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Hofesh Shechter, l'enfant terrible de la danse, revient à Montréal (ENTREVUE/PHOTOS/VIDÉO)

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Six ans après avoir offert Uprising/In Your Rooms sur les émeutes dans les banlieues françaises et trois ans après avoir présenté Political Mother, qui s’attaquait aux dictatures et à l’oppression, le chorégraphe Hofesh Shechter verra son travail prendre forme à Montréal durant les représentations de Sun, véritable électrochoc mettant en lumière les nombreuses menaces que pose la structure sociale sur les individus.

Épique, original, soufflant, l’univers du chorégraphe établi à Londres attire de nouvelles générations de spectateurs partout à travers le monde. Un succès qui s’explique en partie par la singularité de sa démarche, selon Bruno Guillore, directeur artistique de la compagnie pour laquelle il danse depuis neuf ans.

« Hofesh a son style à lui, il est un peu rebelle. Son univers en est un de conflit et de révolte. Ses œuvres plaisent à plusieurs spectateurs qui avaient peut-être moins l’habitude d’assister à des spectacles de danse contemporaine. Il faut dire aussi qu’Hofesh n’est pas enfermé dans sa bulle : il travaille pour la télé et collabore avec des artistes d’opéra et de sculpture. En ce moment, il est à New York, où il signe les chorégraphies de la comédie musicale Fiddler on the roof qui sera jouée sur Broadway en novembre et décembre. »

Éclectique et non formaté, le travail du chorégraphe dérange certains critiques. « Généralement, ça se passe bien avec le public. Ce sont les critiques qui n’arrivent pas à mettre notre travail dans une boîte. À l’étranger, la réponse est plutôt bonne, mais on sent qu’en Angleterre, elles prennent grand plaisir à l’abattre. Évidemment, quand on présente quelque chose d’extrême, une partie des gens ne se reconnait pas là-dedans, et tout le monde a le droit de trouver des faiblesses à une œuvre. »

« Par contre, j’ai l’impression que les points faibles des chorégraphies, qui existent, ne sont jamais soulevés. C’est plutôt de l’ordre de la mauvaise foi. On dit par exemple que la musique des spectacles est toujours la même. Pourtant, uniquement dans The barbarians in love, les trois sections sont dansées sur du jazz, du dubstep électronique et du baroque… »

L’œuvre à laquelle Guillore fait référence ne sera pas présentée à Montréal, mais à Sherbrooke, Québec, Ottawa et Vancouver durant la première moitié de novembre. Le chorégraphe londonien a imaginé trois visions de la passion, de l’intimité et de l’amour routinier. « Barbarians est connecté directement sur les émotions. C’est une proposition beaucoup plus personnelle que Sun et les autres spectacles, qui expriment un point de vue fort sur la société, la façon dont on est dirigés et le pouvoir extérieur contre lequel on est en conflit. »

La métropole accueillera du 5 au 7 novembre les 14 danseurs de Sun, une œuvre où sont exposées nos libertés approximatives et nos vérités fabulées. « On avait envie de questionner la qualité de vie des pays dits développés : comment on en est arrivés là? Nous avons envahi des territoires et pillé des ressources. Nous avons tous fait ça. On trouvait intéressant de confronter le public assis confortablement dans un théâtre pour assister à un spectacle. Il ne faut pas oublier le chemin que nous avons emprunté pour accéder à cela. »

Franchement plus cassant et complexe que ne l’était Uprising, qui invitait à l’engagement et à la révolution dans un esprit groovy et divertissant, Sun met en lumière les dangers de la société face aux individus, tel un soleil à la fois menaçant et bienfaiteur pour l’être humain. Le but d’Hofesh Shechter : faire tomber les masques d’un monde à la perfection factice.

Une authenticité dans les thématiques et dans la démarche qui attire énormément de danseurs. « Quand on fait des auditions pour combler trois ou quatre places, on reçoit 1000 personnes au total. C’est très difficile d’entrer dans la compagnie. Il faut que les danseurs aient un certain niveau technique, mais ce n’est pas ça le plus important. Ils doivent surtout savoir improviser et mettre en relation les mouvements avec ce qu’ils ressentent pour mieux l’exprimer. »

Quiconque a déjà assisté à une production de la compagnie de danse peut aisément imaginer l’exigence physique imposée aux interprètes. « Ce sont assurément les contrats les plus difficiles sur le corps que plusieurs danseurs feront dans leur vie. Il faut constamment aller au bout de soi : dans l’endurance physique, les émotions, les changements de costumes rapides. Tout est extrême. À la fin de chaque spectacle, on est épuisés physiquement et mentalement. »

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