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17/12/2014 03:07 EST | Actualisé 17/12/2014 06:53 EST

Centre de réimplantation du CHUM : des chirurgiens plasticiens aux pratiques «douteuses» (VIDÉO)

Des chirurgiens plasticiens aux pratiques « douteuses », de possibles cas de surfacturation. Le centre d'expertise en réimplantation du CHUM, le seul centre au Québec habilité à réaliser les plus graves cas de microchirurgie de la main, vit présentement une sérieuse crise interne.

Un texte de Normand Grondin

« Manque de transparence », problème d'« éthique » et de « gouvernance », actes médicaux « douteux », « double facturation », gaspillage de fonds publics : une lettre de l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec (ASCEPQ) adressée en avril dernier au directeur du Centre, le Dr Michel Alain Danino, s'inquiète d'une dérive possible du programme et « exige » que le CHUM mette sur pied « un comité d'experts externes pour en réviser le mandat ».

Mais depuis avril, la demande de l'Association est restée lettre morte. Le centre de réimplantation est un programme unique en son genre au Québec. En 2004, afin d'offrir le meilleur service possible aux grands blessés de la main qui nécessitent une réimplantation rapide, les chirurgiens plasticiens ont obtenu du gouvernement de concentrer tous les efforts sous un même toit, celui de l'hôpital Notre-Dame, à Montréal.

Québec a accepté qu'une partie de la masse salariale accordée aux plasticiens serve à payer un chirurgien expert en réimplantation de garde 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Le montant versé au médecin pour un quart de travail (24 heures) est important : 3700 $, peu importe s'il opère ou non un patient. Cette somme couvre tous les aspects du programme - diagnostic, opération et suivi du patient.

Les cinq premières années du programme, les chirurgiens de garde opéraient en moyenne 150 patients par année et l'ASCEPQ considérait que la facture annuelle - autour de 1,3 M$ - était raisonnable compte tenu de la disponibilité des experts et de la qualité des soins offerts aux patients. « Au début du programme, tout le monde était satisfait », explique un chirurgien plasticien qui souhaite conserver l'anonymat, comme plusieurs ses collègues interviewés dans le cadre de cet épineux dossier. « Puis à partir de 2009, la situation s'est détériorée. »

À partir de 2009, c'est le CHUM qui a pris les commandes du programme de réimplantation et, progressivement, le nombre de patients opérés a diminué, passant de 150 à, selon les chiffres que nous avons obtenus, environ 80-90 l'an dernier. Ce qui signifie que trois jours de garde sur quatre, le chirurgien payé 3700 $ se tourne maintenant les pouces.

Comment expliquer cette baisse de performance? Malgré des appels répétés au CHUM depuis plusieurs semaines, on refuse toujours de nous accorder une entrevue à ce sujet. « Ça revient cher à l'État pour 80 réimplantations », constate un plasticien désabusé qui ajoute que, depuis longtemps, l'Association et certains de ses membres se plaignent sans succès de la situation auprès du CHUM.

Dans sa lettre, le président de l'ASCEPQ, Dr ÉricBensimon, laisse entendre que certains plasticiens qui sont de garde refusent d'opérer des patients gravement blessés qui leur sont recommandés. Et qui, selon toute vraisemblance, devraient l'être.

Résultat, l'État paie deux factures au lieu d'une : 3700 $ pour l'expert de garde au Centre de réimplantation et une autre de 5000 $, 10 000 $, voire 15 000 $ pour que le patient soit opéré par un plasticien non spécialisé en chirurgie de la main.

« Il est [...] décevant de réaliser qu'un tel système gaspille des fonds [...], en faisant ceque certains pourraient facilement qualifier de double facturation. »

— Dr Éric Bensimon

Il ajoute qu'« il est malheureux de voir que le patient ne bénéficie pas de l'expertise du chirurgien, mais qu'en plus, il est opéré par un patron (NDLR : un plasticien) qui ne répondrait pas théoriquement aux critères d'admission au programme. »

Durant la brève entrevue qu'il nous a accordée, le président de l'ASCEPQ, le Dr Éric Bensimon, reconnaît l'existence du problème, mais nuance ses propos. « Il existe encore des zones grises », dit-il en parlant du problème de la double facturation. Cependant, il souhaite que les membres du Centre de réimplantation fassent preuve de plus de souplesse » dans le choix des patients qu'ils acceptent.

Plusieurs chirurgiens plasticiens avec qui Radio-Canada a discuté évoquent également des cas de patients qui n'auraient pas dû être acceptés au Centre de réimplantation, mais qui l'ont été malgré tout, selon eux pour faire gonfler les statistiques du Centre.

Par exemple, le cas d'une dame de plus de 70 ans chez qui on aurait réimplanté inutilement une phalange du petit doigt et qui a elle-même demandé qu'on la lui retire quelques jours plus tard pour éviter les douleurs liées au suivi postopératoire.

Nos sources confirment que la Fédération des médecins spécialistes du Québec a également été avisée de ce problème à quelques reprises ces dernières années, notamment lorsque la direction en était assumée par le Dr Gaétan Barrette. Cependant la FMSQ aurait choisi de se tenir à l'écart du dossier.

Jusqu'à tout récemment du moins, puisque, selon nos sources, il semble que la FMSQ, le CHUM et l'Association tentent depuis quelques jours de trouver un terrain d'entente dans cette histoire.

Document ASCPEQ

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