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Le pot déclencheur de schizophrénie chez les ados?

22/02/2015 11:29 EST | Actualisé 22/02/2015 11:29 EST
Paul Bradbury via Getty Images

Les liens entre maladies mentales et consommation de cannabis intéressent les chercheurs depuis plusieurs années. Une récente étude montre que les variétés de cannabis à forte concentration de THC multiplient le risque d'épisode psychotique requérant l'hospitalisation chez les jeunes.

Un texte de Richard Massicotte

Cette recherche publiée dans The Lancet a été menée dans le sud de Londres, où on a recruté 410 patients qui vivaient leur premier épisode de trouble psychotique. Ces patients avaient consommé du skunk, un type de cannabis très puissant et concentré en THC, le tétra-hydro-cannabinol, la puissance active du cannabis. Dans cette même zone, on a recruté un groupe témoin formé d'un nombre presque égal de personnes qui étaient de la même origine, mais qui n'avaient pas consommé de skunk.

Les résultats montrent que le cannabis de type skunk a causé des psychoses chez 24 % des sujets, cinq fois plus que chez ceux qui n'avaient pas consommé de skunk ou qui n'avaient consommé que du haschisch. En général, le cannabis contiendrait en moyenne 10 % de THC.

« Nous avons posé à ces patients des questions détaillées sur l'abus de drogues et plus particulièrement le cannabis. On leur a d'abord demandé s'ils consommaient ou non du cannabis, puis on leur a demandé quand ils avaient commencé à fumer ainsi que la fréquence de leur consommation. Et encore là, la nouveauté de notre étude a été de leur demander le type de cannabis qu'ils fumaient. »

— Dre Marta di Forti, psychiatre à l'Institut de psychiatrie du King's College de Londres

Les chercheurs se sont rendu compte que les gens qui disaient consommer du skunk étaient ceux qui vivaient un risque accru, c'est-à-dire qu'ils avaient trois fois plus de risque de vivre un épisode psychotique pour lequel ils avaient besoin de consulter des services en santé mentale.

En outre, ceux qui fumaient du skunk sur une base quotidienne avaient cinq fois plus de risques que les non-consommateurs.

« Si ce que vous me demandez, c'est est-ce que les fumeurs de skunk peuvent devenir des patients psychiatrisés chroniques, on ne le sait pas. Il faudrait une étude à plus long terme pour pouvoir le dire. Ce qu'on sait par contre du cannabis, c'est que si un fumeur continue de consommer après un épisode psychotique, son pronostic sera moins favorable, si on compare avec des gens qui cesseraient de fumer. »

— Dre Marta di Forti

Cette étude confirme d'autres menées auparavant et qui s'intéressaient au rapport entre consommation de cannabis très concentré en THC et trouble psychotique. Elle est intéressante aussi parce qu'elle s'attarde sur la durée de la consommation et sur le type de cannabis consommé. Cela dit, plusieurs y voient des limites.

De plus, l'usage de cannabis puissant et sur une base régulière ne cause pas que des psychoses, dit la Dre Gabriella Gobbi, chercheuse au département de psychiatrie de l'Unversité McGill:

Le cannabis consommé de nos jours est réputé pour être très concentré en THC. Il se fait d'ailleurs beaucoup de recherche, notamment à Montréal, sur le cannabis. Selon le Dr Didier Jutras-Aswad, médecin-psychiatre et directeur de l'Unité de psychiatrie des toxicomanies du CHUM, les liens entre concentration de THC et maladies psychotiques doivent être étudiés plus à fond.

Le 16 avril prochain aura lieu, au centre de recherche du CHUM, un colloque intitulé Cannabis - défis pour une nouvelle politique publique. On y parle des consommateurs, des effets du cannabis sur la santé, des différentes lois en vigueur un peu partout dans le monde. On parlera aussi de commerce et d'éducation en matière de cannabis.

L'émission Les Années lumière présente dimanche à 12 h 10 un reportage complet sur la question sur ICI Radio-Canada Première.

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