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Khadr arrivera à se réconcilier avec la société, croit une pédopsychiatre

30/05/2015 09:41 EDT | Actualisé 30/05/2015 09:44 EDT
Radio-Canada.ca

Cécile Rousseau, spécialiste de la santé mentale chez les enfants réfugiés et les enfants en statuts précaires, n'a aucun doute qu'Omar Khadr arrivera à renouer avec la société canadienne.

À l'écoute du documentaire sur la vie du jeune canadien de 28 ans qui a passé 13 ans en prison, dont 10 à Guantanamo, parce qu'il était accusé d'avoir tué un soldat américain en Afghanistan en 2002, Mme Rousseau observe « une forme de croissance personnelle » chez Omar Khadr. Elle a l'impression qu'Omar Khadr a « pris ce traumatisme prolongé et extrême » comme un apprentissage et qu'il en est ressorti « avec un désir d'une humanité meilleure ».

En entrevue à l'émission 24/60, la pédopsychiatre dit que la société canadienne doit être à son l'écoute pour elle-même apprendre de son expérience.

L'ex-lieutenant-général Roméo Dallaire, qui a fondé une organisation pour venir en aide aux enfants soldats, la Roméo Dallaire Child Soldiers Initiative, a lui aussi foi dans le désir du jeune homme d'être réhabilité. « Il me fait penser à tellement d'enfants soldats qui passent par ces traumatismes auxquels on a affaire avec mon organisation [et qui] ont un désir de passer outre ce qu'ils ont vécu, d'accéder à une vie nouvelle et de se débarrasser de cette histoire horrible dans laquelle ils ont été impliqués », dit-il en entrevue.

« Lui, ce qu'il cherche, c'est la sérénité. »

— Roméo Dallaire à propos d'Omar Khadr

Dans le documentaire qui sera diffusé par Radio-Canada samedi soir, Omar Khadr dit qu'il sait qu'il fera l'objet de soupçons de la part de la population. Il dit aussi qu'il se souvient mal de ce qui s'est passé lors des événements de 2002 qui ont conduit à son emprisonnement à Guantanamo par les Américains. Lors du combat au cours duquel le soldat américain est mort, plusieurs grenades ont été utilisées et Omar Khadr croit en avoir lancé une à la fin du combat, alors qu'il souffrait de multiples blessures et qu'il pouvait à peine voir.

Mais tant pour Cécile Rousseau que pour Roméo Dallaire, cela n'a pas d'importance, parce qu'il était un enfant à l'époque, et qu'il était dans un contexte de guerre.

M. Dallaire souligne que les États-Unis ont passé outre la convention de Genève et que dans le contexte de guerre, lancer une grenade n'est pas un crime, mais une opération normale. L'enfant soldat n'aurait pas dû se retrouver devant un tribunal légal punitif. Un enfant soldat, normalement, « on le démobilise, on fait de la réhabilitation et de la réintégration », fait valoir Roméo Dallaire.

Le documentaire Omar Khadr : de l'ombre à la lumière sera présenté à ICI Radio-Canada Télé, le 30 mai à 21 h (HAE), et à ICI RDI, le 2 juin à 20 h (HAE). Il sera aussi disponible sur ICI Tou.tv à compter du 31 mai.

Plus tôt vendredi, en entrevue à Radio-Canada, le ministre de la Sécurité publique Steven Blaney, impassible, a pour sa part réaffirmé que si le Canada avait rapatrié Omar Khadr, c'est parce qu'il avait plaidé coupable aux accusations portées contre lui.

« La décision sur laquelle on s'appuie pour transférer un détenu de n'importe quel établissement international à un établissement canadien, c'est d'abord que la personne reconnaisse sa culpabilité et qu'elle exprime des remords et de l'empathie envers les victimes. Alors c'est sur cette base-là que monsieur Khadr avait été accepté au pays comme tout autre détenu qui est transféré dans nos établissements. Et vous savez, dans nos établissements carcéraux canadiens, il y a de la réhabilitation qui se fait et on s'attend à ce que la personne serve la sentence pour laquelle elle a été jugée », a dit M. Blaney à la journaliste Julie Drolet.

« Je crois en la capacité de réhabiliter l'être humain. Ceci dit, il y a certains éléments qui sont devant les tribunaux. Je pense que je vous ai bien expliqué mon point de vue. C'est la beauté de la démocratie: on peut ne pas partager les mêmes points de vue. On a des tribunaux qui peuvent se permettre de prendre des décisions. Et on respecte les décisions des tribunaux », a ajouté le ministre.

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In Photos: Omar Khadr Freed