DIVERTISSEMENT

«On est tous quelque part»: Jean-René Dufort et ses cocasseries autour du monde (ENTREVUE)

22/12/2015 03:06 EST | Actualisé 22/12/2015 03:08 EST
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Dans tout ce que fait Jean-René Dufort, qu’il s’amuse aux dépens de nos politiciens à Infoman ou qu’il s’adonne à la photographie, son grand dada, ce qui l’intéresse en premier lieu, c’est l’être humain. «Il faut checker la bibitte pour pouvoir la définir, l’observer et la taquiner. Ma grande force, c’est l’observation», estime-t-il.

«Quand je suis en vacances, ou en voyage pour le travail, c’est un mode naturel pour moi. Si tu m’enfermes dans un resort, je vais observer le buffet, les gens, la plage. C’est un peu un passe-temps inconscient».

Ainsi, c’est «l’observeux» derrière son appareil-photo, davantage que le «taquineux» de la télévision, qui a conçu le recueil On est tous quelque part. Dans cette compilation de 150 images, en noir et blanc ou en couleur, croquées par Jean-René lui-même, on retrouve des clichés de lieux, de gens et de situations, accompagnés de courtes mises en contextes, d’explications et de réflexions comiques, répartis dans un ordre disparate. On se balade au Liban, en Chine, en Floride, à Chicago, en Afrique du Sud, en Afghanistan, en Russie… et même à Montréal.

Ici, pas de bonnes adresses ou de sections «paysages» ou «architecture», mais des attractions et découvertes comme le One World Trade Center de New York, la cathédrale de Reykjavik, en Islande, la Bubble Gum Alley (un mur de gommes ballounes!) de Seattle, un édifice en ruines dans le quartier Beyrouth Sud et le centre d’écoute de l’armée chinoise, dressé sur le site des Jeux olympiques de Pékin.

Il y a aussi un accordéoniste blasé de Copenhague, Carey Price seul sur une immense glace, un gardien de stationnement endormi à Port-au-Prince, une ombre de femme esseulée dans un recoin d’un musée de Barcelone, la majestueuse salle de bain de l’ancien président ukrainien Viktor Yanukovich, un militaire russe surveillant la flamme olympique de Sotchi et, simplement, un chic homme sérieux en attente d’un taxi au centre-ville de Londres. Et autres curiosités, incongruités, cocasseries, qui auraient probablement échappé à l’œil du visiteur moyen, mais qui ont aussitôt happé l’esprit critique et moqueur de Jean-René Dufort. Sa touche ironique et badine est partout dans ce livre aéré et vivant, qui fascinera même ceux et celles qui n’ont pas nécessairement la curiosité de «l’ailleurs».

«On est tous quelque part» de Jean-René Dufort


«J’ai toujours eu la réputation d’être une bibitte inclassable, difficile à mettre dans une case, reconnaît Jean-René. Alors, je me suis dit que le livre serait dans cette continuité. Avec moi, tu n’auras jamais un guide de voyages et de bonnes adresses (rires). Nous, on va dans des endroits comme Beyrouth ou l’Afghanistan, où il ne fait pas nécessairement bon voyager. Même dans les lieux touristiques, on ne relève pas les attraits touristiques. Je voulais faire connaître des endroits où personne ne va.»

«Moi, s’il y a une chose que j’aime, c’est de chialer sur les touristes, poursuit Jean-René Dufort, en s’enflammant. Je trouve qu’ils sont souvent très irrespectueux des endroits où ils vont. Sur la couverture de mon livre, la photo avec la bombe, c’est un peu un éditorial. On y voit des gens en train de boire leur Coke sur une bombe! Souvent, les touristes se promènent dans des endroits dont ils ne connaissent même pas l’histoire. Ils ne savent pas ce qu’ils visitent, et ça ne les intéresse à peu près pas. Ils prennent 53 photos, mais ne lisent rien. Ils sont là mais, en même temps, ils ne sont pas là. Ça m’énerve toujours un peu. Et le livre est l’inverse de ça.»

Objet sacré

La passion de Jean-René Dufort pour la photo était connue bien avant que l’animateur ne lance On est tous quelque part. Ses œuvres ont déjà été exhibées en expositions, notamment au World Press Photo du Marché Bonsecours. Quand il couvre les Jeux olympiques, Radio-Canada lui commande un blogue photos pour son site web. Pour lui, la photo revêt quelque chose de sacré.

«J’aime l’objet, indique Jean-René Dufort. Pour moi, une photo, ça va sur un papier, dans un cadre. Certains m’ont demandé pourquoi je n’ai pas de compte Instagram. Mais moi, je fais la différence entre une photo et une image ; sur Internet, ce sont des images, ça ne rend pas justice à une photo. Instagram et Facebook sont des sites Internet…»

Pour monter son bouquin, l’artiste et communicateur n’a eu qu’à piger dans les milliers de photos que contiennent ses coffres personnels. Aucune n’a été captée expressément pour On est tous quelque part ; le matériel existant était déjà très abondant. Et il y aurait encore matière à faire des tomes 2, 3, 4 et 5…

«J’aurais pu faire cinq livres comme ça, révèle spontanément Jean-René. Si je l’avais remis le lendemain ou la semaine d’avant à ma maison d’édition, les photos auraient pu être complètement différentes. La difficulté a été de choisir, de couler ça dans le béton et de confirmer ces choix. En le feuilletant, j’ai encore moi-même des surprises, parfois.»

À quelques jours de la diffusion d’Infoman 2015, le grand spécial de fin d’année de son émission, que Radio-Canada présentera le 31 décembre, à 22h, Jean-René Dufort est peut-être déjà parti pour un autre périple quelque part sur le globe ou, à tout le moins, est probablement sur le point de boucler officiellement ses valises. Car il n’est jamais à la maison, mais plutôt toujours entre deux avions, lorsque vient le moment de franchir le cap du premier de l’an. Pas question, pour lui, de regarder sa rétrospective comique de l’année qui s’achève, après avoir planché dessus pendant des semaines.

«Je m’exile toujours pendant le spécial de fin d’année… et j’en profite pour faire de la photo.»

On est tous quelque part

Jean-René Dufort

Éditions La Presse

216 pages

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