Quatre idées de l'IEDM pour la santé: 2- L'assurance privée duplicative

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L’Institut économique de Montréal (IEDM) a conçu un court documentaire présentant quatre propositions destinées à réformer le système de santé québécois. Le Huffington Post Québec présente ici une série de quatre capsules, chacune accompagnée des commentaires de Yanick Labrie, économiste à l’IEDM, ainsi que de Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS, qui opposent ainsi leurs visions du système de santé québécois.

Les quatre idées défendues par l'IEDM:
- Le financement à l'activité pour les hôpitaux
- L'assurance privée duplicative
- Un système de santé mixte
- La liberté de choix des patients

L'assurance privée duplicative selon Yanick Labrie, de l'IEDM

L’assurance privée duplicative, c’est quoi?

De la façon dont notre système fonctionne, il identifie des soins médicalement requis que le gouvernement couvre à 100%. En périphérie, on trouve d’autres types de soins qui ne sont pas jugés requis ou essentiels. La physiothérapie, la dentisterie, les soins pour les yeux... Tout ça n’est pas couvert par la RAMQ, mais les gens ont la possibilité d’avoir des assurances privées. Assurances qui ne sont pas valides pour les soins requis. À la suite d’un jugement en 2005 (le jugement Chaoulli, NDLR), seules des assurances pour quelques chirurgies sont autorisées, si peu que le marché ne s’est pas développé. Les patients n’ont pas la possibilité d’en profiter, comme ce serait le cas si on permettait une assurance privée duplicative.

Que peut-elle apporter au système de santé?

Le marché privé en hospitalisation est très limité, très peu de gens ont les moyens de se payer ça de leur propre poche. C’est très peu accessible à Monsieur et Madame Tout-le-monde. Avec une assurance-privée duplicative, des gens de la classe moyenne vont se doter d’une assurance de ce type pour éviter de longs délais d’attente. Cela permet d’accélérer l’accès aux soins, pas seulement pour ceux qui ont de l’assurance. Le secteur privé est plus efficace, c’est généralement ce qu’on observe, parce que les cliniques sont spécialisées. Il n’y pas d’impondérables dans les établissements et moins de risque d’infections nosocomiales. Oui, on prend des ressources médicales, des médecins notamment, mais on en libère aussi. Beaucoup de médecins connaissent des frustrations parce qu’ils ne sont pas en mesure d’opérer autant qu’ils ne le voudraient. Pour différentes raisons, comme de mauvaises allocations des ressources.

Quels sont les risques associés à ce changement?

Ce qu’on souligne à tort, je crois, c’est qu’il va y avoir un certain écrémage des risques. Le secteur privé va prendre les individus avec les «bons risques», tandis que les «mauvais risques» iront au secteur public. Quelqu’un qui a un surplus de poids, par exemple, pourrait être refusé dans une clinique privée qui dirait ne pas être équipée pour l’accueillir. D’un point de vue économique, ça n’a pas de sens, les cliniques ont quand même un intérêt à traiter les patients. Notre marché est assez petit présentement, mais si on laisse plus de ressources financières avec plus de main-d’œuvre, ça va prendre de l’expansion.

L'assurance privée duplicative selon Guillaume Hébert, de l'IRIS

L’assurance privée duplicative peut-elle être efficace?

Quand on regarde l’histoire de la santé au Québec et qu’on regarde pourquoi on a créé l’assurance maladie publique et universelle, c’est parce que l’assurance privée n’était jamais capable de répondre aux besoins. C’est trop cher et on assiste à des batailles pour savoir ce qu’elle doit couvrir ou non, car en bout de ligne cela a un impact direct sur les profits des entreprises. L’assurance privée duplicative va se concentrer sur ce qui est le moins risqué (les «bons risques») et elle laissera de côté les gens qui ont des facteurs de risque plus élevés (les «mauvais risques»). Évidemment, elle laisse aussi de côté ceux qui n’ont pas l’argent nécessaire pour se la payer. Et elle tend à assurer des soins qui coûtent moins cher, comme les chirurgies pour les cataractes, par exemple. Les plus pauvres et les cas lourds se retrouvent dans le système public.

Vous voyez un risque pour le système public?

Avec l’assurance privée, on ne parle pas seulement d’une médecine à deux vitesses. C’est la médecine privée qui vient cannibaliser le régime public. Parce que l’assureur fonctionne avec un bassin d’individus. En assurant les gens à risque et moins à risque. Ce que fait l’assureur privé, c’est qu’il va chercher dans la population les bons risques. L’assurance publique devient par conséquent déficitaire, car elle se retrouve avec un ratio où les mauvais risques sont plus élevés.

Aussi, avec une assurance publique, les coûts administratifs sont toujours beaucoup plus faibles, de quatre à cinq fois plus faibles. Ils sont d’environ 2% au public tandis que le privé tourne autour de 8%. Le public arrive à faire des économies d’échelle parce que tout le monde est traité sur un même pied. Au privé, c’est plus complexe à gérer. Il y a une multiplicité de régimes qui couvrent une multitude de petits groupes.

Les quatre idées défendues par l'IEDM:
- Le financement à l'activité pour les hôpitaux
- L'assurance privée duplicative
- Un système de santé mixte
- La liberté de choix des patients

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