DIVERTISSEMENT

Grand Corps Malade : ensemble, pour quelques grammes de poésie

09/12/2015 09:33 EST | Actualisé 09/12/2015 09:34 EST
Julien Mignot

« Il nous restera ça » est le thème qui a inspiré le cinquième album du populaire slameur français Grand Corps Malade (Fabien Marsaud de son vrai nom), paru à la fin du mois d’octobre. Ce projet collectif, qui rassemble plusieurs artistes francophones bigarrés à la renommée souvent imposante, est un hommage à la poésie. Ayant une grande liberté, les divers collaborateurs n’avaient qu’une seule véritable contrainte, cette phrase de quatre mots, devenue le titre de l’opus.

On ne compte plus les visites du trentenaire au Canada. Les 7 et 8 décembre, Grand Corps Malade a donné deux spectacles à Québec. Nous l’avons rencontré le lendemain à la cafétéria de Radio-Canada, à Montréal, où il devait donner quelques entrevues en direct. Jeudi soir, le 10 décembre, il offrira l’une des dernières prestations de sa tournée internationale (quelque 130 concerts en environs deux ans) consacrée à Funambule, son précédent album, sorti en 2013.

Le premier morceau du plus récent disque est intitulé Les derniers poètes. Le texte de la 16e et dernière pièce, Il nous restera ça, se termine par la ligne suivante : « Il leur restera ça, ces quelques moments du passé / Dans ce monde de brutes, quelques grammes de poésie. » Ce sujet fort rassembleur a le mérite d’être clair.

« L’album a failli s’appeler Poésies, raconte Grand Corps Malade. Mais comme il y avait cette phrase importante, j’ai opté finalement pour Il nous restera ça. L’idée était de faire un album de poésie avec des poètes d’aujourd’hui. »

Ces poètes, ils se nomment Érik Orsenna, Richard Borhinger, Luciole, Hubert-Félix Thiéfaine, Fred Pellerin (le conteur et chanteur québécois), Lino, Ben Mazué, Jeanne Cherhal, Charles Aznavour et Renaud. Tous ne sont pas des spécialistes de la chanson, mais tous sont familiers avec l’art d’écrire et d’interpréter. C’est le cas de Borhinger, d’abord connu pour son travail prolifique comme auteur puis acteur au théâtre, en télé et au cinéma. Quant à Grand Corps Malade, il a signé six textes (dont Pocahontas et Le banc) en plus de porter le chapeau de réalisateur-coordonnateur du projet.

« C’est un album concept dans lequel j’avais envie d’inviter des auteurs, explique-t-il. Je voulais qu’ils soient de générations différentes et qu’ils proviennent de disciplines artistiques diverses. La palette est large. Ce sont surtout des auteurs dont j’aime l’écriture. Ce sont les deux musiciens avec lesquels j’ai collaboré (de nouveaux collègues), Angelo Fley et Babx, qui se sont chargés du reste. Du côté des arrangements, ils ont tout fait. […] Excepté Fred Pellerin, j’ai rencontré personnellement tous les collaborateurs.

Fred Pellerin, Renaud et les autres

Il y a déjà quelques années, certaines personnes avaient comparé son travail à celui de Fred Pellerin, mentionne Grand Corps Malade : « J’ai donc écouté et j’ai trouvé qu’il avait une vraie particularité. C’est plus du conte que du slam, mais ça ne fait rien. Il a une belle plume et il raconte de belles histoires. »

Contrairement aux autres collaborateurs, Fred n’a pas enregistré son morceau Les années lumières en France, mais plutôt au studio Pantouf de son comparse Jeannot Bournival à Saint-Élie-de-Caxton. « On s’est jasé au téléphone, évidemment. Il a fait son texte a capella et ensuite on a fait du sur-mesure dessus. D’autres invités ont fait la même chose. Cela dit, un coup la musique créée, la plupart d’entre eux sont revenus poser leur texte sur la musique afin que ce soit plus juste. »

Certes, la collaboration avec Pellerin peut étonner. Or, celle qui a surprend le plus sur ce disque est certainement la chanson offerte livrée par Renaud, qui n’avait pas diffusé une seule pièce depuis huit ans. « Il n’a pas toujours été en grande forme, affirme le slameur. Il s’était un peu isolé. Mais j’ai tenté le coup puisque je suis un grand fan de Renaud. Et voilà, il a dit " pourquoi pas ? "… Je suis allé le rencontrer chez lui dans le sud de la France. On a passé deux jours ensemble. Tout s’est fait naturellement. C’est un peu fou de dire ça, mais c’est comme s’il avait perdu confiance en lui. J’ai écrit la première phrase pour lui donner de l’élan et il est parti en chantant cette histoire de batterie offerte à son fils (de neuf ans). »

Selon Grand Corps Malade, « Il nous restera ça » est un liant pour tous les textes. Cette phrase, que chaque invité devait placer quelque part dans son propre texte, avait quelque chose de fédérateur et d’inspirant. « Avec des gens de ce calibre, c’était très agréable à faire. Comme c’est une phrase très ouverte, ça pouvait partir dans plein de sujets différents. Elle a un aspect solennel et un peu grave. Après, je leur ai laissé une totale liberté. »

Bien entendu, « il nous restera ça » peut par ailleurs évoquer la mélancolie, l’humanisme, l’amitié, l’amour, la création, le passé, la séparation, le vide...

Grand Corps Malade ne proposera pas une tournée spécifique en lien avec ce disque. Il offrira quelques morceaux de Il nous restera ça dans les derniers spectacles de la tournée Funambule. Il souligne néanmoins qu’il fera une « prestation évènementielle » en direct pour la radio France Inter. Il sera accompagné de la quasi-totalité des collaborateurs, excepté Fred Pellerin et Renaud.

Le cinéma

Ce n’est pas la musique qui occupera Grand Corps Malade au cours des prochains mois, mais bien le tournage d’un long métrage de fiction inspiré de son livre intitulé Passions (publié en 2012), qui raconte l’histoire d’un garçon en réadaptation.

« Je vais le coréaliser avec un ami qui a notamment fait tous mes vidéoclips, indique le Français de 38 ans. C’est une parenthèse cinéma. Je serai occupé pas mal, car le tournage durera six semaines. On a du financement et des producteurs. On a aussi nos acteurs principaux. Ceux-ci ne sont pas très connus puisqu’ils ont une vingtaine d’années. De toute façon, je ne voulais pas d’acteurs très connus qui vous sortent du film. Tous les personnages principaux sont en fauteuil roulant puisqu’ils réfèrent à mon année de rééducation, il y a 18 ans. »

Il faut savoir que Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade s’est déplacé une vertèbre cervicale à la suite d’un plongeon dans une piscine trop peu profonde, le 16 juillet 1997. Ce très grave accident a eu pour conséquence d’affecter sa mobilité.

« La caméra sera assez proche des gens au début. À hauteur de fauteuil. Puis on va élargir quand le personnage central va retrouver un peu d’autonomie et de liberté. Ce sera cohérent avec le propos. Cette histoire est inspirée directement avec mon année en centre de rééducation quand j’avais 20 ans. Mais ce n’est pas un film complètement autobiographique. C’est surtout sur l’univers du centre et le monde du handicap. Malgré ce fond très dur et sombre, il y a beaucoup d’humour et d’autodérision. »

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Grand Corps Malade - au Théâtre Saint-Denis de Montréal - le 10 décembre.

Jamil assurera la première partie de la soirée.

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