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19/12/2014 02:25 EST | Actualisé 19/12/2014 06:45 EST

Le Canada aura à l'oeil les Chinois corrompus (VIDÉO)

Les fonctionnaires corrompus chinois qui croyaient être à l'abri en s'installant au Canada pourraient bientôt avoir une mauvaise surprise. Ottawa et Pékin seraient sur le point de parapher une entente qui facilitera le rapatriement des millions de dollars soutirés illégalement au régime communiste.

Un texte d'Yvan Côté

Lors d'une entrevue accordée au China Daily, un quotidien près du gouvernement chinois, l'ambassadeur du Canada à Pékin, Guy St-Jacques, a indiqué que les deux pays avaient fait de « bons progrès [sur la question] cette année et que l'accord servira de modèle ».

Une victoire pour Xi Jinping qui a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités. Le président chinois tentait d'ailleurs depuis des mois d'arriver à un accord avec Ottawa sur la question. Selon la Banque centrale de Chine, le Canada et les États-Unis sont depuis des années deux des destinations les plus populaires chez les fonctionnaires corrompus.

L'entente vise spécifiquement les avoirs des gens qui ont fui et qui auraient été impliqués dans des activités illicites pour soutirer l'argent du gouvernement chinois. Contrairement à 39 autres pays comme la France ou l'Australie, Ottawa ne permettra cependant pas l'extradition de ses ressortissants.

Selon plusieurs groupes de pression, la torture est encore utilisée aujourd'hui lors d'enquêtes de corruption en Chine et la sentence pour ce délit dans le pays peut aller jusqu'à la peine de mort.

Jusqu'à maintenant 428 fonctionnaires et hommes d'affaires ont été arrêtés dans le cadre de la campagne « Chasse au renard 2014 » menée par Pékin à l'étranger.

1250 milliards de dollars en fuites de capitaux

La Chine est le pays où l'on compte le plus de flux financiers illicites sur la planète. Un rapport de Global Financial Integrity (GFI) indique que 1250 milliards de dollars de capitaux ont échappé à Pékin entre 2003 et 2012 et que ce montant était de 250 milliards de dollars pour la seule année 2012.

Selon Huang Weiding, un auteur spécialisé sur le blanchiment d'argent en Chine, ces chiffres peuvent sembler impressionnants, mais ils sont probablement sous-évalués. En raison des moyens qu'ont les criminels à cols blancs pour déjouer le fisc et du peu de supervision à l'international, plusieurs bandits disparaissent complètement des écrans radars.

« Ces criminels tentent par tous les moyens de s'enfuir aux États-Unis, au Canada, en Europe ou en Australie. La raison est simple, ces sociétés sont sécuritaires et leurs économies sont stables. Nous évaluons que chaque fonctionnaire corrompu quitte aujourd'hui la Chine avec en moyenne 6 millions de dollars en poche. » — Huang Weiding, spécialiste du blanchiment d'argent en Chine

Stratagèmes sophistiqués

Parmi les stratégies utilisées pour fuir avec des sommes aussi importantes, l'auteur explique que les fonctionnaires utilisent des stratagèmes sophistiqués impliquant des banques et des compagnies étrangères.

Certains d'entre eux effectuent aussi plusieurs déplacements avec des valises remplies d'argent. Les autorités dans les aéroports de Vancouver et de Toronto ont d'ailleurs saisi, en 2011, 13 millions de dollars que des citoyens d'origine chinoise tentaient d'entrer illégalement au Canada.

On ne connaît toujours pas le nombre de ressortissants d'origine chinoise qui pourraient être recherchés au Canada, mais selon un haut responsable américain qui a tenu à garder l'anonymat, Pékin aurait déjà remis à Washington une liste d'une centaine de noms.

Dans le cas du Canada Mikael Charrette, un avocat spécialisé en immigration basé en Chine, croit que le nombre est bien moins élevé.

« Il faut s'entendre, on parle de pommes pourries dans un système qui est beaucoup plus grand. J'imagine qu'au Canada on parle d'une douzaine, ou quelques dizaines. »

Rapprochement entre les deux pays

L'entente qui risque d'être signée lors des premiers mois de 2015 pourrait aussi permettre un rapprochement entre le Canada et la Chine.

Les relations entre les 2 pays sont tendues depuis qu'Ottawa a accusé Pékin d'avoir infiltré les systèmes informatiques du gouvernement en juillet. Ce qui avait été suivi quelques jours plus tard par l'arrestation d'un couple de Canadiens, soupçonné, lui, d'espionnage en Chine.

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