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Le mandat d'arrestation lancé contre Guy Lafleur était justifié, dit la Couronne (VIDÉO)

21/01/2015 01:25 EST | Actualisé 23/03/2015 05:12 EDT

MONTRÉAL - La procureure de la Couronne poursuivie par Guy Lafleur a maintenu, mercredi, que le fait d'avoir autorisé un mandat d'arrestation contre l'ex-hockeyeur était justifié compte tenu de la gravité du crime dont il était accusé, malgré les questions répétées du juge au procès, qui disait chercher à comprendre son choix.

«C'était le mode approprié, a martelé Lise Archambault. Ce n'était pas dans l'intérêt du public d'aller avec une sommation.»

Mais le juge André Wery de la Cour supérieure, qui semblait perplexe, a pris le relais de l'interrogatoire et lui a posé plusieurs questions à ce sujet.

«J'ai de la misère à comprendre pourquoi la sommation n'était pas suffisante», s'est enquis le juge, qui a aussi commenté avec ces mots: «C'est une arrestation par la police pour un citoyen qui est présumé innocent. C'est du solide».

Me Archambault a toutefois nié avoir insisté pour lancer un mandat d'arrestation, soutenant que c'est la police qui l'a demandé. Elle ajoute avoir donné suite à cette demande puisqu'elle respectait les critères de la loi.

Mais plus tôt mercredi, elle avait mentionné qu'avec un mandat, «ça va lui (Guy Lafleur) faire comprendre de dire la vérité quand il va témoigner la prochaine fois», a-t-elle ajouté.

Elle a aussi expliqué que si la Couronne avait procédé par sommation, il y aurait eu un délai de huit ou neuf semaines avant que Guy Lafleur puisse comparaître devant un juge. Et le but de l'exercice était qu'il soit accusé avant son prochain témoignage, qui était imminent.

Me Archambault a terminé son témoignage mercredi dans le cadre de la poursuite intentée contre elle et une policière par M. Lafleur, qui leur réclame 2,16 millions $ en dommages. Le procureur général du Québec et la Ville de Montréal sont aussi visés par la poursuite.

L'ex-joueur vedette du Canadien de Montréal a été accusé en 2008 d'avoir offert des versions contradictoires dans le dossier criminel de son fils Mark, lorsqu'il a témoigné pour qu'il soit remis en liberté. Condamné en Cour supérieure, Guy Lafleur a ensuite été acquitté par la Cour d'appel en 2010.

Mercredi, Me Archambault a reconnu qu'il n'y a pas eu beaucoup de cas de poursuites criminelles pour témoignages contradictoires. Et qu'elle-même n'avait jamais autorisé ce genre de poursuite auparavant.

Mais pour elle, il s'agit d'une infraction criminelle très grave, car dire la vérité à la cour «est le fondement même du système de justice», a-t-elle fait valoir.

Alexandre Bergevin, l'un des avocats de M. Lafleur, s'est évertué à lui faire admettre qu'elle avait bâclé son analyse en ne s'informant pas plus sur le dossier et les circonstances ayant entouré les déclarations de son client. Mais Me Archambault n'a pas dévié de sa version et maintient que le fait d'étudier les deux déclarations de M. Lafleur était suffisant pour tirer une conclusion.

«On est convaincus, tout le monde, qu'il y a des témoignages contradictoires», a-t-elle relaté quant à une rencontre qu'elle a eue au sujet de ce dossier avec ses trois patrons, soit les trois procureurs en chef adjoints, et le consensus qui en est ressorti.

«Pour moi, ce n'était pas banal, ces différentes versions.»

Elle admet toutefois qu'à part la gravité du crime, il n'y avait pas d'autre raison d'autoriser un mandat d'arrestation plutôt qu'une simple citation à comparaître: l'adresse de M. Lafleur était connue, il se présentait en Cour lorsque requis, rien au dossier ne laissait croire qu'il pouvait être dangereux et il n'avait pas d'antécédents judiciaires.

M. Lafleur réclame des dommages pour avoir été l'objet d'un mandat d'arrestation, car il prétend que sa réputation a été entachée. Le lancement d'une simple citation à comparaître, plutôt qu'un mandat d'arrestation, lui aurait notamment évité des manchettes du genre «Guy Lafleur recherché», soutient-il. Il reproche aussi à la Couronne d'avoir déposé des accusations sans fondement contre lui.

Le procès se poursuit jeudi matin au palais de justice de Montréal. Il devrait se terminer le 30 janvier.