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Le manque de neige rend certains commerçants malheureux et... nerveux

15/12/2015 06:45 EST | Actualisé 15/12/2015 10:49 EST

Le temps exceptionnellement doux ne fait pas que des heureux. Dans les secteurs de l'hôtellerie et des pourvoiries, l'hiver qui se fait attendre risque d'occasionner des pertes financières considérables.

Par exemple dans Lanaudière, il n'y a que le givre sur les branches qui confère à la nature une touche de blanc. Cette région est considérée comme l'un des paradis de la motoneige au Québec. Sauf qu'en ce moment, il y a un hic : il n'y a pas de neige. À dix jours de Noël, les 800 km de pistes que compte la région de St-Zénon arborent toujours un tapis d'herbe et de terre.

Pour Réal Massé, dont la pourvoirie est essentiellement fréquentée par des motoneigistes, la situation est inquiétante, car pour faire de la motoneige, il faut un couvert de neige de 30 cm. M. Massé craint que le mois de décembre en entier ne soit ainsi gâché.

« Quand je suis arrivé ici il y a 30 ans, c'était assuré qu'on faisait de la motoneige le 15 novembre, se souvient-il. Là [...] on est décalés d'un gros gros mois. »

Le complexe hôtelier de Réal Massé compte 24 suites et 19 chalets. Habituellement, à ce temps-ci de l'année, il affiche complet. Mais c'est loin d'être le cas en ce moment et M. Massé confirme que quantité de clients l'appellent pour annuler leur réservation. « La perte va être énorme. On parle de 75 à 100 000 $ par semaine », explique-t-il.

Hivers tardifs et redoux devraient devenir la norme

Des hivers sur le vert, il y en aura d'autres si l'on se fie à la tendance qu'observent les météorologues tels qu'Alain Bourque, de chez Ouranos. « On devrait assister à une réduction de l'enneigement au cours de la saison hivernale qui va même probablement - et ça, c'est un facteur important pour l'industrie - venir mettre à risque pour certaines régions du Québec la période du temps des Fêtes. »

À quelques kilomètres de la pourvoirie de Réal Massé, le copropriétaire de l'Auberge du Vieux-Moulin attend plusieurs groupes de touristes français à partir de lundi. Ils viennent pour la motoneige, la pêche blanche, la raquette... La direction de l'auberge craint de vivre une saison désastreuse, la pire en son genre pour cet établissement.

« J'imagine que je vais être obligé d'annuler ça dans les jours qui vont venir. Et puis, ça va nous laisser des trous de vides pendant la semaine des Fêtes, ce qui est assez inhabituel à l'auberge [...] Nous on va assumer ces pertes-là, plus les frais d'annulation de billets d'avion également. »

— Kevin Fournier, copropriétaire, Auberge du Vieux-Moulin

Kevin Fournier s'attend à des pertes de 50 à 75 000 $. Il envisage à l'avenir de modifier ses méthodes de vente afin d'offrir ces séjours d'hiver en janvier plutôt qu'en décembre.

Skier entre les plaques de gazon

Vendredi dernier, au centre de ski du mont St-Bruno, il a fait jusqu'à 14 degrés sur les quatre pistes de neige artificielle ouvertes. Quelques dizaines de skieurs et de planchistes descendaient entre les plaques de gazon.

Cette situation fait en sorte que les clients qui prennent leur passe de saison en décembre retardent maintenant cet achat.

Or, comme l'explique Michel Couture, propriétaire de Ski Mont St-Bruno, le début de saison est un moment névralgique pour les abonnements de saison. « On va aller chercher souvent de 10 à 15 % du chiffre d'affaires de l'entreprise », dit-il, en précisant qu'actuellement, la station enregistre un retard à cet effet.

Michel Couture se console avec ses canons à neige qui ne prennent qu'une semaine pour enneiger la station au complet. Sauf que mardi, il ne faisait même pas assez froid pour faire fonctionner ces canons et les rares pistes qui étaient ouvertes à St-Bruno vendredi dernier sont maintenant fermées.

Pas de patinage non plus

S'il n'y a pas de ski ni de motoneige, il n'y a pas de patinage non plus.

« Habituellement, une semaine avant Noël, on commence à monter la glace », explique le maire de l'arrondissement Rosemont-La Petite Patrie, François Croteau. Mais il va sans dire que les dizaines de patinoires municipales de Montréal comptent aussi parmi les victimes des hivers doux et tardifs. M. Croteau dit qu'on patine à l'extérieur trois semaines de moins par année, comparativement à il y a dix ans.

À l'avenir, selon le maire Croteau, les arrondissements pourraient devoir diminuer leur nombre de patinoires pour réduire les coûts d'entretien.

« Soit qu'on va vers le choix que Toronto a fait, c'est à dire mettre des glaces réfrigérées extérieures pour maintenir une plus longue période de patinage extérieur, ou simplement, on accepte le fait qu'on va peut-être patiner un mois par année. »

— François Croteau, maire de l'arrondissement Rosemont- La Petite Patrie

Revoir les façons de faire pour les uns, revoir le modèle d'affaires pour les autres; il n'y a pas à dire, l'hiver qui se fait désirer engendre bien des bouleversements.

Pour Réal Massé, il n'y a d'autre recours que d'espérer sans s'impatienter : « Faut regarder au ciel pis faut continuer à prier, dit-il en riant. Faut pas crier après parce que ça va aller encore plus mal! »

Avec les informations de Jean-Sébastien Cloutier

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