DIVERTISSEMENT

Black Sabbath au Centre Bell: retour aux origines

24/02/2016 06:08 EST | Actualisé 24/02/2016 12:35 EST
Chicago Tribune via Getty Images
Ozzy Osbourne of Black Sabbath performs at the United Center Friday, Jan. 22 2016, in Chicago. (Armando L. Sanchez/Chicago Tribune/TNS via Getty Images)

Le groupe de rock britannique Black Sabbath, pionnier du heavy metal, a livré un concert plus que respectable, mardi soir, au Centre Bell de Montréal. Après 50 ans d’existence, on pouvait croire que la formation d’Ozzy Osbourne avait déjà tout donné. Nenni. Il reste encore du jus dans ces vieux pros du lourd. Même que leur dernier tour de piste est assez réussi, malgré la voix usée du chanteur puis le manque d’«enthousiasme » de Tony Iommi et Geezer Butler.

En effet, on annonce partout la fin pour ce groupe de Birmingham, qui a marqué l’histoire de la musique avec son œuvre imposante et ses nombreux albums écoulés à plus de 75 millions d’exemplaires dans le monde: THE END était même écrit en grosses lettres sur l’écran géant en conclusion du spectacle. Une astuce marketing ? Peut-être que c’est vrai après tout. Si c’est vraiment le chant du cygne, raison de plus pour courir voir ce show.

La genèse

Vers 20h30, plus de 15 500 personnes (salle comble) attendent l’arrivée de la formation sur les planches. C’est plutôt une vidéo (une animation) qui ouvrira le bal : une ville moderne est ravagée par les feux de l’enfer. À l’intérieur d’un édifice, dans un espace vacant et bétonné, le diable sort de son gros œuf gluant (du genre de celui dans les films cultes Alien) et déploie ses ailes dans un énorme rugissement. Le chaos s’installe dans la cité. Ensuite, on lit BLACK SABBATH. Eh oui, c’est gros et tellement éculé comme concept (même intro pour le récent spectacle de AC/DC au Stade olympique), mais bon...

La cloche sonne le glas. Vêtu tout de noir, Ozzy est planté au milieu de la scène pour envoyer les paroles angoissantes du premier morceau, la pièce Black Sabbath (première chanson du premier album créé par la formation) est lancée de façon réussie.

« How the fuck are you doing ? J’ai toujours un maudit rhume, mais je vais faire de mon mieux», a lancé en anglais le chanteur avant de poursuivre avec Fairies Wear Boots (de l’album Paranoid, sorti en 1970). Première grosse attaque de la part du guitariste et membre fondateur Anthony «Tony» Iommi, 68 ans. Le batteur Tommy Clufetos, 36 ans (il accompagne la formation en tournée depuis environ cinq ans) n’est pas en reste non plus. Mentionnons d’ailleurs qu’ils sont les deux plus flamboyants sur scène, au plan musical. Bien que plus «réservé», le bassiste Geezer Butler donne néanmoins beaucoup de coffre à la musique de Black Sabbath.

Déjà, les mains sont en l’air pour suivre la cadence.

À la pièce suivante, After Forever (de l’album Master of Reality, 1971), la voix du sorcier Ozzy (67 ans) revient vite nous hanter, mais elle manque un brin de conviction. En fait, il est à la limite de chanter faux. Derrière lui, à l’écran, des images de la captation en direct sont mélangées à du visuel créé à l’avance. On peut voir notamment un immense amas de vers à soie blancs qui se dandinent dans un monde de contrastes rouge et noir.

À mi-parcours de la chanson suivante, Into the Void (aussi issue de Master of Reality), la machine s’emballe. Les deux tentacules du batteur (en torse, il est situé sur un monticule à l’arrière des musiciens) vont dans tous les sens. Rien à voir avec Iommi et Butler, qui sont assez statiques. Osbourne, lui, sans sauter partout, sera plus dynamique durant le spectacle. Soulignons qu’un cinquième gars, le claviériste et guitariste rythmique Adam Wakeman, âgé de 41 ans, est situé à l’écart de la scène, quelque part côté jardin. On ne sait trop pourquoi d’ailleurs.

Après Snowblind (de l’album Vol. 4, sorti en 1972), pièce sur laquelle Ozzy Osbourne est de nouveau à la traîne vocalement, on entend la sirène d’alarme qui annonce la fameuse War Pigs de l’album Paranoid. Le populaire morceau sera pratiquement chanté au complet par des centaines d’amateurs situés dans l’audience. Le niveau d’amour pour le band monte ici d’un cran. En toile de fond, des images guerrières qui évoquent la triste cruauté des hommes. L’ambiance est quelque peu distincte par rapport aux chansons précédentes, surtout quand les instruments se taisent afin de laisser Ozzy chanter les paroles sur une mélodie lourde, mais accrocheuse. Une finale dramatique aux allures de cérémonial.

« You guys can f***ing sing », balance Osbourne. Il tient la foule dans sa main durant un temps et continuera ainsi pour le reste de la soirée.

À Behind the Wall of Sleep (avec l’intro Wasp), on constate une fois de plus que la voix d’Osbourne est fatiguée (et pas des meilleures non plus au sein des chanteurs de rock). Au moins, on sent de la volonté. Comme il a dit au début du concert : «je vais faire de mon mieux». Outre cette histoire de voix vacillante, on remarque encore les prouesses de Tony Iommi, qui envoie des riffs accrocheurs et carrément assassins à certains moments dans la chanson.

Après plus d’une demi-heure de spectacle, le message est clair : le quintette a choisi de se concentrer sur les premiers disques sortis au début des années 1970.

Oh yeah!

Cheveux tombant sur les épaules puis séparés au milieu de la tête; regard diabolique accentué par une ligne de crayon noir; main droite sur le micro (sur trépied); Ozzy semble possédé quand il apparaît en gros plan sur l’écran géant derrière lui. L’effet est saisissant lors de l’introduction d’un autre morceau favori de la foule, à savoir N.I.B. (issu de l’album Black Sabbath, le groupe a aussi joué l’intro Bassically). Ça marche à fond. «Oh yeah !»

Le groupe enchaîne ensuite deux chansons tirées de l’album Paranoid, soit Hand of Doom et Rat Salad. Sur cette dernière pièce, le batteur livrera un solo impérial, que l’on peut qualifier à la fois de bestial et mathématique. Toujours drôle d’assister à de tels étalages de talent en 2016. Or, règle générale, les spectateurs apprécient ces passages qui octroient du même coup un peu de répit au chanteur. Peu importe la vraie raison, Tommy Clufetos s’est pété un trip d’environ dix minutes et a étonné bien des spectateurs.

Viendront par la suite l’intuable Iron Man (du disque Paranoid) et Dirty Women (de l’opus Technical Ecstasy, paru en 1976), deux autres pièces truffées de salves signées Iommi, toujours bien pénard sous ses lunettes fumées noires, côté cour de la scène.

Sur Children of the Grave (de Master of Reality), du feu, du feu et encore du feu… À intervalles bien calculés, huit petits canons crachent des flammes à la verticale. Ça aussi c’est pas nouveau, mais ça fonctionne plutôt bien dans le cadre d’un show de Black Sabbath. Quant le chanteur se met à crier «Godbless you all à plusieurs reprises, on comprend que le rappel s’en vient.

Et le morceau offert au public en rappel, le seul en fait, sera le morceau Paranoid, choix judicieux pour finir en beauté. Tout le monde connaît Paranoid, souvent considérée comme l’une des plus grandes chansons de heavy metal de l’histoire de la musique. Un symbole très approprié, donc, afin de célébrer le legs de ce fascinant et influent groupe qui, lentement mais sûrement, tire sa révérence.

«I tell you to enjoy life I wish I could but it's too late» est la dernière ligne de la pièce Paranoid. Allez savoir si Ozzy Osbourne et sa bande regrettent quoi que ce soit dans leur vie !

Voir aussi - Le passage de Black Sabbath au Centre Bell en 2014:


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