POLITIQUE

Montréal ne doit pas donner une tribune à l'imam Hamza Chaoui, selon Kathleen Weil (VIDÉO)

29/01/2015 04:18 EST | Actualisé 29/01/2015 07:16 EST

QUÉBEC _ La Ville de Montréal ne doit pas offrir une tribune à l'imam intégriste Hamza Chaoui, estime la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil.

En point de presse, jeudi, en marge d'une commission parlementaire, la ministre a soutenu que le religieux d'origine marocaine tenait des propos "dangereux" qui n'ont pas leur place dans une société de droit comme le Québec.

"C'est dangereux dans le sens que ce qu'on véhicule, c'est ni plus ni moins l'oppression des femmes", a dit la ministre qui planche avec des collègues sur un plan de lutte contre la "radicalisation violente".

"C'est totalement inacceptable dans une société démocratique, une société de droit où on prône l'égalité entre les hommes et les femmes", a-t-elle ajouté.

Affirmant ne pas vouloir s'immiscer dans les affaires de la métropole, Mme Weil a dit néanmoins souhaiter que les autorités municipales n'émettent pas le certificat d'occupation du "centre communautaire" islamique où veut officier l'imam dans l'est de la ville.

"Je ne voudrais pas dire à la Ville quoi faire mais je pense qu'elle doit regarder cette question-là. Hors des questions d'architecture ou d'aménagement urbain, il y a l'enjeu très profond des valeurs à véhiculer", a-t-elle déclaré.

Selon ce que rapporte le quotidien La Presse, l'imam Chaoui professe une version rigoriste de l'islam. Il considère notamment que l'islam et la démocratie sont "complètement" incompatibles puisque la démocratie permet l'élection "d'un mécréant ou bien d'un homosexuel ou d'un athée qui affirme l'inexistence d'Allah".

L'ancien étudiant en génie électrique à l'Université Laval croit aussi que les femmes doivent avoir un tuteur et que la musique doit être proscrite.

L'imam Chaoui a des adeptes sur sa page Facebook et projette d'ouvrir un centre communautaire islamique au début du mois prochain _ le Centre Ashabebau _ pour prêcher les vertus de l'islam auprès des jeunes Montréalais.

Il est à noter que M. Chaoui s'oppose à l'interdiction de conduire pour les femmes saoudiennes. La possibilité pour des femmes d'entrer en contact physique avec des hommes dans le transport en commun est un péril bien plus grand, selon lui.

De passage à Québec en matinée, le maire de Montréal, Denis Coderre, s'est montré préoccupé par les valeurs véhiculées par l'imam.

Il a indiqué qu'il allait discuter du dossier avec le maire de l'arrondissement concerné (Mercier-Hochelaga-Maisonneuve), Réal Ménard, avant de décider de la marche à suivre.

Un certificat d'occupation pour le "centre communautaire" sera-t-il délivré? À cette question le maire est resté prudent.

"Il faut analyser ce qui a été dit, ce qui est écrit sur Facebook, dans un contexte d'un agenda sur la vigilance, il faut regarder tout ça", a dit le maire.

S'il "condamne" sans réserve les prêches misogynes de l'imam, M. Coderre veut y aller "avec doigté" dans ce dossier, question de ne pas mettre de l'huile sur le feu.

"Est-ce qu'on (peut être) foncièrement en désaccord et condamner ces propos sans les empêcher? Est-ce que ça amène une radicalisation où on peut penser au pire, parce qu'on n'est pas à l'abri _ vous avez vu les loups solitaires à Saint-Jean-sur-Richelieu et à la Chambre des communes. Il faut y aller avec beaucoup de doigté", a-t-il dit.