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Réfugiés syriens : Cri du cœur de Sébastien Stasse, dg de l'école Alex Manoogian

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QUÉBEC – Le directeur général d’une école arménienne reconnue pour son programme de francisation des réfugiés estime que l’arrivée de centaines de petits Syriens va «créer sur le système une pression énorme».

Les investissements du gouvernement ne sont pas au rendez-vous et le réseau ne possède pas les spécialistes nécessaires pour venir en aide adéquatement à ces jeunes victimes de la guerre civile, croit Sébastien Stasse, directeur général de l’école Alex Manoogian, basée dans le quartier Ville Saint-Laurent à Montréal. «On est déjà à bout de souffle», dit-il.

Depuis six ans, cette école privée arménienne recevait quatre ou cinq jeunes Irakiens par année. Mais la guerre en Syrie a fait grimper le nombre de réfugiés et l’endroit accueille maintenant 29 enfants syriens dans ses classes de francisation. Et les besoins pour ces derniers sont beaucoup plus importants.

En Irak, les combats se déroulaient généralement en périphérie, alors qu’en Syrie les enfants ont été exposés directement aux affres de la guerre. «Les enfants qui nous arrivent depuis six mois ont des problématiques beaucoup plus complexes que ceux qu’on recevait du côté des Irakiens, explique Sébastien Stasse. Ce sont des enfants qui souffrent de choc post-traumatique, des enfants qui ont vu la guerre, qui ont vu des gens se faire abattre.»

Les écoles qui accueilleront les enfants des quelque 6000 réfugiés que le Québec s’apprête à recevoir devront donc trouver des ressources spécialisées, tels des psychologues, qui parlent la langue maternelle des enfants, explique Sébastien Stasse. «Ce sera le plus grand défi.»

Parmi les jeunes syriens qui fréquentent son école, plusieurs ont des problèmes d’anxiété, d’agressivité ou de la difficulté à fonctionner en groupe. «Ce sont des enfants qui sont en mode survie», confie-t-il.

«Parmi ceux que j’ai depuis six mois, plus de la moitié ont besoin de services particuliers, poursuit-il. Deux sont suivis en psychologie, deux en orthopédagogie et deux ont des symptômes qui ressemblent à des symptômes de chocs post-traumatiques.»

À cela s’ajoutent des retards dans le parcours scolaire chez ces jeunes qui ont vécu en zone de guerre, puis dans les camps de réfugiés. «J’en ai un de neuf ans qui n’a pas été scolarisé depuis trois ans. Il a à peine une maternelle», raconte Sébastien Stasse.

Ce dernier estime que le programme de francisation est sous-financé dans le réseau privé. Son école reçoit 133$ mensuellement par enfant. «C’est une vraie farce, lance-t-il. Ça ne paie même pas une pour une heure passée avec un spécialiste.»

«Ces enfants-là ne sont pas une priorité dans le système», dit-il.

Intégrer pour éviter les ghettos

Pourtant, l’école Alex Manoogian a été visitée par les ministres Jean-Marc Fournier et Christine St-Pierre en novembre 2014. «On nous dit qu’on fait un travail extraordinaire», raconte le directeur général. Les ministres se font photographier sur place, mais l’argent ne suit pas.

Fait étonnant, les écoles privées ne reçoivent pas de subvention pour la francisation si les enfants s’inscrivent après le 30 septembre. Autrement dit, les réfugiés qui arriveront d’ici le 31 décembre, selon le plan du gouvernement Trudeau, ne seront pas couverts dans les écoles privées.

Si le Québec veut assurer l’intégration des réfugiés, il doit offrir un financement adéquat pour leur prise en charge, plaide Sébastien Stasse. «Le montant doit être ajusté en fonction des besoins particuliers des enfants», dit-il.

Il donne l’exemple des enfants souffrant d’un TDAH dans le réseau scolaire. «Ils sont cotés et il y a des montants qui viennent en fonction de ces cotes-là. Je crois qu’on devrait fonctionner un peu de la même façon.»

«Il faut aussi que nous ayons le personnel pour évaluer puis aider ces enfants», ajoute-t-il.

Sébastien Stasse met en garde contre une vision idéalisée du processus d’intégration. «On croit qu’ils vont arriver chez nous et ils vont être contents, donc ça va bien se passer, dit-il. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Ils arrivent avec leurs difficultés et ce n’est pas vrai qu’ils ont tous envie d’être francisés.»

«Oui, ils sont contents d’être ici, précise-t-il, mais il demeure qu’ils ont des difficultés qui vont ralentir l’apprentissage de la langue. Ce ne sont pas tous des enfants qui vont s’asseoir et qui vont écouter toute la journée.»

Quant aux craintes de nombreux Québécois face à l’arrivée massive de migrants, Sébastien Stasse plaide pour une intégration à travers l’éducation. «Si les mesures sont en place pour leur assurer la réussite scolaire, il n’y a aucun problème, dit-il. Les problèmes vont survenir si ces enfants-là se retrouvent en ghetto, s’ils ne sont pas éduqués, s’ils deviennent des décrocheurs et qu’ils se retrouvent sans emploi.»

«Le meilleur remède à ces craintes-là, dit-il, c’est d’assurer l’éducation de ces enfants-là chez nous.»

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