POLITIQUE

«Les Expos à Montréal, c'est possible» - Alexandre Taillefer

18/10/2015 07:57 EDT | Actualisé 18/10/2015 07:57 EDT

Alexandre Taillefer a été de toutes les tribunes dans les dernières semaines, bien qu’il avoue refuser le trois quart des entrevues qu’on lui propose. C’était pour parler de taxi, une industrie qu’il tente de changer du tout au tout. Mais l’investisseur, qui est devenu selon ses propres mots le «poster boy de l’entrepreneuriat» au Québec, a beaucoup à dire sur bien d’autres sujets. Il aurait même un plan pour ramener le baseball majeur à Montréal.

Le Huffington Post a rencontré l’ex-dragon dans son bureau du centre-ville. Voici 10 sujets sur lesquels il s’est prononcé.

1. Sur le retour des Expos à Montréal

Le retour du baseball à Montréal, c’est une bonne idée?

C’est une bonne idée et c’est possible! Nous travaillons en ce moment sur une stratégie qui nous permettrait financièrement de faire venir une équipe de baseball à Montréal. Sans dévoiler de secret, j’ai une idée et j’ai des amis qui ont déjà démontré un intérêt à faire revenir les Expos. Nous devons valider le tout, mais, a priori, j’y crois. Mais il faut faire attention. Acheter une équipe, c’est 500 millions de dollars, plus le stade. Sommes-nous en mesure de trouver une solution viable? Je pense que nous avons une piste intéressante à explorer…

2. Sur l’entrepreneuriat et l’engagement social

Doit-on avoir plus de gens d’affaires qui s’impliquent pour leur ville?

La nouvelle génération d’entrepreneurs prend de plus en plus en considération la justice et l’égalité. Quand on a eu de la chance dans la vie, on a l’obligation de faire plus que payer ses impôts. C’est gagnant de mettre les cerveaux de gens d’affaires – qui voient les choses différemment – au service de la société. Je ne crois pas beaucoup au monocépage. Il faut mettre les gens d’affaires en lien avec le milieu social, le milieu culturel…

3. Sur l’automobile et Luc Ferrandez

Vous êtes devenu un lobbyiste antivoiture. Est-ce que Luc Ferrandez vous a téléphoné pour devenir porte-parole du Plateau?

Sa vision n’est pas mauvaise. Je ne veux pas juger de ses politiques, mais je crois que dans le paysage politique, il joue un rôle très utile. C’est avec le choc des idées qu’on fait avancer la société. L’élimination de la deuxième voiture est une nécessité. Dans un cocktail transport, on peut inclure la voiture, le taxi, le Bixi, le véhicule en libre service, l’autobus… Réduire l’utilisation de la voiture doit être un objectif commun. La voiture est l’un des facteurs d’appauvrissement – individuel et collectif – les plus importants.

4. Sur Montréal

Quelle est l’image de marque de Montréal?

J’ai été frappé par les quatre vérités que nous a lancées le designer Philippe Stark lors de sa visite. Montréal n’est certainement pas la plus belle ville en matière d’architecture et de design, mais elle est l’une des villes où il y a un maximum d’authenticité. C’est là-dessus qu’il faut miser. L’objectif d’une société, c’est le bonheur. Pour être heureux, ça prend de l’argent, mais ça prend beaucoup plus que ça. Montréal a aussi une chance inouïe : celle de ne pas avoir eu d’argent dans les années 1980 et 1990. Ça nous a empêché de faire de graves erreurs en matière d’urbanisme! Aujourd’hui, il faut apprendre de ce qui fait de mieux ailleurs et appliquer à la lettre les principes urbanistiques qui vont nous permettre de maintenir nos acquis.

5. Sur la place de l’art public et des artistes québécois

L’art public, on en voit assez?

On peut toujours faire mieux, mais quand on voit quelque chose comme la grande roue de BGL [inaugurée récemment coin Pie-IX et Henri-Bourassa], on ne peut que se réjouir. On a compris que l’art public est un investissement dans le bonheur du citoyen. Cette tendance, elle est lourde. Maintenant, je crois que nous avons l’obligation de permettre aux artistes de chez nous de développer de grandes œuvres. Je me méfis d’une stratégie d’importation. Des Anish Kapoor et des Frank Gehry, on en a assez vus. Si on veut que Montréal soit authentique, nous avons le devoir d’offrir des opportunités à nos talents.

«Les sièges sociaux sont en disparition au Québec. Il ne faut pas essayer d’attirer des sièges sociaux étrangers avec des stratagèmes fiscaux… Il faut créer les prochains sièges sociaux ici.»

- Alexandre Taillefer

6. Sur l’agrandissement du Musée d’art contemporain de Montréal

Les plans pour l’agrandissement traînent. Quand aurons-nous droit à une annonce?

La volonté de Québec est claire et les mécènes sont là. Il reste à régler la question fédérale. Il faudra attendre que les élections passent. Notre objectif est de passer à travers les fêtes du 375e. Nous ne voulons pas être en chantier pendant que Montréal est sur le party! J’aimerais fermer le musée le 1er janvier 2018 et procéder à une réouverture en 2020.

7. Sur le mont Royal et les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame

De quoi Montréal a-t-elle besoin?

Il y a une sous-utilisation à Montréal de deux actifs qui définissent la ville : la montagne et les îles. Un funiculaire permettrait aux Montréalais de rejoindre facilement le sommet du mont Royal depuis le centre-ville. Il faudrait aussi relier le Vieux-Montréal au parc Jean-Drapeau. La mise en place d’un pont entre le quai Alexandra et le pont de la Concorde serait une solution gagnante et peu coûteuse qui améliorerait grandement l’accès pour les cyclistes et les piétons.

8. Sur Denis Coderre

Que pensez-vous du travail du maire de Montréal?

Il amène des choses que les gens recherchaient : de la confiance, de l’enthousiasme, de la fierté. Il faut s’assurer que les projets aujourd’hui seront livrés. M. Coderre prend beaucoup de dossiers en main. Je ne doute pas de ses compétences de tout mener à terme, mais c’est tout un défi.

9. Sur les politiciens et l’austérité

Quelle est votre satisfaction envers la classe politique?

Je ne suis pas certain que le gouvernement explique toujours bien la destination vers laquelle il souhaite aller. L’austérité, ce n’est pas une décision simple. Quand on implante des mesures qui sont politiquement impopulaires, c’est important de faire comprendre l’objectif, de communiquer la destination. C’est quelque chose que les politiciens devraient revisiter quotidiennement.

10. Sur les conditions de travail et le salaire minimum

Quand vous parlez du taxi, vous parlez beaucoup des conditions de travail des chauffeurs. En faisons-nous assez pour les conditions de travail en général au Québec?

Autant la classe politique que la classe syndicale doivent en faire plus et, surtout, doivent dialoguer davantage. À mon avis, un des mouvements sociaux les plus intéressants des dernières années ne vient pas du Québec, mais des États-Unis avec le Pay 15, qui fera grimper le salaire minimum à 15 $ l’heure. Il n’y a aucune raison qu’un citoyen qui travaille 40 heures par semaine vive en deçà du seuil de la pauvreté qui s’établit à 23 000 $ au Québec.

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