DIVERTISSEMENT

«Stanley Kubrick», l'exposition du grand maître du cinéma (PHOTOS)

03/01/2015 11:08 EST
Geoff Gunn

TORONTO – Le Bell Lightbox accueille jusqu’au 25 janvier une admirable exposition consacrée à l’une des figures les plus marquantes de l’histoire du cinéma, Stanley Kubrick. Une plongée captivante dans l’univers du cinéaste visionnaire qui plaira aussi bien au public qu’à ses nombreux admirateurs.

L’exposition a déjà voyagé un peu partout à travers le monde. De Melbourne à Paris, en passant par Berlin, Los Angeles ou Rome, la voilà maintenant à Toronto. Montée au départ par le Deutsches Filmmuseum de Francfort, elle est soutenue par Christiane, la veuve de Kubrick et le producteur Jan Harlan, ami du cinéaste américain. C’est dire l’importance d’une telle exposition dont l’ambition demeure énorme.

Obsédé par l’histoire, le perfectionniste et mégalomane Stanley Kubrick, disparu il y a 15 ans, accumulait tout, archivant le moindre document, collectionnant le plus d’information possible sur un sujet donné, lubies d’un cinéaste génial dont les moindres détails amassés au cours d’une carrière s’étalant sur plus de cinq décennies iront construire une filmographie unique. Autant de trésors exposés pour notre plus grand plaisir.

Les mondes kubrikiens

Et même si l’on y rentre comme dans un labyrinthe (celui de Shining?), l’expo ne nous écrase jamais par son envergure. Au contraire, entre les couloirs qui s’étalent sur un parcours chronologique – du premier au dernier film – le public est invité à s’engouffrer dans des chambres où l’univers de chaque œuvre s’ouvre sur la disposition d’une panoplie d'artefacts, d’affiches et d’objets d’époque. Ceux qui pensaient connaître Kubrick seront surpris d’en apprendre toujours davantage.

On est vite impressionné par la mise en scène où l’on peut reconnaître les costumes romains de Spartacus (1960) ou les magnifiques masques vénitiens de Eyes Wide Shut (1999). Certains pousseront des «Oh!» et des «Ah!» d’admiration en découvrant le monolithe, le fœtus et l’œil froid de l’ordinateur Hal 9000, tous vus dans 2001, l’Odyssée de l’espace (1968).

Ainsi, les fameux accessoires de sa filmographie s’étalent sous nos yeux dans une mise en scène souvent ingénieuse. Tout un décor tiré du film Shining (1980) a d’ailleurs été reconstitué. Pendant que l'on marche sur les motifs de la célèbre moquette, la porte 237 de la chambre d’hôtel vient rappeler la force d’évocation d’une œuvre iconique. Non loin de là, trône la machine à écrire et une autre porte sur laquelle est inscrit à l’envers le mot «REDRUM»… on frissonne!

Seules les sculptures érotiques du Korova Milk Bar, d'Orange mécanique (1972) sont des copies des pièces originales, ayant malheureusement été détruites. Mais à travers ces jeux de découvertes ludiques se trouve l’immense talent d’un homme qui aura flirté avec tous les genres suscitant souvent l’indignation des élites politiques et religieuses. On pense à Paths of Glory, à Orange mécanique, mais aussi à Lolita. Derrière les scandales qui n’auront jamais réussi à arrêter le monstre Kubrick, se cache surtout la vision profondément pessimiste d’un cinéaste sur le genre humain, ballotté comme une marionnette par un destin implacable.

L’exposition n’est pas encore terminée. Au quatrième étage du Bell Lightbox se trouve une salle où sont exposé les photos prises par Kubrick, photographes avant d’être réalisateur. Nous sont aussi présentés les projets fantômes qu’il n’aura jamais pu réaliser comme Napoléon et Aryan papers.

En seulement une poignée de longs-métrages, le démiurge Kubrick (13 films, dont quatre sont classés dans la liste du top 100 de l’American Film Institute) aura changé définitivement la face du 7e art. S’investissant corps et âme – quitte à devenir un véritable tyran – dans chacune de ses aventures il est comme a su bien dire Martin Scorsese «l’un des seuls maîtres modernes que nous avions.»

Pour plus de détails sur l’exposition: www.tiff.net/exhibitions/current-exhibitions/stanley-kubrick.

L’article a été réalisé grâce à l’invitation de Tourism Toronto et du TIFF Bell Lightbox

«Stanley Kubrick», l'exposition du grand maître du cinéma