons-le-lui!

Rémi Chassé continue sa tournée au moins jusqu’à la fin de 2016. Le Festival Montréal en lumière se poursuit jusqu’à samedi.

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