POLITIQUE

Deux familles de réfugiés serrent la main de Justin Trudeau et Kathleen Wynne

11/12/2015 05:56 EST | Actualisé 11/12/2015 05:58 EST

TORONTO _ "Nous nous sentons comme si nous étions sortis de l'enfer et nous étions venus au paradis. C'est comme ça qu'on se sent." Et Kevork Jamkossian rit en regardant sa femme et sa fillette de 16 mois.

La petite famille a été la première à être accueillie par le premier ministre Justin Trudeau et son homologue ontarienne Kathleen Wynne à Toronto, aux petites heures vendredi matin.

La famille Jamkossian a quitté Beyrouth, jeudi matin, avec 160 autres réfugiés, à bord d'un avion militaire pour rejoindre le Canada. Huit mois plus tôt, elle avait quitté Alep en Syrie. "Nous avons vu des choses...". M. Jamkossian ne finit pas sa phrase prononcée en arabe. Forgeron de métier, il devra apprendre l'anglais et se trouver du travail.

Sa conjointe, Georgina Zires, a un frère à Montréal. Mais c'est à Toronto qu'ils veulent s'établir.

Où se voient-ils dans cinq ans? Il ne sait que répondre. Elle, sa réponse est toute prête. "Vivre ici. Travailler, bien-sûr. Et nous installer. Et que ma fille grandisse, qu'elle étudie."

La petite Madeleine, les yeux grands ouverts malgré l'heure tardive, écoute avec attention sa maman. "C'était elle notre motivation pour venir ici parce que ici elle peut faire beaucoup de choses. Dans d'autres pays, elle ne peut rien faire", juge Mme Zires.

Pendant que les parents de Madeleine rêvent d'avenir, la famille de Vanig Garabedian réfléchit au passé.

Ils ont quitté la Syrie en août 2014.

"Pendant que nous faisions nos paquets, il y avait à la télévision un programme sur l'exode des Arméniens. Moi, je regardais ça et je lui disais (à sa femme): après 100 ans, la même chose s'est répétée", se désole-t-il.

Le docteur Garabedian vivait aussi à Alep. Il y a 100 ans, son grand-père s'est réfugié en Syrie pour échapper au génocide arménien. "L'histoire se répète", fait-il remarquer.

"Après exactement 100 ans, nous étions en train de fuir, nous", répète sa conjointe Anjilik Jaghlassian comme si elle avait encore de la difficulté à le croire.

Gynécologue, le docteur Garabedian espère faire reconnaître ses diplômes et pratiquer la médecine à Toronto. Sa conjointe, technicienne de laboratoire, entend aussi reprendre sa carrière. La marche sera moins haute pour eux deux. Ils parlent anglais.

Au Liban, sans statut, ils disent qu'ils n'ont pas pu travailler et ont plutôt grugé leurs économies pendant 15 mois.

Si Madeleine, comme le lui faisait remarquer le premier ministre Trudeau, ne se souviendra pas de cette nuit, les trois filles du couple Garabedian, Lucie, Sylvie et Anna-Maria, âgées de 12 et 10 ans, ne sont pas prêtes d'oublier le soir où deux premiers ministres les ont aidées à enfiler trois manteaux mauves identiques.

L'arrivée des 24 000 autres réfugiés

Le ministre qui est à la barre de cet accueil n'est pas près, lui non plus, d'oublier sa nuit de jeudi.

"J'avais entre mes bras une petite fille d'un an", racontait John McCallum, vendredi matin à son arrivée aux Communes, encore tout ému d'avoir fait la connaissance de Madeleine.

"Elle était la première à arriver. C'était vraiment impressionnant de rencontrer ces gens", a confié le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.

Mais après l'émotion, il y a de froids calculs. Le ministre doit faire entrer au Canada, par avions nolisés, 24 000 autres réfugiés avant mars, dont plus de 9000 dans les deux prochaines semaines.

"Le nombre d'avions dépend de la taille des avions", offre le ministre en guise de lapalissade, à sa sortie des Communes. Mais non, après l'avion militaire de samedi, attendu à Montréal, le ministre n'a encore prévu aucun autre avion.

Et même si mathématiquement cela devient de plus en plus impossible, M. McCallum répète comme un mantra "10 000 avant la fin de l'année; 25 000 avant la fin de février".

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