POLITIQUE

Jean-François Lisée se retire de la course à la direction du Parti québécois (VIDÉOS)

23/01/2015 10:56 EST | Actualisé 23/01/2015 10:56 EST

L'avance de Pierre Karl Péladeau fait en sorte que la course à la direction du Parti québécois est "politiquement terminée", a déclaré vendredi le député péquiste Jean-François Lisée en annonçant qu'il renonce à la succession de Pauline Marois.

"Je vois bien que la situation telle qu'elle se dessine - et j'aurais aimé participer aux débats et j'ai de bonnes questions à poser et je sais que vous vouliez que je sois là aussi - mais un moment donné: à quoi bon, à quoi bon? À partir du moment où on tire la conclusion que cette course, elle est politiquement terminée..." a laissé tomber M. Lisée au cours d'une rencontre avec la presse au siège montréalais du PQ.

Il a tout de même précisé que son organisation avait recueilli 2400 signatures de militants, soit plus que les 2000 requises pour le dépôt d'une candidature.

"Techniquement, la course à la direction du Parti québécois n'est pas encore commencée. Politiquement, cette course est terminée. Tout nous indique que plus de la moitié des militants péquistes, et une majorité encore plus forte des électeurs péquistes, souhaitent que notre collègue Pierre Karl Péladeau soit leur chef", a-t-il conclu.

L'organisation de campagne du député de Rosemont avait pris rendez-vous vendredi à 14h pour officialiser sa candidature, mais M. Lisée a plutôt choisi ce moment pour annoncer son retrait de la course, où cinq candidats demeurent.

Alors que la course ne commencera officiellement que le 4 février, M. Lisée a affirmé qu'il n'a aucun espoir de voir cette situation changer d'ici le choix, par les militants, au printemps prochain.

"Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu'au bout. Il faut l'accepter et souhaiter que ce moment nous mène à des victoires. Aujourd'hui, c'est avec regret que je ne déposerai pas ma candidature à la course à la chefferie", a-t-il annoncé.

Plus récemment, M. Lisée avait mis en garde les militants péquistes contre les risques d'élire M. Péladeau, qu'il a comparé à André Boisclair, ancien chef qui était monté rapidement au firmament avant de mener le PQ à la défaite. Interrogé sur la possibilité que ces propos lui aient nui, M. Lisée a simplement répondu: "je dis les choses telles qu'elles sont".

M. Lisée n'a pas parlé de ralliement formel à M. Péladeau, en tête dans les sondages, mais il s'est dit prêt à travailler avec lui s'il est élu chef du PQ en mai. "Ce n'est pas un ralliement, a-t-il dit. Lorsqu'il sera chef, en mai, je travaillerai avec le chef, je travaillerai avec l'équipe."

M. Lisée, de retour cette semaine d'un séjour en France à la suite de la naissance de sa fille, a pris la décision de se retirer jeudi, avec une quinzaine de membres de son équipe.

"Je ne me voyais pas faire semblant et dire aux militants: vendez des cartes, aidez-moi à préparer les débats alors qu'on avait tiré la conclusion que ça ne servirait à rien."

Il a d'ailleurs précisé que sa campagne lui avait déjà coûté 10 000 $ et qu'il avait besoin d'une autre somme de 10 000 $ pour payer des dépenses déjà effectuées.

M. Lisée a affirmé qu'il respecte le choix des autres candidats de demeurer dans le course malgré l'avance de M. Péladeau, qui a fait son entrée en politique lors du dernier scrutin. "Ça leur appartient. S'ils veulent continuer, qu'ils continuent."

En novembre, M. Lisée avait annoncé son intention d'être candidat durant l'émission de télévision "Tout le monde en parle" sur les ondes de Radio-Canada.

Mercredi, à Sorel-Tracy, lors d'un rassemblement péquiste en prévision de l'élection partielle dans Richelieu, des militants continuaient de recueillir des signatures de membres, une exigence préalable au dépôt d'un bulletin de candidature. Des partisans de Pierre Céré, un autre candidat dont la notoriété est moins importante que M. Lisée, faisaient la même chose au rassemblement.

Élu député en 2012, M. Lisée avait soulevé des questions concernant l'opportunité que Pierre Karl Péladeau conserve le contrôle de Québecor tout en faisant de la politique. M. Lisée avait donné des munitions aux libéraux et caquistes en affirmant que M. Péladeau devrait choisir entre son engagement politique et ses actions de l'entreprise familiale.

Selon des sources au sein des organisations de ses adversaires, d'anciens collaborateurs de M. Lisée s'étaient mis au service d'Alexandre Cloutier et de M. Péladeau, au cours des dernières semaines, ou s'en étaient à tout le moins rapprochés.

Le départ de M. Lisée laisse cinq candidats en lice: Pierre Céré, Bernard Drainville, Alexandre Cloutier, Pierre Karl Péladeau et Martine Ouellet.

M. Péladeau a remercié M. Lisée de l'avoir appelé, avant sa conférence de presse, pour lui annoncer son désistement.

"Mon collègue Jean-François a eu la gentillesse de me téléphoner ce matin pour me faire part de la décision qu'il a annoncée quelques heures plus tard, a écrit M. Péladeau sur sa page Facebook. Je le remercie très sincèrement de cette marque d'attention. Il m'est donc permis de vous dire et de lui réitérer mon souhait le plus profond de continuer à travailler ensemble dans la poursuite de la mission de celles et ceux qui nous ont précédés, afin d'atteindre notre objectif ultime de faire du Québec, un pays."

Dans une entrevue à une station de radio montréalaise, M. Drainville a estimé que la décision de M. Lisée ressemble à un appui

à M. Péladeau.

"Il a dit qu'il ne se rallierait derrière personne, sauf qu'il dit: comme PKP est sûr de gagner, dans son esprit, moi je vais me rallier derrière le gagnant, a-t-il dit sur les ondes de 98,5 FM. On n'est pas loin d'une déclaration qu'il va dans le sens d'un ralliement à Pierre Karl, mais il ne va pas jusque-là."

M. Drainville croit que M. Lisée jette l'éponge trop rapidement puisque la course n'a pas encore commencé et qu'il reste encore des débats entre les candidats pour éclairer les militants sur leur choix.

"En politique, une semaine c'est une éternité, comme disait Robert Bourassa, alors imaginez quatre mois, a-t-il dit. Parce que le vote va se prendre au mois de mai."

Dans une entrevue, Mme Ouellet a affirmé vendredi que M. Lisée l'avait contactée vendredi avant-midi pour l'aviser, une démarche qu'il a faite également auprès d'autres candidats.

"Je lui ai dit que c'était dommage, parce qu'il apportait une contribution importante au niveau du débat d'idées, a-t-elle dit. Jean-François a toujours eu beaucoup de réflexions et d'idées et ça, je pense que c'était une contribution intéressante qu'il amenait dans la course."

Mme Ouellet n'a pas voulu se prononcer sur la possibilité que les conséquences des attaques de M. Lisée contre M. Péladeau aient pu lui nuire dans la recherche d'appuis.

"C'est une question qui est importante, d'ailleurs elle a fait l'objet de nombreux débats tant à l'intérieur que dans d'autres partis également, a-t-elle dit. Ça je pense que ça lui appartient, le choix des questions qu'il souhaite soulever."

Mme Ouellet a invité les partisans de M. Lisée à se rallier à sa campagne.

"Jean-François Lisée et moi avons des valeurs communes, particulièrement de social-démocratie, et j'invite les membres du parti qui appuyaient Jean-François Lisée à m'appuyer dans la course à la chefferie", a-t-elle dit.

M. Cloutier a pour sa part estimé que malgré son retrait, M. Lisée continuera probablement à alimenter le débat pas le truchement de son blogue.

"C'est quelqu'un d'extrêmement intelligent et je suis très heureux qu'il continue de travailler avec nous à l'Assemblée nationale et pour la souveraineté du Québec", a-t-il dit.

Lisée abandonne la course à la chefferie du PQ



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