Félix Paquet: le nouveau visage québécois du prestigieux Ballet national du Canada (ENTREVUE/PHOTOS)

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Aleksandar Antonijevic
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À la fin de son parcours académique, Félix Paquet ne croyait pas avoir ce qu’il faut pour être engagé au Ballet national du Canada (BNC). Manque de confiance en lui, intérêt plus fort pour la danse contemporaine, pieds plats et absence d’hyperextension dans les genoux (deux contre-indications esthétiques en ballet), il n’a pas daigné se présenter aux auditions. Pourtant, son nom figure aujourd’hui parmi le corps de ballet de la prestigieuse compagnie et il s’apprête à fouler la scène du Théâtre Maisonneuve de Montréal.

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«The Second Detail + Spectre de la rose» - Ballet national du Canada
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Preuve que son talent parlait plus fort que son manque d’estime personnelle: au lendemain des auditions, les dirigeants du BNC l’ont invité à prendre part à une classe et lui ont remis une lettre d’intérêt, l’incitant à rester à Toronto un an de plus. Un mois plus tard, il obtenait le rôle principal masculin de Giselle, le spectacle de fin d’année de l’école de danse nationale.

« À partir de là, je suis retombé en amour avec la danse classique, relate le jeune homme en entrevue. Mon professeur et la directrice artistique de l’école m’ont fait comprendre que mon corps était correct et que le plus important était d’être un artiste capable de s’exprimer et d’offrir une qualité de mouvements. Le ballet ne se résume pas à l’esthétique et à la technique. »

Des débuts en confiance

Paradoxalement, pendant des années, rien ne pouvait le faire dévier de son chemin. Dès l’âge de quatre ans, il prenait des classes de danse au Service de loisirs de la Ville de Québec. « Dès que de la musique classique jouait chez moi, je dansais dans le salon. Ma mère m’a raconté que je lui ai demandé de m’inscrire à des cours de danse classique. »

À la fin des années 90 et au début des années 2000, les garçons danseurs s’attiraient encore bien des insultes, mais Félix Paquet n’en avait que faire. « J’ai fait rire de moi, c’était difficile, mais c’est la vie. Il n’était pas question que je me laisse influencer par eux. Ma passion était trop grande pour m’occuper de ce que les autres pensaient. Je savais que j’allais devenir danseur de ballet. »

La même détermination l’habitait quand est venu le temps de déménager à Toronto, en plein milieu de son parcours secondaire, afin d’étudier la danse à l’École nationale de ballet du Canada, à 15 ans. « Pendant le camp d’été durant lequel on est évalué, j’ai tout fait pour être accepté. Quand j’ai su que j’étais pris et que j’allais quitter Québec, ça ne me dérangeait pas de devoir vivre loin de ma famille et de mes amis. Je voulais juste être admis. »

Il ne parlait pas un mot d’anglais, mais l’adaptation s’est faite plus aisément que prévu. « Au début, je pensais que ce serait très difficile de vivre en résidences, mais ces années ont été les meilleures années de ma vie jusqu’à maintenant. Je vivais avec mes amis et tout le monde était vraiment gentil. Je n’étais pas le seul à avoir quitté ma famille et à ne pas parler anglais. J’étais entouré de Japonais, de Coréens, d’Espagnols et d’autres nationalités. Aujourd’hui, j’ai de la facilité en anglais et j’en perds parfois mon français. »

danse

Contemporain ou classique?

Désormais membre du corps de ballet, il a pourtant passé des années à développer son amour pour… le contemporain. « En contemporain, on va plus en profondeur dans nos sentiments et notre façon de bouger. C’est naturel pour moi d’exprimer mes émotions. Je suis né comme ça. Le vocabulaire contemporain n’est écrit nulle part et on peut faire n’importe quoi, sans aucune limite. À l’inverse, en classique, il faut que ça corresponde exactement aux gestes qui sont documentés dans les livres. Et tout est très esthétique, comme la mode. Il faut que ça ressemble à une image prédéterminée. »

Alors, pourquoi danser du ballet aujourd’hui? « Des fois, je me dis que j’ai peut-être développé un intérêt très fort pour le contemporain juste parce que je pensais que je n’avais pas le bon corps et que ne pourrais jamais faire ma place en ballet… Et de toute façon, ça reste très agréable de devenir un bon danseur classique. J’ai vraiment eu un déclic en dansant dans Giselle. »

Montréal et le reste du monde

Du 1er au 3 octobre prochain, il dansera avec le BNC au Théâtre Maisonneuve, durant l’une des trois œuvres au programme : Chroma, de Wayne McGregor. Un chorégraphe qui a tout pour le stimuler.

« Wayne dit souvent que durant nos années comme danseur de ballet, nous devions bien nous comporter pour réussir les bonnes positions, et qu’il essaie d’effacer ces schémas de mouvements. Il veut en inventer d’autres qui ne sont pas dans les livres et il déforme notre technique classique à l’extrême! C’est vraiment dur sur nos corps. On n’est pas habitués de faire preuve d’autant de flexibilité avec nos hanches et notre dos. Mais c’est un ballet magnifique! »

Ses collègues offriront également Spectre de la rose, une œuvre moderne et abstraite chorégraphiée par Marco Goecke, ainsi que The second detail, une portion néo-classique imaginée par William Forsythe.

Félix Paquet et le Ballet national du Canada verront leur travail diffusé partout sur la planète, le 1er octobre, lors de la Journée mondiale du Ballet (World Ballet Day). La troupe canadienne fait partie des cinq ténors du projet, avec l’Autralian Ballet, le San Francisco Ballet, le Royal Ballet de Londres et le Ballet du Bolchoï.

Pour une deuxième année consécutive, les 5 leaders, ainsi que de nombreuses autres compagnies (dont les Ballets Jazz de Montréal), offriront 23 heures de diffusion web en direct de répétitions, de classes spéciales, de coulisses et de spectacles. Le BNC présentera entre autres sa générale sur les écrans du monde entier. Pour plus de détails, visitez le worldballetday.com

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