DIVERTISSEMENT
28/05/2015 05:44 EDT

La fougue étincelante des finissants de l'École nationale de cirque de Montréal (PHOTOS)

Roland Lorente

Les étudiants qui concluent leur cycle académique à l’École nationale de cirque de Montréal (ENC) ont tout ce qu’il faut pour séduire les grands connaisseurs du cirque et les non-initiés : une énergie folle, une candeur rafraîchissante, une bonne dose d’originalité et des rêves plein la tête. Incontournables du printemps montréalais, les deux créations imaginées pour eux, Les Étincelleurs et L’Art de la Fugue, sont de belles réussites.

Débutons avec la mise en piste par Johanne Madore : Les Étincelleurs. Une production où l’enfance reprend ses droits, son innocence, sa capacité à croire sans obstacle, à voir sans juger et à s’émerveiller sans effort. Un supplément d’âme symbolisé par un cube de lumière qu’on retrouve tout au long de la pièce et qui est opposé à des figures « menaçantes » déambulant sur échasses, en portant des têtes cubiques aux teintes sombres.

Cette volonté de sublimer le réel se matérialise dès le premier numéro de Arthur Morel Van-Hyfte, qui danse avec son trapèze, allie les extrêmes de la puissance et de la souplesse, se déploie avec grâce et sensualité, avant de revenir au sol pour un numéro purement dansé. Il s’agit rien de moins que du meilleur passage de la soirée.

Finissants de l'École nationale de cirque


Et les numéros marquants ne manquent pourtant pas du tout. Benjamin Courteney redéfinit les codes de la beauté, accroché à ses sangles aériennes. Selene Ballesteros-Minguer offre une ode à la féminité, du haut de sa corde lisse. Nicole Faubert exécute avec brio un passage en équilibre sur tiges, en variant le tout avec des pointes sur pieds. Ronan Duée et Dorian Lechaux offrent un duo de mains à mains sur monocycle : éclaté, jouissif et plein de surprises. Pendant que l’un roule sur une roue, l’autre s’entortille sur son torse, grimpe sur ses épaules, se tient devant lui telle la coque d’un navire et enchaîne les positions improbables.

Les clowns Jérémy Vitupier et Antonin Wicky se chamaillent, se crient par la tête, rigolent, font preuve de finesse et de cabotinage un peu partout durant le spectacle, pour notre plus grand plaisir. Alors que Guillaume Paquin conclue le tout avec un très beau numéro de corde lisse, en parfaite communion avec la musique.

Certains spectateurs reprocheront au spectacle ses références à l’enfance très premier degré : une voix de petit garçon répétant les mêmes phrases un tantinet superficielles sur la naïveté d’autrefois, les cubes qui se transforment en jouets, etc.

Mais ces critiques sont bien maigres lorsqu’on les place dans un ensemble cohérent, rempli de merveilleux clins d’œil : la couleur du diabolo qui rappelle les touches d’éclat sur le costume de la spécialiste de cerceau aérien, alors que les autres circassiens déposent des roses de la même teinte autour de la scène; les déclinaisons des cubes de lumière et de noirceur qui se font personnages, accessoires et instruments de cirque; l’utilisation des étudiants de première et deuxième année pour les transitions dansées et acrobatiques. On salue d’ailleurs l’idée d’unir des numéros parfois plus lents pour créer un bon rythme global, avec des passages où notre attention est tirée vers un artiste avant de se dévouer à l’autre.

L’Art de la Fugue

Au lendemain de cette splendide soirée, nous avons assisté à une tout autre proposition artistique : un hommage à l’œuvre du compositeur Jean-Sébastien Bach, à travers le cirque. Lire ici : la volonté de repousser les limites du corps et de l’esprit. En plus clair, un simple – mais joli – prétexte pour enchaîner les numéros de cirque, sans réelle trame narrative. Dans L’Art de la Fugue, on a plutôt le sentiment que la metteure en piste Hélène Blackburn a créé une variation sur un même thème : costumes aux couleurs uniformes, direction musicale uniforme, circassiens qui s’imitent en observant les numéros au centre de la scène, etc.

Dans le lot, on salue Baptiste Clerc au mât chinois, grâce à certaines de ses prouesses à couper le souffle, son jeu de lumière et son utilisation surprenante d’une chaise suspendue. Charlie Mach est un autre qui déconstruit l’usage habituel des chaises en les utilisant pour enchaîner les culbutes, les acrobaties, les vrilles et tout ce que l’on peut imaginer… ou non!

Le spectacle offre plusieurs interprétations très différentes du trapèze. Eivind Overland, au trapèze fixe, rappelle les barbus du Cirque Alphonse avec sa testostérone, ses muscles saillants, sa barbe hirsute, ses figures ultras exigeantes et son caractère bon enfant. Korri Singh Aulakh réalise probablement le moment le plus époustouflant de la soirée, perché dans les airs, sur son trapèze ballant. Il vrille et virevolte, accumule les périlleux et les longues secondes accrochées par les pieds, avant de nous surprendre à nouveau. Hugo Duquette offre quant à lui un numéro de trapèze danse où la sensualité et la force ne font qu’un, pour notre plus grand ravissement.

Mentionnons également le talent du clown soliste Aaron Marquise, son énergie physique, son absurdité, sa capacité à utiliser un membre du public pour divertir l’assistance, sans pour autant s’en servir de mur à rebond pour ses blagues. Sans oublier les beaux moments offerts par Ezra Well à la corde lisse et Jason Brugger aux sangles aériennes.

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