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«Floride» de Philippe Le Guay: drôle à la folie (VIDÉO/PHOTOS)

30/11/2015 10:46 EST | Actualisé 01/12/2015 04:28 EST

Après les succès de ses derniers films, Les femmes du 6e étage, et Alceste à Bicyclette, le très discret Philippe Le Guay traite de la sénilité avec son nouveau long métrage Floride dans lequel il met en scène un duo d’acteurs, Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort, évidemment formidables. De passage à Montréal, le réalisateur français s’est entretenu avec Le Huffington Post Québec.

Les deux personnages principaux de Floride sont joués par deux acteurs populaires jamais réunis au cinéma: Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort. D’où vous est venue l’idée de travailler avec les deux comédiens?

Pour jouer ce couple père-fille, je devais avoir des acteurs qui soient vraiment complices dans la vie. Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort se connaissent depuis plus de quinze ans. Il y a longtemps, ils avaient déjà travaillé sur un projet au théâtre qui ne s’est jamais réalisé. Chacun avait gardé un peu le regret de ce rendez-vous manqué. Du coup quand ce film est arrivé, ils ont eu vu cela comme des retrouvailles. Le désir de tourner avec Jean Rochefort était pour moi aussi important que l’envie de raconter l’histoire. Sa présence s’est imposée naturellement. Et puis, je me suis demandé qui pourrait être sa fille. J’ai alors pensé à Sandrine Kiberlain.

«Floride» de Philippe Le Guay

Inspiré d’une pièce du dramaturge Forian Zeller, le film raconte les pertes de mémoire d’un octogénaire qui refuse d’admettre sa condition. Sa fille doit gérer la lente déliquescence de son père jusqu’au jour où ce dernier décide sans prévenir de s’envoler pour la Floride.

Ce que je déteste au cinéma c’est de voir le spectateur pris en otage par la situation. Un exemple: une mère est atteinte d’un cancer ou ses enfants sont morts dans un tragique accident. Le public n’a pas le choix de faire preuve d’empathie. Je n’aime pas quand le spectateur n’a pas sa liberté pour appréhender une histoire. Ce que j’ai essayé de faire avec Floride, c’est tout le contraire. Tout au long du film, on se demande si tout cela n’est pas un jeu. Au fond, est-ce que le personnage nous ment? On a toujours la possibilité de mettre à distance ce que l’on voit à l’écran sans pour autant voir les choses de loin.

À travers les affres du personnage principal, vous abordez un sujet délicat, celui de la maladie d’Alzheimer. Pourtant vous évitez de rentrer de plein fouet dans le drame, préférant la comédie. Mais peut-on rire de tout?

Je trouve que la comédie va plus loin que le drame. Généralement dans un drame, au bout de trois quarts d’heure, on a compris. D'accord, il va y avoir ceci et cela. Alors qu’avec la comédie, on fait surgir quelque chose de différent, de beaucoup plus inattendu. On surprend par le rire. J’apprécie les dérapages et les contradictions. À un moment, tout d’un coup la vie revient de manière imprévisible. Le rire a cette fonction libératrice d’autant plus intéressante qu’il jaillit d’une situation de conflits. Bref, le rire permet de nous échapper du pathos.

Ce rôle d’un vieillard sénile joué par un Jean Rochefort saint d’esprit était-il difficile à interpréter pour l’acteur?

Non, cela ne lui a pas fait peur. Au contraire, il l’a ressenti un peu comme une mission, comme s’il fallait parler de cela aujourd’hui. Lui-même a des amis très proches, des amis d’enfance, qui souffrent de l’Alzheimer. Il avait envie de restituer leur solitude et leur brusque accès de conscience d’une manière presque documentaire. Toutefois, je savais que ce film avec Jean Rochefort allait être tout sauf un documentaire. Tout de suite, il a amené une telle démesure, une telle noblesse que cette participation n’a jamais vraiment été un dossier clinique. C’est davantage une plongée dans la tête d’un homme.

Jean Rochefort a quand même déclaré à plusieurs médias que ce rôle a été pour lui très difficile.

Jean-Rochefort est un homme âgé de 85 ans. Jouer dans le film fut sans aucun doute pour lui une grande épreuve à la fois physique et morale. Tous les jours, on le voyait sur le plateau avec son regard extraordinaire et son visage buriné. Il porte l’histoire de 60 ans de cinéma français. Un acteur, ce n’est pas seulement l’homme, mais c’est surtout tous les films qui l’ont traversé, les metteurs en scène avec qui il a joué. Tout d’un coup, se trouve en face de vous, une véritable partie de l’histoire française, celle de notre cinéma et une personnalité populaire qui fait partie de notre mémoire.

De son côté, Sandrine Kiberlain incarne une femme dépassée par les événements. Chaque fois qu’elle tente d’aider son paternel, celui-ci la rejette avec cruauté.

Elle doit gérer un individu qui perd un peu la tête. Elle le protège, mais plus elle le protège, plus elle prend des coups. Au lieu de la féliciter, son papa la traite avec cruauté. Il y a là une injustice fondamentale qui nous bouleverse et qui nous fait sourire. On sent bien derrière ces gestes méchants qu’il existe un phénomène de défense de la part du père. C’est peut-être sa façon à lui de s’en sortir. Chacun fait comme il peut. C’est cette relativité humaniste qui fait que la comédie côtoie le drame.

Peut-on voir Floride comme un véritable hymne à la vie?

Tout à fait. À un moment donné dans le film, le personnage principal décide de boire un verre de vin alors qu’il se l’était interdit depuis de nombreuses années à cause d’une dispute avec son meilleur ami avec qui il avait acheté autrefois un vignoble. À mes yeux, cette scène raconte quelque chose du rapport à la vie. Il s’était interdit de prendre du vin pour se punir. À la mort de son ami, il décide de reprendre une gorgée de vin, un geste dans lequel il dit tout son consentement à l’existence. Un geste accompli au crépuscule de sa vie pour signifier son refus de s’accrocher à des querelles vaines et stupides.

Floride – Métropole Films Distribution – Comédie dramatique – 110 minutes – Sortie en salles le 27 novembre 2015 – France.

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