DIVERTISSEMENT
22/09/2015 08:50 EDT | Actualisé 23/09/2015 09:36 EDT

«Foglia l'insolent», un essai sur le fameux journaliste de La Presse (ENTREVUE)

Courtoisie

Pierre Foglia a marqué le quotidien de plusieurs générations, avec ses chroniques à La Presse des dernières quarante années. Le réputé spécialiste en éthique journalistique, Marc-François Bernier, redécouvre Foglia à travers un essai sur son œuvre, «Foglia l'insolent».

Marc-François Bernier a fait un bilan de l'oeuvre de Foglia, en effectuant de nombreuses recherches, lectures et analyses. «Ce n'est pas une science exacte, précise l'auteur, c'est un peu comme faire du bricolage quand on écrit ce genre de livre-là». Son travail l'a amené à catégoriser des passages, à regrouper des thèmes récurrents de l'écriture de Foglia.

L'objet du livre est une personne, un journaliste, mais la démarche menant à l'aboutissement de son livre en est une de science sociale. Mais ce livre n'est pas une biographie. «J'ai rencontré Foglia et fait des recherches, mais mon premier matériel, c'est son œuvre. Je voulais faire un bilan de son œuvre, en fait, mon propre bilan sur son œuvre». Non pas que la vie du journaliste ne soit pas intéressante, mais Marc-François Bernier «considère qu'il a fait une œuvre comme ont fait les moralistes il y a deux cents ans», et c'est ce point qui l'intéressait.

Son œuvre est en elle-même largement autobiographique. «Ce qui m'impressionne le plus chez lui, c'est sa capacité de ne pas être comme les autres, souligne l'auteur, de se distinguer dans le sens où il est marginal. Il écrit en marge de la position journalistique traditionnelle et dit des choses intéressantes». Foglia a réussi à partager son intérêt pour la lecture aux gens dans ses chroniques. Il a réussi à faire lire de la poésie à des pompiers! «Les journalistes qui osent faire part d'extraits de poèmes dans leurs chroniques sont rares, précise Marc-François Bernier. Il est un grand communicateur.»

Le lyrisme de Foglia l'a également touché. «Il raconte des paysages... c'est un styliste extraordinaire. J'ai fait ce livre, car je voulais voir comment il travaille.» Le journaliste a également un grand côté ethnologue, car il va sur les lieux. Sa méthode est surprenante et raffinée. «Ses textes sont riches, car il va chercher dans le quotidien», soutient l'auteur.

Foglia a eu une vision très critique des journalistes. «On ne s'en rend pas compte, car c’est sur plusieurs années, a analysé l'auteur, mais il est allé loin et ne s'est pas fait dilapider. Il a souvent rétorqué à ses collègues journalistes, et ça m'a surpris. Je ne m'attendais pas à ça.» Marc-Françcois Bernier s'est lui-même senti, à l'occasion, touché par les propos de Foglia à l'encontre des journalistes. «Je me suis déjà senti visé, comme tout le monde, surtout quand il parle de ceux qui s'occupent trop d'éthique ou de déontologie... sauf qu'il le fait lui aussi, dit Marc-François Bernier en souriant. C'est très paradoxal, car il est très moraliste, mais c'est une pirouette de rhétorique. Personne ne peut échapper à son courroux!»

Foglia a un côté très libertaire, et il a été en marge, à contre-courant des idées à la mode. «Dans un journal comme La Presse, être comme lui un indépendantiste libertaire de gauche, un peu vulgaire, dans un journal familial fédéraliste... c'est le dernier de sa race. Je crois que personne d'autre n'aura la même liberté dans les médias québécois aujourd'hui. Il est un phénomène», synthétise l'auteur.

Mais Foglia n'est pas parfait, et il a déjà fait preuve de mauvaise foi, comme dans le cas de Geneviève Janson. «Je n'ai pas voulu faire un livre complaisant, explique l'auteur, c'est un livre admiratif, avec des passages critiques». La chronique de Foglia en est une d'humeur, et l'humeur est variable. «Mais il reste toujours constant. Sur de grands sujets, il ne s'est jamais trahi, mentionne Marc-François Bernier. On peut tous se tromper, mais se trahir, c'est autre chose. La chronique d'humeur, c'est un genre particulier, et il s'en est bien servi.» Celui qui a été un blogueur avant son temps en interagissant avec son public était un interactionniste. «Il trouvait normal de se faire haïr par les gens qu'il haïssait. Il était capable d'en prendre», ajoute l'auteur.

Marc-François Bernier espère que son travail de recherche servira à ses étudiants en journalisme. «Il faut publier sur les personnages québécois importants, avec du recul analytique», soutient-il. En conclusion, l'auteur souligne : «On parle beaucoup des problèmes d'alphabétisation au Québec... si on avait des gens intéressants comme Foglia à lire plus souvent, ça aiderait!»

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