DIVERTISSEMENT

«Endorphine», le trip hallucinatoire d'André Turpin (VIDÉO/PHOTOS)

17/01/2016 08:58 EST | Actualisé 17/01/2016 08:59 EST

André Turpin, talentueux directeur photo, nous livre un ovni cinématographique avec Endorphine, œuvre labyrinthique sur la relativité du temps qui parachute trois personnages féminins dans les mystères de l’inconscience. Rencontre.

Son métier de directeur photo lui permet régulièrement de travailler avec nos plus grands cinéastes. Tantôt pour Philippe Falardeau (C’est pas moi, je le jure!), tantôt pour Xavier Dolan (Mommy) ou Denis Villeneuve (Incendie), André Turpin avoue d’emblée qu’il n’a pas besoin de la réalisation pour gagner sa vie.

«Je prends toujours mon temps, déclare-t-il en entrevue. Je n’ai pas tant de choses à dire, alors réaliser pour le simple fait de réaliser ne m’intéresse pas beaucoup. Ce film est une sorte d’objet d’art dans lequel j’aborde un sujet complexe qui a nécessité un long processus d’écriture. Il m’a fallu neuf ans en tout. Sans la direction photo, je n’aurai jamais eu droit à ce luxe.»

«Endorphine», d'André Turpin


Depuis l’acclamé Un crabe dans la tête, sorti en 2001, pas étonnant donc d’avoir patienté quatorze ans avant de retrouver sa nouvelle proposition. Ce quatrième long métrage, Endorphine, à l’affiche vendredi 22 janvier, est une production rigoureuse et cérébrale à la limite de l’expérimentale, occasion pour son géniteur d’y ajouter ses lubies sur les récentes théories scientifiques qui concernent les travaux d’Einstein sur la relativité.

«Je suis fasciné par la physique quantique, explique-t-il. Je voulais parler de la discontinuité du temps à travers la caméra, car c’est l’outil idéal pour exprimer par la succession des images l’idée de l’élasticité temporelle. La physique et le cinéma, mes deux passions enfin réunies!»

Les vertiges de la science

Physique quantique, relativité du temps, hypnose et inconscience, des thèmes complexes qui peuvent donner le tournis. Le bizarre Endorphine est loin d'être une œuvre accessible à tous. Le réalisateur le sait bien, mais il en appelle à la curiosité des spectateurs, leur promettant de vivre un véritable voyage viscéral.

«Je leur réserve une transe hypnotique qui appelle à l’abandon des repères narratifs afin d’entrer dans le monde du rêve. C’est une aventure fascinante où je tente d’expliquer qu’on ne vit pas forcément les choses telles qu’elles se déroulent vraiment. Je ne suis pas un poète fou, mais un grand amoureux des notions scientifiques.»

Plus jeune, André Turpin raconte qu’il s’étranglait avec une ceinture pour sentir cet état d’inconscience qu’il définit aujourd’hui comme «vertigineux». D’ailleurs, une des scènes de son nouveau film montre des adolescents expérimenter à leur tour l’évanouissement par suffocation.

«Adolescent, j’ai tenté des choses extrêmes et radicales liées à la sensorialité. J’ai commis des gestes dangereux, seul ou avec mes amis, pour toucher au plus prêt de mes fascinations. Quand je me réveillais après avoir perdu connaissance, j’avais l’impression que j’arrivais dans un autre monde, comme si le temps s’était lui-même arrêté.»

Endorphine, c’est aussi une histoire à la David Lynch incarnée par le destin sombre d’un personnage interprété par trois visages différente, selon les situations et les époques. Les actrices Sophie Nélisse, Mylène Mackay et Lise Roy représentent chacune à leur manière une figure identique, celle de Simone, une jeune fille qui a vu sa mère (Monia Chokri) se faire assassiner. Elle tentera de combattre le traumatisme et le sentiment de culpabilité à travers des séances d’hypnose.

«L’hypnose devient le véhicule du rêve ou du cauchemar. Les personnages voyagent dans le temps à travers l’inconscience. On ne sait plus ce qui est vrai ou réel, ce qui est fantasmé ou vécu. Dans cette espèce de toile surréaliste angoissante se dessine un hommage au cinéma. Avec très peu de dialogues, je crois que mon film a le potentiel d’intéresser ceux qui aiment découvrir les possibilités presque infinies du 7e art.»

Endorphine – Les Films Séville – Drame – 95 minutes – Sortie en salles le 22 janvier 2016 – Canada, Québec.

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