DIVERTISSEMENT

1re édition de la Foirée montréalaise : hommage à Ville Saint-Laurent (CRITIQUE)

02/12/2015 04:47 EST | Actualisé 02/12/2015 04:48 EST
theatrelalicorne.com

Après deux décennies de Contes urbains, La Licorne déboulonne ses traditions en mettant au monde un nouveau rendez-vous annuel : la Foirée montréalaise, une soirée où les contes côtoient le slam, la musique, la poésie et le théâtre pour titiller notre nostalgie, réveiller nos éclats de rires et faire vibrer nos émotions. Chaque année, un quartier sera célébré, à commencer par Ville Saint-Laurent.

Belle idée d’entreprendre une nouvelle tradition avec un arrondissement aux couleurs aussi variées : point de chute de quantité d’immigrants, où 81 % des citoyens sont nés à l’étranger ou dont au moins l’un des parents a vu le jour à l’extérieur du pays, le secteur est bordé par Ville Mont-Royal, Dorval, l’arrondissement Lachine et Cartierville. Difficile de mieux représenter les visages multiples de la métropole.

Comme il faut s’y attendre d’un spectacle élaboré par des plumes et des interprètes variés, la Foirée montréalaise se révèle inégale. Parfois hilarante, parfois ordinaire, charmante à l’occasion, mais somme toute appréciable.

Animée par Pascal Contamine, qui nous offre une chaleureuse entrevue vidéo avec le grand Gilles Pelletier sur la compagnie théâtrale des Compagnons de Saint-Laurent, la soirée prend son envol de brillante façon, avec le conteur et harmoniciste Alain Lamontagne. Nous racontant les raisons qui l’ont poussé à s’établir dans le coin, avec un mélange de réalisme et de fantaisie bon enfant, il nous fait vriller l’âme avec la maîtrise de son instrument.

Vient ensuite Franck Sylvestre, dont le numéro de slam nous laisse sur notre faim. Bien qu’il manie le verbe avec brio et qu’il habite la scène avec une belle désinvolture, le créateur aux cheveux hirsutes n’éveille pas en nous la même ferveur. Peut-être en raison du changement de registre trop drastique avec son prédécesseur. Et certainement parce qu’il n’aborde pratiquement pas la thématique de la soirée. Sa référence aux études qu’il a réalisées au Cégep Saint-Laurent occupe bien peu de place dans son récit d’échappée de ville en guerre civile. Quantité d’habitants de l’arrondissement ont eux aussi abandonné leur pays d’origine, mais son récit n’aborde pratiquement jamais sa terre d’accueil.

Issue du monde de la musique, Dova Lewis livre une réflexion sur le silence assourdissant, l’amour familial et les petites choses auxquelles on fait la sourde oreille. Sa finale est mignonne comme tout, mais son histoire prend du temps avant de décoller. Autre bémol : la jeune femme ne possède pas encore toutes les qualités pour mériter le titre de conteuse. Son ton n’est pas suffisamment assuré, sa livraison manque de rythme et son non verbal exprime quantité de maladresses tentant de nous faire sentir les moments rigolos. Lorsqu’elle revient sur scène pour offrir une chanson, on découvre une voix hésitante, mais un talent manifeste pour la composition et l’écriture musicale.

La Foirée montréalaise prend son envol avec l’entrée en scène de la comédienne Mounia Zahzam, une Québécoise d’origine algérienne récemment diplômée de l’École Nationale de Théâtre. Livrant un texte plein de rebondissements imaginé par l’auteure Nathalie Doumar, qui a grandi dans les parcs de Ville Saint-Laurent, Zahzam met le public dans sa petite poche d’en arrière. Physique, investie, attachante, drôle et surprenante, elle donne vie à une histoire d’école secondaire, d’intimidation, de rejet et de pilosité, qui nous étampe un sourire au visage.

Tout est alors en place pour déguster les mots du dramaturge Simon Boudreault et la performance de l’acteur Joachim Tanguay. Les deux hommes allient leurs talents pour nous raconter l’histoire de Pike River, un jeune homme de la Montérégie venu étudier au Cégep Saint-Laurent, où il rencontrera un amour venu d’ailleurs, fera éclater les conventions académiques avec faste et marquera à jamais les murs de la célèbre pépinière de créateurs.

Une soirée en dents de scie qui se termine avec une boule de bonheur dans le cœur.

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