POLITIQUE

Québec défend le retrait de la poursuite contre Air Canada

23/02/2016 04:11 EST | Actualisé 23/02/2016 04:12 EST
Radio-Canada.ca

Malgré les protestations des partis d'opposition, le premier ministre Philippe Couillard défend son intention de se désister de la poursuite intentée contre Air Canada par les anciens employés d'Aveos si le transporteur achète des appareils C Series de Bombardier et met sur pied un centre d'entretien lourd pour ses appareils au Québec.

« La seule façon de conserver les emplois de l'aéronautique à Montréal, de faire croître l'industrie aéronautique à Montréal, c'est de confirmer les commandes pour la Série C », a-t-il plaidé mardi. « Maintenant, notre recours juridique n'est pas levé encore. On doit avoir confirmation sur le centre d'entretien ou d'excellence des Série C. »

Pressé de questions par les journalistes, le premier ministre a réitéré son argument voulant que « les recours juridiques ne créent pas d'emplois ».

« C'est une illusion presque cruelle de laisser penser aux gens qui auparavant travaillaient chez Aveos que si le recours juridique, éventuellement, allait dans la direction souhaitée, qu'ils retrouveraient leur emploi. Ce n'est tout simplement pas comme ça que ça arriverait », a-t-il fait valoir.

« On va insister pour que le gros de l'industrie aéronautique reste à Montréal. Je dirais dans la CMM [Communauté métropolitaine de Montréal]. Considérons Mirabel comme faisant partie du noyau aéronautique de Montréal. »

— Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Le premier ministre a prévenu par ailleurs que son gouvernement n'avait pas le pouvoir d'exiger le nombre d'employés à embaucher pour les besoins d'entretien des avions Bombardier.

Un « marché de dupes », dénonce Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, soutient pour sa part que le gouvernement Couillard est en voie de conclure un « marché de dupes » dans ce dossier, et que cette décision serait « lourde de conséquences ».

À l'heure actuelle, le seul entretien lourd effectué sur des appareils d'Air Canada au Québec concerne 45 avions Embraer, a souligné M. Legault. Cet entretien s'effectue chez Premier Aviation, à Trois-Rivières, qui emploie 200 personnes.

Or, selon lui, les 45 appareils C Series qu'Air Canada considère acheter remplaceraient précisément les Embraer. Il estime donc que le Québec ne gagne rien en matière d'emploi avec cet échange.

Le chef de la CAQ affirme en outre avoir appris que la compagnie Lufthansa Technik souhaite également ouvrir un centre d'entretien lourd pour les appareils C Series à Hambourg, en Allemagne, où elle est basée. Il dit avoir été informé de cette volonté lors d'une visite dans les locaux de l'entreprise l'an dernier.

« Quand on tient compte du fait que les 200 emplois sur les Embraer vont être transférés par 200 emplois sur la Série C, et qu'il n'y aucune garantie que les autres emplois seront créés, ça veut dire dans le fond qu'on échange 1800 emplois de qualité contre du vent, contre des emplois hypothétiques », a-t-il argué.

« C'est un peu comme si le Canadien échangeait PK Subban contre un choix de 3e ronde. Ça ne tient pas debout. L'échange, dans la balance, ne fait pas de sens. »

— François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Empêcher Ottawa de modifier la loi sur Air Canada

M. Legault a par ailleurs annoncé le dépôt cet après-midi une motion pour demander à Ottawa de ne pas modifier la Loi sur la participation publique d'Air Canada. C'est cette loi, adoptée en 1988, qui stipule que l'entretien lourd des appareils du transporteur doit s'effectuer au Québec.

« Pour que la poursuite du Québec fonctionne, il faut évidemment que la loi d'Air Canada à Ottawa ne soit pas modifiée », a soutenu le chef de la CAQ. « On doit protéger les obligations d'avoir un centre d'entretien pour les avions d'Air Canada. »

« On a vu la semaine passée que Philippe Couillard s'est fait rouler dans la farine », a conclu M. Legault. « J'espère qu'aujourd'hui il ne va pas s'écraser comme un crêpe face au fédéral. Il faut qu'il se tienne debout pour être capable de défendre notre dossier. »

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a aussi critiqué une fois de plus les intentions du gouvernement, prêt à « abandonner » une poursuite en échange des « vagues promesses » d'Air Canada.

« Comment pouvons-nous véritablement faire confiance à une compagnie qui n'a même pas appliqué la loi? », a-t-il lancé.

« C'est la démission du gouvernement de Philippe Couillard en matière économique. »

— Pierre Karl Péladeau

M. Péladeau déplore aussi la volonté du ministre Garneau de modifier la loi d'Air Canada. « On changerait la loi pourquoi? Pour faire en sorte dans le fond que ce qui était illégal devienne légal? Il semble que ça soit ça le stratagème », a-t-il dénoncé.

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