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Minimum de 17 ans de prison pour Guy Turcotte avant une libération conditionnelle

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Pour "ses crimes odieux", l'ex-cardiologue Guy Turcotte devra passer 17 ans en prison avant de pouvoir demander sa libération conditionnelle, a tranché le juge André Vincent de la Cour supérieure de Saint-Jérôme dans une décision rendue vendredi matin.

Dans le box des accusés, Turcotte a gardé les yeux fermés, la tête baissée vers le sol, pendant que le juge Vincent lisait le jugement sur sa peine.

Pour le magistrat, cette période de 17 ans reflète les "crimes odieux et horribles" qui ont été commis, ainsi que sa "culpabilité morale".

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"Il s'agit d'abord et avant tout d'une affaire d'une infinie tristesse où un père aimant et attentionné, tue, de sang-froid, ses deux enfants", a déclaré d'entrée de jeu le juge Vincent.

En vertu de la loi, la période avant que ne soit possible une demande de libération conditionnelle pouvait être au minimum de 10 ans et au maximum de 25 ans.

L'homme de 43 ans avait été reconnu coupable par un jury le 6 décembre dernier, au terme de son second procès, du meurtre non prémédité de ses enfants, Olivier, cinq ans, et Anne-Sophie, trois ans.

Ce verdict entraînait automatiquement une peine de prison à vie. Il ne restait plus au juge qu'à décider après combien d'années Guy Turcotte pouvait être admissible à une libération conditionnelle - qui ne sera pas forcément acceptée s'il la demande.

La Couronne avait requis que cette période soit au minimum de 20 ans. La défense avait suggéré qu'elle soit de moins de 15 ans. "Un écart énorme", selon le magistrat.

Le juge a déclaré vendredi matin que cette demande de la Couronne était "exagérée" et "ne correspond pas au caractère du contrevenant qui n'a aucun antécédent judiciaire".

Il était du même avis pour la demande de la défense. "Cette suggestion ne reflète pas la culpabilité morale du contrevenant", a souligné le juge dans sa décision de 15 pages.

Il a ajouté que la réputation favorable dont Guy Turcotte jouissait avant les meurtres "est perdue à tout jamais" et risque d'être remplacée par une réputation "d'assassin d'enfants".

Selon le juge, les facteurs atténuants qui ont milité en faveur d'une peine plus clémente pour l'homme sont son absence d'antécédent judiciaire, les évaluations faites qui démontrent qu'il représente un risque minime pour la société et le fait qu'il a manifesté _ notamment lors des représentations sur la peine le 18 décembre dernier _ des remords sincères.

Mais du côté des facteurs aggravants, le juge a relevé qu'il a commis ses crimes contre ses propres jeunes enfants, qu'il a considérés comme "sa chose", écrit le juge. Il les a tués d'un nombre "effarant" de coups de couteau, soit 46.
"On ne peut concevoir mort plus atroce", tranche-t-il.

Le juge a aussi parlé des autres victimes du drame, dont les membres de sa famille et aussi Isabelle Gaston, son ex-conjointe et mère des deux enfants.

"Sa peine est incommensurable, elle ne pourra pas voir ses enfants grandir", relève le juge en notant qu'elle avait témoigné de façon digne.

Il juge aussi qu'après son arrivée à l'Institut Philippe Pinel, peu après les meurtres, Guy Turcotte "était beaucoup plus intéressé par des aspects matériels, notamment pour la présentation de son moyen de défense et du paiement des honoraires de ses procureurs tant au civil qu'au criminel, qu'au sort de ses enfants".

Le temps déjà passé en détention par Turcotte depuis 2009 pourrait toutefois être déduit du 17 ans déterminé par le juge. Il a passé 27 mois en prison et 17 mois à l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel. C'est la commission des libérations conditionnelles qui effectuera le calcul final en temps et lieu.

La Couronne n'a pas obtenu la période d'au moins 20 ans qu'elle demandait, mais le procureur principal, René Verret, n'a pas exprimé de déception. Il a plutôt souligné qu'il fallait faire preuve d'un grand respect envers le jugement rendu qui est "extrêmement bien motivé, exhaustif et qui reprend les grands principes qui doivent être retenus", a-t-il commenté peu après.

Isabelle Gaston n'était pas présente au palais de justice vendredi.

Guy Turcotte avait reconnu avoir causé la mort de ses deux enfants le 20 février 2009. Il avait toutefois plaidé non coupable et présenté une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Cette défense n'a pas été retenue.

L'homme est incarcéré depuis le 6 décembre.

Il a récemment porté son verdict en appel, en invoquant des erreurs de droit qui auraient été commises par le juge Vincent dans ses directives au jury. Turcotte demande un troisième procès.

Il pourrait aussi faire appel de sa peine.

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