POLITIQUE

Moody's contredit Phillipe Couillard sur l'entente avec la Caisse de dépôt et placement du Québec

01/04/2015 05:13 EDT | Actualisé 01/04/2015 05:53 EDT
PC

QUÉBEC - L'agence de notation new-yorkaise Moody's dément s'être rétractée sur son évaluation de l'entente entre la Caisse de dépôt et placement du Québec et le gouvernement Couillard.

Le Huffington Post Québec rapportait mercredi matin que l'entente affectera négativement le crédit de la Caisse de dépôt et placement du Québec, selon une note d'analyse de Moody's publiée le 26 janvier dernier. Si le projet de loi 38 est adopté, la Caisse créera une nouvelle division, CDP Infra, pour financer, construire et planifier des projets d'infrastructures.

Questionné sur le sujet en Chambre par le chef intérimaire du PQ, le premier ministre a affirmé que l'agence de notation avait «corrigé» son propos le même jour. «Alors, ce qu'il dit est inexact. Moody's s'est immédiatement rétractée», a ajouté Philippe Couillard au salon bleu.

Le premier ministre a ensuite cité un passage d'une seconde note, une opinion de Moody's sur le crédit de CDP Financial, une division de la Caisse.

«En conséquence, en se basant sur la compréhension actuelle de l'entente par Moody's, ceci n'aura pas d'impact sur la cote de crédit ou les perspectives de CDP», peut-on lire, en anglais, dans le document que Le Huffington Post Québec a pu consulter.

Cependant, ce second document ne constitue pas une rétractation ou une correction de la part de l'agence de notation. Contacté mercredi, l'analyste auteur de la première note, Jason Mercer, affirme que celle-ci est toujours valide. «Les 'Issuer comment' sont des articles qui expriment notre opinion sur des événements de l'actualité, dit Jason Mercer. Les 'Credit opinion' présentent notre compréhension globale du profil de crédit de l'organisation.»

Le commentaire émis par l'analyste portait sur le crédit, et non sur la cote de crédit, de la Caisse.

«L'entente a un impact négatif sur le crédit de la Caisse et de CDP, qui dépend de la Caisse pour la qualité de son crédit, parce qu'elle affirme la stratégie de la Caisse d'augmenter les investissements dans des projets d'infrastructures moins fluides. Nous croyons que l'entente risque également d'augmenter l'exposition au risque de la Caisse aux risques opérationnels et réputationnels associés avec les projets provinciaux d'infrastructure.»

- Extrait de la note de Jason Mercer, traduit de l'anglais

En devenant opérateur de projets, la Caisse s'éloigne de son rôle d'investisseur. Le risque traditionnellement assumé par le gouvernement provincial est transféré à la Caisse, souligne l'analyste dans sa note.

De plus, ces investissements à long terme font courir un plus grand risque aux épargnants qui investissent dans la Caisse. «Tout ce qui réduit les liquidités dans le portefeuille global, comme les investissements d'infrastructure à long terme, est un élément négatif pour les détenteurs d'obligations», explique Jason Mercer en entrevue.

Toutefois, l'impact sur le crédit est limité, dit-il. «C'est fait pour sensibiliser les investisseurs, pour montrer que nous surveillons les émetteurs. Mais il n'y a pas vraiment d'impact pour la Caisse.»

«On joue aux apprentis sorciers»

L'analyse de Moody's vient confirmer les craintes de l'opposition. Le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, estime que le gouvernement a fait preuve «d'improvisation» dans le dossier. «Le gouvernement a commencé à annoncer des projets alors que la mission de la Caisse n'était même pas encore modifiée, dit-il. On joue aux apprentis sorciers.»

«Je continue à penser que c'est un mauvais choix pour le gouvernement de passer par la Caisse de dépôt, dit le chef de la CAQ», François Legault. Il fait valoir que la Caisse de dépôt «n'a pas d'expertise pour opérer des liens ferroviaires». Les deux premiers projets confiés à la Caisse par le gouvernement sont un système de transport collectif sur le pont Champlain et un train de banlieue pour desservir l'ouest de Montréal.

En fin de compte, les Québécois paieront plus cher pour le même projet, croit François Legault.

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