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Pourquoi le Canada entretient-il de bonnes relations avec l'Arabie saoudite? (VIDÉO)

24/01/2015 07:49 EST | Actualisé 24/01/2015 07:55 EST

Au moment où des milliers de personnes dénoncent les coups de fouet imposés au blogueur saoudien Raïf Badawi et où la vidéo d'une femme se faisant décapiter sur la place publique à La Mecque choque des citoyens partout sur la planète, le décès du roi Abdallah a rappelé qu'en dépit de pratiques très contestées sur le plan des droits de la personne, les pays occidentaux entretiennent de très bonnes relations avec l'Arabie saoudite.

Un texte de Bruno Maltais

« Là où on a des intérêts, on peut oublier les droits humains », résume Jabeur Fathally, professeur à l'Université d'Ottawa. S'il n'en était que de la question du respect des droits de la personne, l'Arabie saoudite pourrait être un ennemi du Canada, souligne le spécialiste du Moyen-Orient.

À plusieurs égards, des pays comme la Syrie et l'Iran, vertement critiqués par le Canada, sont plus avancés que l'Arabie saoudite, ajoute-t-il. Les différentes confessions religieuses peuvent s'exprimer et se regrouper en Syrie. Et en Iran, des femmes occupent de très hautes fonctions politiques, donne-t-il pour exemples.

« Les États occidentaux n'ont pas comme objectifs d'appuyer la démocratie dans le monde arabe. Ils ont comme objectif d'appuyer qui leur sert d'un point de vue géostratégique », souligne de son côté Rachad Antonius, professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

Comme M. Fathally, il estime que le Canada suit essentiellement la politique étrangère américaine, favorable à l'Arabie saoudite depuis près d'un siècle. Et « l'appui américain vient du fait que les monarchies [du Golfe persique, comme l'Arabie saoudite] luttent contre l'Iran, les mouvements de gauche, les nationalismes arabes qui veulent contrôler leur propre pétrole », ajoute-t-il.

Et alors que le Canada a traditionnellement eu une position internationale en fonction de ses intérêts nationaux, le gouvernement conservateur regarde le monde essentiellement par rapport aux intérêts israéliens et américains, affirme Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario.

Il souligne que ce n'est pas pour sauver les Syriens et les Irakiens que le Canada combat le groupe armé État islamique, mais pour suivre les États-Unis au sein d'une coalition internationale, à laquelle participe l'Arabie saoudite.

Des éloges au roi Abdallah

Les bonnes relations de pays occidentaux avec l'Arabie saoudite ont été manifestes à l'annonce du décès du roi Abdallah. Le premier ministre canadien a souligné qu'il « était reconnu comme un ardent défenseur de la paix au Moyen-Orient ».

Stephen Harper a ajouté que le monarque « a aussi entrepris une vaste gamme d'importantes initiatives liées à l'économie, à la société, à l'éducation, à la santé et à l'infrastructure dans son pays ».

Le président américain a évoqué une « véritable amitié chaleureuse » avec le défunt roi. Le président français a « salué la mémoire d'un homme d'État, dont l'action a profondément marqué l'histoire de son pays et dont la vision d'une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d'actualité ».

Bien qu'Israël et l'Arabie saoudite n'entretiennent pas de relations diplomatiques, le président israélien a qualifié le défunt de « dirigeant responsable, un modérateur, dont la sagesse a beaucoup contribué à la stabilité du Moyen-Orient ».

Ces relations n'ont pas empêché le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, de dénoncer publiquement le châtiment corporel infligé au blogueur et d'appeler les autorités de l'Arabie saoudite à faire preuve de clémence.

Il a aussi soulevé les préoccupations du Canada lors d'un entretien avec le prince Turki Al Faisal, membre de la famille royale saoudienne, au Forum économique mondial à Davos.

Mais « les pressions sont beaucoup trop faibles et beaucoup trop timides par rapport à l'importance de l'enjeu de la liberté et des droits de la personne », affirmait vendredi le député néo-démocrate Guy Caron sur les ondes d'ICI RDI, alors que son collègue libéral Dominic Leblanc soutenait que « le gouvernement pourrait faire plus de pression envers le régime de l'Arabie saoudite pour que M. Badawi [soit extradé] ».

La veille, une manifestation regroupant des leaders politiques, des artistes et des militants des droits de la personne a eu lieu à Montréal.

Selon les plus récentes informations du gouvernement canadien, plus de 15 000 Saoudiens étudient au Canada, dont 800 médecins résidents et spécialistes, et l'Arabie saoudite est le deuxième marché d'exportation en importance du Canada dans la région.

L'an dernier, la compagnie canadienne General Dynamics a signé un contrat d'au moins 10 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite pour la livraison de véhicules blindés légers, de la fourniture d'équipement, de la formation et des services de soutien.

Pour le député conservateur Jacques Gourde, le gouvernement canadien condamne les abus de l'Arabie saoudite par rapport aux droits de la personne même si le Canada a toujours eu de bonnes relations économiques avec ce pays. « On est capable de séparer deux dossiers complètement différents », soutient-il.

En effet, le ministre Baird affirmait en octobre dernier que l'Arabie saoudite est un partenaire de confiance du Canada et un allié important dans la lutte contre l'extrémisme et le terrorisme, alors qu'il tente aujourd'hui de faire pression sur les dirigeants saoudiens.

Mais le gouvernement fédéral n'en est pas à l'heure d'évoquer la possibilité de sanctions, imposées à plus d'une vingtaine de pays, dont plusieurs en raison de violations de droits de la personne.

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