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Les opposants au registre québécois des armes à feu s'organisent

09/01/2016 06:58 EST | Actualisé 09/01/2016 06:58 EST
Radio-Canada.ca

Après une longue bataille avec le gouvernement fédéral, le Québec a annoncé son intention de créer son propre registre des armes de chasse au coût de près de 20 millions de dollars. Une mesure applaudie par certains, mais décriée par les propriétaires d'armes qui y voient une contrainte additionnelle et une dépense inutile. Ils veulent se faire entendre avant l'adoption du projet de loi.

Un texte de Michel Marsolais

Au pro rata, les Canadiens seraient presque aussi armés que les Américains. Pourtant, contrairement à nos voisins, le nombre d'homicides au Canada est en baisse depuis 1972. Et les crimes sont surtout commis avec des armes blanches plutôt qu'avec des armes à feu.

Après le démantèlement du registre fédéral des armes longues, le Québec est la seule province à vouloir en recréer un pour les armes de chasse.

Le projet de loi 64 sur l'immatriculation des armes à feu prévoit que toute arme à feu « sans restriction » - essentiellement des armes de chasse - doit être immatriculée. Le gouvernement doit émettre un numéro unique pour chacune des armes enregistrées. La mise en place du nouveau registre coûterait de 15 à 20 millions de dollars.

Les opposants estiment que le gouvernement fait fausse route et s'organisent autour d'un mouvement baptisé « Tous contre un registre québécois des armes ». Une pétition de plus de 15 000 noms circule déjà.

« On a déjà eu un registre qui a démontré que ça ne servait à rien. Il n'y a aucune étude sérieuse. Il n'y a rien qui a démontré que ça servait à quelque chose. C'est de la paperasse », dit Claude Avon, président de l'Association des collectionneurs d'armes du Bas-Canada.

Les collectionneurs s'insurgent notamment contre le fait que la loi obligerait le burinage d'un numéro sur des armes qui ont parfois une grande valeur.

« J'ai des armes de collection qui valent quand même assez cher, et le fait de les buriner, ça enlève complètement la valeur », plaide Michel Robitaille.

Salon de l'arme et du militaria à Longueuil.

Illusion de sécurité

C'est surtout l'illusion de sécurité incarnée par le registre qui irrite les opposants.

« Le taux d'homicide avec des armes à feu longues est en décroissance constante. Il faut se demander si c'est une dépense utile pour le gouvernement. Je crois que la réponse est non », pense l'armurier Jean-Charles Descarie.

La tragédie de Polytechnique a longtemps nourri le lobby en faveur d'un registre.

« Polytechnique, c'était une tragédie et j'étais sensible à leur émotion. J'ai baissé la tête à l'époque à cause de cette émotion. Mais là, on l'a essayé, ça a coûté des milliards. On sait que ça ne fonctionne pas, puis on veut nous le ramener. »

— Jessie McNicoll, bénévole de Tous contre un registre québécois des armes à feu

« Ça fait 25 ans. Est-ce qu'on peut tabler sur des projets qui ont des chances de donner des résultats? », soutient Jessie McNicoll.

« Il faut regarder ailleurs : il y a des problèmes de santé mentale, il y a des problèmes d'accès aux soins, il y a des gens qu'on pourrait sauver et qu'on ne sauve pas faute d'argent », ajoute la bénévole de Tous contre un registre québécois des armes à feu.

Même le frère d'une des victimes de Polytechnique s'oppose au nouveau registre.

« C'est inutile, parce que les policiers ont déjà toutes les informations sur les propriétaires d'armes à feu. Tout citoyen canadien qui veut acquérir une arme doit passer par un système de certification et de permis », explique Claude Colgan qui croit qu'il y a un grand écart de mentalité entre la culture des armes au Canada et celle aux États-Unis.

Le projet d'un registre québécois des armes a reçu l'appui des principaux partis politiques, mais la députée indépendante Sylvie Roy mène la charge pour contrer sa création.

« Le registre tel qu'il était sous le gouvernement fédéral n'a rien évité », souligne la députée d'Arthabaska.

Les opposants au registre québécois des armes à feu veulent multiplier les actions. Ils veulent notamment forcer la tenue d'une commission parlementaire qui servirait à démontrer, selon eux, l'inutilité du registre.

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