POLITIQUE
21/12/2014 11:03 EST | Actualisé 20/02/2015 05:12 EST

Commission Charbonneau en 2014: l'année des témoins les plus attendus

CEIC

MONTRÉAL - La dernière année d'audiences de la Commission Charbonneau, bien qu'elle n'ait pas permis d'amener à la barre les dirigeants politiques du plus haut niveau, à la déception de plusieurs, a tout de même été utile pour comprendre la proximité des liens entre le politique et le milieu des affaires, malgré des règles qui étaient censées constituer un garde-fou.

Le témoignage tant attendu de l'important entrepreneur en construction Antonio Accurso, qui a épuisé tous les recours judiciaires pour éviter d'avoir à comparaître devant la commission, a été l'un des plus marquants de l'année 2014.

Son témoignage a permis au public de constater l'habileté de cet homme, qui a multiplié les contacts dans les différents milieux de pouvoir. Son énumération de ses «bonnes connaissances» ou de ses «petits contacts» avec d'anciens dirigeants de la FTQ, de la FTQ-Construction, du Fonds de solidarité, d'anciens maires et hauts-fonctionnaires a permis de prendre la mesure de son réseau.

Avant lui, la commission avait parcouru les méandres du financement du Parti libéral du Québec, en entendant les ex-ministres libérales Nathalie Normandeau et Julie Boulet, mais aussi l'ancienne responsable du financement Violette Trépanier et l'ancien ministre Marc-Yvan Côté, qui était passé à la firme de génie-conseil Roche.

Avec du recul, ce groupe de témoins a permis de voir à quel point le «financement sectoriel», c'est-à-dire le financement par des entreprises — donc en contravention de la loi — était chose courante au PLQ.

Bien des observateurs ont trouvé que l'ancienne ministre des Affaires municipales Normandeau, aussi vice-première ministre, avait eu la vie facile devant la commission d'enquête. Avant même que l'ex-ministre commence à témoigner, la juge France Charbonneau lui avait dit de ne sentir aucune pression.

Mme Normandeau s'est défendue d'avoir fait pression pour que certaines demandes de subvention au ministère des Affaires municipales progressent plus vite, ou contre l'avis de ses fonctionnaires, arguant qu'elle ne faisait que son travail de ministre. Elle a soutenu avoir érigé «un mur» entre elle et ceux qui participaient aux cocktails de financement du PLQ, jurant qu'elle n'avait jamais fait de «retour d'ascenseur».

Julie Boulet a éprouvé plus de difficulté devant la commission, en mai, particulièrement lorsqu'elle a affirmé qu'elle n'était pas au courant du fait que selon la politique mise en place au PLQ, chaque ministre devait recueillir 100 000 $ pour le parti. Plusieurs collègues de l'Assemblée nationale l'ont contredite, affirmant que cette pratique était bien connue.

Le vieux routier libéral Marc-Yvan Côté, qui a travaillé pour la firme de génie Roche après son passage en politique, a admis que grâce à ses contacts politiques, quand il voulait obtenir une information pour son travail, il l'obtenait. Mais il a nié qu'il ait bénéficié d'informations privilégiées.

Le témoignage de Louis Marchand, propriétaire de l'entreprise Maskimo, est celui qui aura permis à la commission d'enquête de voir ce qui arrivait aux entrepreneurs qui refusaient de contribuer au parti. «Quand tu n'as pas la machine de ton bord, tout est compliqué, c'est plus long», a résumé l'entrepreneur en pavage, qui s'est plaint de ne pas avoir sa juste part de contrats dans sa région de la Mauricie.

L'entrepreneur Marchand a qualifié la loi sur le financement des partis politiques de «mythe» et du «plus grand drame d'hypocrisie collective» du Québec contemporain.

Un ancien ministre péquiste a aussi dû s'expliquer devant la commission d'enquête, en mai. Guy Chevrette a dû justifier la construction d'une route touristique dans Lanaudière, encore peu utilisée aujourd'hui.

Syndicats

Le début de l'année 2014 de la commission d'enquête a toutefois été consacré à la FTQ, à la FTQ-Construction et au Fonds de solidarité FTQ.

Le point culminant de cette portion des travaux a certes été le témoignage de l'ancien président de la plus grande centrale syndicale du Québec, la FTQ, Michel Arsenault, qui était également président du conseil d'administration du Fonds de solidarité.

L'attitude de la procureure chef Sonia LeBel à son endroit en a fait grincer plus d'un. Elle est allée jusqu'à claquer des doigts pour rediriger le témoin, comme on le fait pour attirer l'attention d'un chien. De plus, n'appréciant pas la longueur de ses réponses, elle lui avait également lancé qu'elle pouvait lui poser une question, puis partir prendre un café et revenir lorsque sa réponse serait terminée.

Reste que M. Arsenault a été confronté à des extraits d'écoute téléphonique qui ont démontré sa grande proximité avec Antonio Accurso, alors le plus important entrepreneur en construction du Québec et partenaire d'affaires du Fonds de solidarité. «Est-ce que le monde syndical est obligé d'être en guerre constante avec l'employeur? Je ne pense pas» avait-il lancé.

M. Arsenault a justifié les investissements du Fonds dans les entreprises de M. Accurso en soulignant qu'ils avaient généré des profits pour les actionnaires du Fonds et en niant que celui-ci avait bénéficié d'un raccourci pour ses projets.

M. Arsenault a confirmé une partie du témoignage du lanceur d'alerte Ken Pereira au sujet de Jocelyn Dupuis, ancien directeur général de la FTQ-Construction. Il a confirmé avoir cherché à régler le dossier à l'interne en demandant à M. Dupuis de partir. «Le président de la FTQ n'appellera pas la police pour se plaindre de ses officiers. Voyons donc!» s'était-il exclamé.

Avant lui, Jean Lavallée, ancien président de la FTQ-Construction, un proche ami d'Antonio Accurso, a banalisé son rôle dans les investissements de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds, dans les entreprises de M. Accurso. Il s'est posé en victime, affirmant qu'on s'est «essuyé les pieds» sur lui dans ce dossier et qu'il n'a pas «essayé de runner» la SOLIM.

Finalement, un autre passage remarqué à la Commission Charbonneau a été celui de Bernard «Rambo» Gauthier, le représentant syndical de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord. Cette fois, c'est la question du placement de main-d'oeuvre dans les chantiers de construction qui a été au menu.

M. Gauthier a justifié ses méthodes parfois brusques par le fait qu'il voulait privilégier l'embauche régionale. Il a aussi soutenu agir ainsi pour faire respecter à la lettre les conventions collectives dans l'industrie de la construction.

En septembre, c'est la présidente de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux, qui lui a répondu que la fin ne justifiait pas les moyens.

Mme Lemieux a aussi relaté à la commission toutes les réformes qu'elle a entreprises depuis son arrivée à la CCQ: implantation d'un nouveau système de placement des ouvriers, refonte du système de traitement des plaintes de chantiers, déclaration des liens entre les employés de la CCQ et des représentants de l'industrie ou des syndicats. «Il y avait une crise réputationnelle (sic) à la CCQ» quand elle y est arrivée, avait-elle résumé.

Le rapport de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction doit être remis le 19 avril prochain.

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