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Ma maladie mentale: «Ça ne sert à personne d'être dans le garde-robe de l'anxiété.» - Stefie Shock (VIDÉO)

08/02/2016 03:38 EST | Actualisé 15/02/2016 04:27 EST

Vivre avec la maladie mentale. Chercher à retrouver la santé. La trouver, la perdre. La retrouver. Tout ça sous le regard bienveillant (ou pas) de la famille, des amis... Et du public. Vivre avec une maladie mentale dans la sphère artistique, ça a quel genre d'impact? Est-ce possible de trouver et garder la santé malgré la pression ambiante? Pour le découvrir, nous avons eu envie de faire le point avec six artistes d'ici qui vivent ouvertement leur maladie. Avec humilité, franchise (et beaucoup d'humour), François Massicotte, Véronique Bannon, Stefie Shock, Florence K, Marie-Claude Savard et Jonathan Roberge se sont prêtés au jeu de la série Ma maladie mentale. Tour d'horizon.

Quand on lui demande quand la maladie mentale s'est présentée dans sa vie, Stefie Shock ne peut retenir un rire franc et spontané. «Ça s'est fait d'une manière vraiment... (Rires) Ah la la, c'est un peu ridicule. J'étais dans un lit de bronzage, j'avais environ 20 ans. Je ne supporte pas ma blancheur. J'ai l'air d'un poulet cru, mais j'aime mieux le poulet BBQ. (Rires) Je me suis mis à me sentir extrêmement mal, soudainement. C'est arrivé comme un éternuement ou un battement de cil. Je me suis levé en trombe... Je sentais que j'allais avoir une sérieuse défaillance... M'évanouir, ou même mourir. Respirer n'était plus naturel. C'était un sentiment inconnu: ça m'a vraiment fait paniquer.»

Dès le lendemain, le chanteur a vécu une autre crise de panique. «Mais je ne suis jamais retourné au bronzage!» s'exclame-t-il en riant. «Les malaises se sont multipliés, dans des situations diverses. J'avais peur de prendre le métro, l'ascenseur... À un moment, ça a commencé à devenir grave. Les attaques de panique, c'était quotidien. C'était certain que dans la journée, je ne savais jamais quand, ça allait arriver. C'était une anxiété latente... qui explosait. Chaque jour, j'avais l'impression de faire une crise cardiaque. Tous les gens qui font des crises de panique vont vous dire que ça se ressemble beaucoup. On finit par avoir une pression dans la poitrine qui fait mal. C'est impossible de fonctionner.»

Une situation qui le suivait partout, tout le temps: «Parfois, ça me prenait en public. Je devais me sortir de plusieurs situations... Je prétextais que je devais aller au dépanneur ou autre, juste pour sortir et vite.» Pourquoi ne pas en avoir parlé tout de suite? Ou du moins, être allé chercher de l'aide? «Personne ne parlait de ça. Je ne savais même pas ce que j'avais, comment j'aurais pu en parler? Mon père avait la même chose que moi. Je ne l'ai jamais su... Il me l'a avoué quand je me suis assumé publiquement. J'ai soulagé mon père de tellement de maux... Dans sa génération, ça ne se disait tout simplement pas. Si seulement j'avais pu le faire plus tôt...»

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La panique sous les projecteurs

Dès qu'il a su qu'il souffrait de troubles anxieux, l'artiste s'est mis à en parler autour de lui. Mais ça n'a pas toujours été si simple. Tenu dans la méconnaissance de son mal durant de nombreuses années, Stefie Shock a parfois dû vivre des moments irréels.

«La première entrevue que j'ai donné pour la sortie de Presque rien le 11 avril 2000, c'était en direct pour le téléjournal. J'étais dans un état lamentable, avant même l'heure de l'interview. Ça faisait environ trente minutes que j'étais au bout de mon sang. Je n'arrivais pas à parler, je fuyais tout le monde. Arrive le moment de l'entrevue... Et j'étais totalement incohérent. Pour moi, ça a été de véritables moments d'épouvante.»

Aujourd'hui, Stefie avoue que si ça lui arrivait à nouveau, il serait plus à l'aise d'indiquer qu'il est en pleine crise de panique. «En 2016, je pense qu'on peut dire qu'on ne va pas bien. Quand on se cache pour aller badtripper, ça peut apporter toutes sortes de jugements. On peut être isolé, ostracisé. Ça ne sert à personne d'être dans le garde-robe de l'anxiété.»

Est-ce plus difficile de vivre avec la maladie mentale quand on est un artiste sous la lumière des projecteurs? «Ce n'est pas quelque chose dont j'ai honte. Au début, je n'aurais pas voulu que ça se sache parce que je ne savais pas ce que je vivais. Quand j'ai réalisé à quel point ça pouvait être répandu, c'est presque devenu un devoir de le dire. J'ai senti que j'étais capable d'en parler de façon assez articulée. J'ai eu de l'aide, du suivi d'un psychiatre...»

Porte-parole de l'organisme Revivre depuis octobre 2007 avec Véronique Bannon, Stefie Shock se fait aujourd'hui un point d'honneur de démystifier la maladie mentale. «Il y a eu une belle évolution de ce côté-là. À force d'en parler... Le dialogue qui existe depuis quelques années, l'ouverture, le fait d'avoir fracassé les échafaudages du tabou, ça aide. Si vous ne souffrez pas de maladie mentale - d'abord, yé! - c'est presque certain qu'une personne que vous estimez souffre d'un problème de cette nature. À moins de vivre sous une roche.»

Ma maladie mentale: une série à suivre sur Le Huffington Post Québec.

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