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Réfugiés au Liban : un appel qui changera leur vie

01/12/2015 03:32 EST | Actualisé 01/12/2016 05:12 EST

Alors que l'heure du départ pour le Canada approche, les membres d'une famille syrienne réfugiée au Liban sont déchirés entre la joie et la tristesse.

Un reportage de Marie-Eve Bédard Twitter Courriel correspondante au Moyen-Orient

Dans un petit appartement de Saïda, au sud de Beyrouth, la famille Houdhoud attend ce qu'ils croient être un départ imminent pour le Canada. Ils ont complété toutes les étapes de sélection et n'attendent plus que les résultats des examens médicaux.

Originaires de Damas, ils ne manquaient de rien avant la guerre. Mais ils ont laissé derrière une entreprise de chocolat prospère quand une bombe est tombée à 50 mètres d'un de leurs fils. C'en était trop, raconte le père, Haïssam Houdhoud.

« Nous avons le sentiment d'obtenir un droit de passage vers un avenir meilleur, mais ce qui nous blesse, c'est qu'on a quitté notre pays », affirme-t-il.

La famille Houdhoud, à Beyrouth, attend de connaître sa date de départ pour le Canada. Alaa est à l'extrême gauche sur la photo. Photo : Radio-Canada/Sylvain Castonguay

« Le Canada, c'est le pays dont tout le monde rêve. Tout le monde nous a dit que là-bas, la vie est belle, nos enfants seront scolarisés et leur avenir est assuré. » — Haïssam Houdhoud

Ce serait vrai pour chacun de leurs cinq enfants, sauf Alaa, l'aînée. Assise aux côtés de ses parents dans le salon, elle ne sera pas du voyage.

À 24 ans, elle est mariée et mère de deux jeunes enfants. Son mari, comme des dizaines de milliers de Syriens, est emprisonné par le régime de Bachar Al-Assad depuis plus de deux ans. Alaa soutient que son mari n'a commis aucun crime et n'a participé à aucun combat. Sans nouvelles, la famille craint le pire.

La mère d'Alaa, Shahinaz, est déchirée. « C'est difficile, c'est un déracinement », dit-elle entre deux sanglots.

Alaa ne s'est pas qualifiée parce qu'elle n'est plus enregistrée auprès du HCR. Croyant que son mari pourrait être libéré lors d'une amnistie décrétée après la réélection de Bachar Al-Assad, elle est retournée l'attendre en Syrie. Et elle a perdu son statut de réfugiée.

Alaa vit maintenant illégalement au Liban. Son père craint qu'elle ne soit condamnée à retourner seule en Syrie. « Elle n'a pas de permis de séjour au Liban », soutient-il. « Si elle retourne en Syrie, c'est la guerre, les arrestations, rien n'est rassurant. »

La famille Houdhoud a demandé une dérogation pour Alaa, mais elle a été refusée. « D'abord, j'ai perdu mon mari et maintenant mes parents, dit Alaa. Mais je me dis que s'ils acceptent que je parte aussi, je serai reconnaissante et sinon, je les remercie aussi. »

Alaa parle sans jamais perdre le sourire, parce que ses petits frères et soeurs qui rêvent maintenant de la neige et d'apprendre à patiner peuvent maintenant envisager un avenir en sécurité.

Une attente partagée par plusieurs

Un peu partout dans les camps informels qui tapissent le paysage montagneux du Liban, des milliers de réfugiés syriens recoivent en ce moment un appel qui va changer leur vie.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) fait une première sélection de réfugiés potentiels à partir de sa base de données sur les 1,2 million de réfugiés syriens enregistrés au Liban.

Une fois ce premier contact initié, les réfugiés sont dirigés vers les ambassades du Canada au Liban et en Jordanie.

L'ambassadrice du Canada au Liban, Michelle Cameron, se dit fière de piloter un projet d'une telle ampleur. « Nous avons un impact sur la vie des gens et en même temps, nous obtenons de nouveaux citoyens spectaculaires », précise-t-elle.

De nouveaux citoyens qui sont sélectionnés selon des critères humanitaires d'abord et avant tout, explique Michelle Cameron.

Notre principe fondamental, c'est la vulnérabilité. Nous épluchons les dossiers pour voir qui sont les plus vulnérables. Nous cherchons ceux qui n'ont plus les moyens de continuer, qui n'arrivent pas à nourrir leur famille ou qui sont persécutés. Autrement dit, ils ne peuvent plus rester où ils sont, ils n'y arrivent pas.

« Notre principe fondamental, c'est la vulnérabilité. Nous épluchons les dossiers pour voir qui sont les plus vulnérables. Nous cherchons ceux qui n'ont plus les moyens de continuer, qui n'arrivent pas à nourrir leur famille ou qui sont persécutés. Autrement dit, ils ne peuvent plus rester où ils sont, ils n'y arrivent pas. » — Michelle Cameron, ambassadrice du Canada au Liban

Après plus de quatre ans de guerre en Syrie et des millions de vies brisées, les réfugiés correspondant à ce profil ne manquent pas.

Selon l'ambassadrice, 70 % de réfugiés syriens au Liban vivent sous le seuil de la pauvreté et 50 % d'entre eux dépensent moins que ce qui est considéré comme nécessaire pour survivre.

L'ambassadrice veut rassurer les Canadiens qui s'inquiètent des risques pour leur sécurité que comporte l'accueil de 25 000 réfugiés en quelques mois. « Je peux dire en toute sincérité que je n'aurais aucun problème à vivre dans une communauté qui accueille les réfugiés syriens », affirme Michelle Cameron. « J'aime être ici et participer à tout le processus, mais j'adorerais être de l'autre côté de l'Atlantique pour faire partie d'un comité d'accueil pour montrer ce qu'est le Canada. Je n'aurais aucune crainte en terme de sécurité. »

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