DIVERTISSEMENT

«Strange Nights» d'Andre Papanicolaou: méandres artistiques de la nuit (ENTREVUE/VIDÉO)

06/02/2015 02:59 EST | Actualisé 06/02/2015 03:05 EST

Sollicité musicien accompagnateur (Vincent Vallières, Kensico) depuis des années et réalisateur (Pascale Picard, Patrice Michaud, Sophie Pelletier) de plus en plus aguerri, Andre Papanicolaou n’a pas chômé ces dernières années pour proposer du matériel de son cru. Après l’étonnant Into the Woods, Out of the Woods (paru début 2013), l’auteur-compositeur-interprète s’est récemment extirpé de ses longues nuits de solitude pour présenter cette semaine Strange Nights, un album plus « moody » et plus policé que le précédent. Avec ces onze chansons de folk soigné, Papanicolaou confirme qu’il a aussi tout ce qu’il faut pour s’affirmer solo.

Impossible de passer à côté: ce disque évoque les méandres artistiques de la nuit, ces longues heures de bleus lunaires (New Moon) qui mélangent le rêve, le questionnement (Strange Nights), la mélancolie (We Can’t Start We Can’t Stop), le whisky, la plume et la guitare. Moments d’apesanteur sacrés pour le jeune papa qui, souvent, jouait au magicien (casque sur les oreilles) dans son repère tranquille de sa maison située au coeur d’un quartier banlieusard de Sainte-Dorothée, à côté de Chomedey, terre natale sur laquelle l’artiste bilingue a grandi en anglais.

«J’ai deux vies: j’évolue dans un cadre familial, le jour, et j’ai la musique, qui vient avec son univers nocturne, raconte Andre Papanicolaou en entrevue. Tout ça dans un quartier très square, très straight, à l’ouest de l’autoroute 13, qui passe dans Laval. C’est correct, c’est cute, c’est juste que ce n’est pas le Plateau-Mont-Royal! Mais je connais. J’ai grandi dans ce coin. Quand on a voulu une famille, on a décidé que ça prenait une maison. Et à Montréal, c’est pratiquement impossible d’acheter quelque chose de raisonnable […] Ma maison de Sainte-Dorothée est cool. J’ai notamment un studio dans lequel j’ai fait une bonne partie du disque. »

« Sur mon album, j’ai travaillé l’idée de observateur qui scrute le monde (Invitation Inn). Excepté la chanson Nothing Like a Hard Time (inspirée d’une citation de Keith Richard, des Rolling Stones) écrite une semaine après la sortie du premier album, toutes les chansons ont été composées dans un concept assez précis. Je voulais parler de l’ennui de la banlieue qui est en clash avec ma vie personnelle. La banlieue, c’est vraiment pour le meilleur et pour le pire. On y retrouve plein de contradictions : c’est la paix préfabriquée sans le charme d’une dynamique vie de quartier. Tout est facile. Tout est rassurant. Je vis également dans un monde qui fonctionne à l’envers de moi et mon mode de vie de musicien. »

Ainsi fut le cadre créatif de Papanicolaou, qui voyait dans le défi d’un nouvel album une manière positive d’extérioriser le trop-plein vécu par le désir de création, l’anxiété, les responsabilités de père, de conjoint, les étrangeté du monde et la vie qui passe, quoi. « J’ai commencé à écrire en janvier 2014. Ma fille avait un peu plus d’un an. C’était presqu’impossible de travailler sur l’album le jour. Je composais donc tard le soir, avec un casque d’écoute sur la tête. Cette façon de travailler a énormément influencé l’atmosphère du disque. Même chose pour les textes. C’est plutôt assez personnel comme histoires. Cela dit, leurs propos diffèrent énormément des pièces du premier disque. »

L’oreille critique

Pour coréaliser l’album, le chanteur-guitariste s'est associé à Brad Barr, le leader du fameux groupe folk montréalais The Barr Brothers. « J’ai réalisé Into the Woods, Out of the Woods, mais je ne voulais pas être seul, cette fois-ci. J’avais besoin de recul. Je venais aussi de réaliser le disque de Patrice Michaud. J’ai travaillé fort et intensément sur son projet. À la fin, j’étais vidé. Pour Strange Nights, j’avais envie d’être juste un passager. »

« Je ne voulais pas prendre les grosses décisions, précise-t-il. Je voulais également m’obliger à me sortir de mon élément. Pour éviter de faire le même album que le précédent. Je voulais trouver quelqu’un que je ne connaissais pas ou peu. C’était le cas avec Bradque je croisais seulement de temps en temps. J’ai finalement pris le téléphone… Il finissait l’album des Barr Brothers. Il avait un peu de temps ensuite. Je voulais un excellent musicien, un gars inspiré capable de me guider avec de bonnes idées. J’ai trouvé. »

Outre Andre et Brad, plusieurs autres musiciens ont travaillé à l’enregistrement du disque. Simon Blouin (batterie) et Benoit Morier (basse) sont parmi les plus impliqués. Ceux-ci seront d’ailleurs de la tournée de spectacles qui débutera à l’été.

« J’ai hâte de voir ce que ce sera en live, lance Papanicolaou. Ce sera une formule trio avec Benoit et Simon, qui aura le mandat de joueur aussi de la guitare et de créer des sons de basse avec ses pieds. On a quelques effets spéciaux au drum aussi. Bref, ça va donner un gros son assez planant, même si on sera juste trois gars. »  

Du Tom Petty, du Bob Dylan, du Bruce Springsteen, voire du vieux U2 (pensons à la chanson Nothing Like a Hard Time) sont quelques uns des grands qui ont pu, d’une certain façon, inspirer Papanicolaou dans son monde de Strange Lights. C’est du moins notre avis. Strange Nights est un bel album ultra clean qui respire le savoir-faire en studio. Un brin trop ? Pour le reste, c’est du beau travail.

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Strange Nights

Andre Papanicolaou

Spectra Musique

Distribué par Universal/DEP

Sortie le 3 février

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