DIVERTISSEMENT

«Dans le blanc des yeux» de Sylvain Larocque: sombre, mais lumineux (PHOTOS)

05/02/2015 06:49 EST | Actualisé 05/02/2015 06:49 EST
David Kirouac

«En veux-tu des exemples, de trop d’attentes et de pas assez de résultats? L’accord de Kyoto. Le BIXI. Pauline Marois. Le ministre Yves Bolduc. Ton retour d’impôt. Le retour des Expos. Le retour des Nordiques. En veux-tu d’autres... ?»

«Avoir trop d’attentes cause des déceptions. Les optimistes sont déçus. Les pessimistes n’ont que de belles surprises. Le bonheur peut passer par le pessimisme beaucoup plus que par l’optimisme!»

Cette théorie, Sylvain Larocque l’exposait en entrevue à l’auteure de ces lignes quelques jours avant sa rentrée montréalaise, qui se tenait mercredi, au Théâtre St-Denis. Car c’est la base d’un numéro important de son nouveau spectacle, Dans le blanc des yeux, qui fait suite à ses trois autres one man show, soit Vu d’même (2010), Tueurs à gags (2002) et Sylvain Larocque (1998).

» Ci-dessous: quelques photos du spectacle et du tapis rouge

Sylvain Larocque - Dans le blanc des yeux


En fait, toute la trame de Dans le blanc des yeux est teintée du pessimisme de sa vedette. Mais puisque dans le fumier poussent souvent les plus belles fleurs - c’est Sylvain qui nous le rappelle -, les thématiques de Dans le blanc des yeux ont beau être parfois sombres (intimidation, racisme, langue française, religion, son «air bête», etc.), le résultat final n’est pas déprimant pour autant. Bien au contraire. Sylvain Larocque nous offre ici des textes vivants et imagés, car il manie comme personne l’art de la comparaison et de l’illustration. Ses exemples sont toujours surprenants, drôles et bien songés.

«Je suis le seul gars qui est plus sympathique par courriel qu’en personne», explique-t-il en faisant référence à son visage aux traits durs. «Je suis un magasin de bonbons avec une vitrine de surplus d’armée», en rajoute-t-il pour exprimer à quel point, en réalité, il ressemble plus, à l’intérieur, à un pinson qu’à un pitbull. «Je tremblais comme une cuillère à soupe aux Résidences Soleil», badine-t-il pour détailler comment il se sentait devant le «gros Robidoux» de son enfance, qui lui menait la vie dure. «Philippe Couillard est comme le père Noël, c’est un gros barbu pas de couilles, qui promet plein de cadeaux. Mais, en bout de ligne, tu sais que ce n’est pas lui qui paie!», grommelle-t-il lorsqu’il jase politique. Il laisse aussi son imagination vagabonder jusqu’à extrapoler sur ce que serait la vie d’un être humain si celle-ci ne s’étalait que sur 24 heures, comme c’est le cas des mannes, un intéressant exercice.

Intelligent et lumineux

L’homme éprouve visiblement un plaisir senti à être sur scène et à dérouter son assistance. Il occupe l’espace avec énergie et ne laisse souffrir son œuvre d’aucune longueur. Somme toute, Dans le blanc des yeux est un produit peaufiné, poli, travaillé, intelligent et, oui, lumineux, qui débouche sur un humour de réflexion comme on n’en entend que peu souvent au Québec. Sylvain Larocque s’éloigne de l’anecdote pour nous offrir une perspective plus large sur le monde tel qu’il le perçoit. Ce ne sont pas tous les humoristes qui ont la capacité de jeter un tel regard sur leur univers et de le faire partager aux autres, mais celui dont on a comparé le style à ceux de Raymond Devos, George Carlin et Sol y parvient facilement.

Reconnu pour ses habiletés d’auteur, lui a gagné une dizaine de trophées Olivier pour son boulot d’écriture sur ses propres spectacles et ceux de ses collègues (Mario Jean, Laurent Paquin, les Denis Drolet, Patrick Groulx, Martin Petit, Un gars, une fille, etc.) s’assure le succès en jouant avec les mots, car c’est sa grande force. Dans l’aventure Dans le blanc des yeux, Sylvain Larocque est entouré des plumes de Laurent Paquin, Pierre-Bruno Rivard et Yannick De Martino et, à la mise en scène, de Stéphane E. Roy. Il ne manque d’ailleurs pas de se payer la tête de ses partenaires professionnels dans un segment très amusant, où il débite les gags qu’eux avaient à l’origine retranché et qui ne devaient pas se retrouver dans Dans le blanc des yeux.

Sylvain Larocque repassera au Théâtre St-Denis, à Montréal, le 16 mai prochain, pour une supplémentaire de Dans le blanc des yeux. Consultez le www.sylvainlarocque.com pour tous les détails de sa tournée.

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