Une dernière étape pour l'oléoduc 9B, mais les opposants restent sceptiques (VIDÉO)

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La pétrolière Enbridge vient finalement de commencer les tests hydrostatiques sur son oléoduc 9B. Ces tests se font d'abord à Mirabel, au Québec, puis se feront sur deux autres tronçons en Ontario. Mais les opposants estiment que cette précaution ne suffit pas.

Un texte de Michel Marsolais

Depuis le terminal d'Enbridge à Montréal, 32 millions de litres d'eau ont été injectés pour évaluer de possibles fuites sur un tronçon du pipeline de 20 km à Mirabel. Ces tests sont requis par l'Office national de l'énergie (ONE) pour approuver l'inversion du flux du pétrole dans le pipeline et le faire couler vers l'est comme c'était le cas il y a 40 ans.

On haussera graduellement la pression à l'intérieur de l'oléoduc pour vérifier sa résistance. L'eau sera ensuite poussée par une injection d'azote jusqu'en Ontario où on répétera le test sur un tronçon entre Kingston et Brockville puis à Hilton. « Le processus pourrait prendre encore quelques mois », explique Ken Hall, porte-parole d'Enbridge.

Mais la méthode ne rassure pas les opposants qui déplorent que les tests ne visent que 10 % du pipeline. Dans une manifestation à Mirabel, samedi, plusieurs s'inquiétaient de la rigueur et de la fiabilité du test.

Serge Dion, un résident de Rigaud, n'est pas rassuré pour les cours d'eau de la région. « L'Office national de l'énergie a diminué le niveau des tests qui devaient être effectués », déplore-t-il.

Lorraine Caron, porte-parole du groupe Les Citoyens au courant, pense que les standards du test en cours sont insuffisants. « Si le test n'est fait que sur trois sections, au moins qu'il soit bien fait! Et qu'ils nous montrent que le pipeline va être capable de subir finalement toutes les pressions que le projet d'inversion va lui faire subir », explique-t-elle.

Les trois tronçons du pipeline testés ont été désignés par l'Office national de l'énergie. Les opposants demandent à l'Office de revenir sur sa décision et de hausser les critères de validation de l'infrastructure.

« Le pipeline a 40 ans et il n'a pas été prévu pour des sables bitumineux. On fait des tests ici sur des terres plutôt asséchées et ça n'a rien à voir à les faire dans des milieux comme les nôtres qui sont des milieux marécageux », dit aussi Patricia Domingos, résidente de Sainte-Justine-de-Newton.

Québec avait posé 18 conditions pour approuver le projet, mais le dossier reste de juridiction fédérale. L'Office national de l'énergie poursuivra ainsi des inspections régulières pendant deux ans.

« L'Office a toujours le pouvoir et le droit de redonner des conditions d'exploitation à la ligne 9B », assure Jacques Gauthier, de l'Office national de l'énergie.

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Réduire les importations

Enbridge ne prévoit toutefois pas de problème avec ces tests. La société estime que l'inversement du flux pétrolier va permettre de créer des emplois et de réduire les importations de pétrole étranger.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion de l'énergie à HEC-Montréal, pense aussi qu'il y des avantages économiques à amener du pétrole de l'Ouest pour le raffiner au Québec et qu'il faudrait surtout prioriser une diminution de la consommation.

« Le pipeline en tant que tel ne va pas nous enfoncer davantage dans une ère pétrolière comme la fin du pipeline ne nous sortira pas du pétrole demain matin », dit-il.

Pipeline ou pas, autant de pétrole va continuer d'arriver au Québec à moins de changements dans les habitudes de consommation.

Pour les opposants au projet d'Enbridge, la sécurité n'est pas le seul enjeu. On veut aussi limiter l'expansion de l'exploitation des sables bitumineux, une source majeure de gaz à effets de serre.

« Non seulement il faut réduire rapidement notre consommation pour lutter contre les changements climatiques, mais il faut choisir également les pétroles les moins polluants et les sables bitumineux c'est un des pétroles sinon le pétrole le plus polluant au monde à produire », affirme Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace

L'Office national de l'énergie estime pourtant que ces tests hydrostatiques sont la dernière étape du processus d'approbation du projet. Si les résultats sont concluants, le pétrole de l'ouest pourrait commencer à couler vers Montréal d'ici la fin de l'année.

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