DIVERTISSEMENT

«Six Minutes»: la nouvelle enquête de Maud Graham écrite par Chrystine Brouillet

27/05/2015 05:54 EDT | Actualisé 27/05/2015 06:14 EDT
Courtoisie

Six minutes, c’est tout ce que ça peut prendre à un homme violent pour retrouver sa femme, la ruer de coups, lui casser un membre, lui fêler des côtes, l’étrangler et lui soutirer ce qui lui restait de vie. Six minutes de trop, entre l’altercation fatale et le moment où il aura été libéré par un juge, en attendant son procès pour violence conjugale. Six minutes qui se retrouvent au centre de la nouvelle intrigue policière de Maud Graham, sous la plume de Chrystine Brouillet (Éditions Druide).

Après avoir effleuré la thématique dans son roman Les Fiancées de l’enfer, où il était surtout question d’inceste, l’écrivaine désirait plonger au cœur de la violence faite aux femmes. « J’ai avalé des dizaines de pages de témoignages sur la violence, souligne-t-elle. Je me suis inspirée de plusieurs cas décédés et des familles de victimes qui doivent vivre avec des dommages collatéraux épouvantables. Dans un prochain livre, je veux aussi aborder la violence faite aux hommes, qui existe aussi et dont on parle peu. »

Dans Six Minutes, l’auteure implique Maud Graham dans une enquête sur le meurtre d’un homme sans histoire, dont tout le monde dit le plus grand bien. Avec ses collègues Rouaix, Joubert, McEwen et Nguyen, elle découvre derrière le drame de surface des histoires de violence conjugale sordides : une victime qui n’ose pas porter plainte contre son tyran de mari et une autre qui a préféré changer de vie, nier son passé et taire sa beauté, plutôt que de dénoncer son ex-amoureux tout puissant.

Un phénomène qui fait bouillir de rage et d’inquiétude la rousse policière. « Graham va toujours être en colère contre ce phénomène de société qui pourrait être évité. Les morts s’accumulent et rien ne change. Les victimes ne sont pas assez protégées et les policiers ont les mains liées. Ils voient des femmes battues retirer leur plainte, par peur. Ils ne peuvent pas leur en vouloir, car ils savent qu’elles sont terrorisées et qu’ils ne pourront pas les protéger. C’est un cul-de-sac. »

Chrystine Brouillet décrit la peur des femmes dans ses moindres retranchements. Leurs réflexes de protection. Leurs pensées troubles quant à la responsabilité des blessures qui leur sont infligées. « Toute leur vie est sacrée en l’air : leur carrière, leur intimité, leur capacité à entrer en relation. Des femmes sont écrasées comme si on marchait sur un tapis. Elles se font déprécier, isoler pour ne plus avoir de contact, répéter qu’elles sont idiotes et qu’elles n’arriveront à rien sans leur maître suprême. Le piège se referme lentement, mais sûrement. Plusieurs d’entre elles ne sont quasi pas surprises quand les coups arrivent! Certaines vont même s’arranger pour être au salon, lors du retour de leur mari à la maison, parce qu’elles savent que la pièce a un potentiel de blessures plus petit que dans la cuisine, avec tous les couteaux présents. »

Pour les besoins du récit, elle s’attarde également à la psyché déséquilibrée des pervers narcissiques qui commettent des actes d’une violence sans nom. « Je dois me mettre à leur place et me dire que j’ai raison, que je suis le meilleur et que les autres sont imbéciles. Ces hommes pensent qu’ils sont eux-mêmes des victimes. Même s’ils ont fait des conneries, ils ne sont jamais responsables. Et ils sont prêts à tuer toute personne qui les dérange ou ose remettre en question ce qu’ils sont. Ce sont des gens extrêmement toxiques. »

Des personnages qu’elle ne peut aimer, mais qu’elle refuse de juger. « Jamais les lecteurs ne doivent sentir Chrystine Brouillet en train de juger ces hommes. Je dois me mettre dans leur tête et leur donner une voix pour qu’ils soient crédibles, menaçants et qu’on sente le danger lorsqu’ils rodent autour de potentielles victimes. »

La femme derrière l’enquêteuse

À travers les heures innombrables consacrées à la résolution de son enquête, Maud Graham se révèle tout aussi épicurienne qu’avant, remplie de doutes sur son poids, de craintes sur sa relation avec Alain Gagnon et d’angoisses sur le lien unissant son fils adoptif Maxime avec sa mère biologique. Aussi généreuse, dévouée, impatiente, perspicace et imparfaite qu’avant, la femme est toutefois moins présente que la policière à travers les quelque 300 pages du roman.

« Il y a peut-être moins de scènes personnelles et de grands soupers, parce que ça s’y prêtait moins cette fois. Mais il y a tout de même un élément nouveau important : l’arrivée de Camilia, la demi-sœur de Maxime. On comprend alors que Maud est excellence pour mener les enquêtes, mais qu’elle s’inquiète terriblement que Maxime lui échappe. Elle veut être aussi bonne que sa mère biologique. Même après tout ce qu’elle a fait pour lui à travers les années. Elle demeure une insécure dans sa vie personnelle. »

Autre réalité non négligeable : les réflexions de Graham sur sa future retraite, alors qu’elle voit son fidèle collègue Rouaix se rapprocher de la sienne. Lorsqu’on demande à Chrystine Brouillet si c’est une façon pour elle de préparer ses lecteurs à une éventuelle fin de la série, elle s’empresse d’infirmer notre hypothèse. « Même quand Maud va prendre sa retraite, elle ne la prendra pas réellement… J’en ai pour des années encore! »

L’auteure planche déjà sur le prochain roman de la série, qui tournera autour de la perte de mémoire, un phénomène qui l’angoisse.

Le roman Six minutes est présentement en librairies.

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