«Dix petits hommes blancs»: la fin de l'Occident selon Jean-Jacques Pelletier (ENTREVUE)

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JJ PELLETIER
Denyse Carrier
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La police tente d’étouffer un meurtre survenu dans le 1er arrondissement de Paris. Quelques jours plus tard, deux cadavres sont retrouvés dans le 2e arrondissement. Les trois victimes sont des hommes, petits et blancs. Un modus operandi se dévoile peu à peu aux yeux des enquêteurs. Dans l’ombre, un metteur en scène de la mort élabore une suite de crimes symboliques visant à faire subir à l’humanité ce qu’elle est en train de provoquer: le déclin de l’Occident. Une thématique chérie par l’auteur de polar, Jean-Jacques Pelletier, qui offre avec Dix petits hommes blancs une œuvre dense, riche et captivante.

Une campagne « publicitaire » au dessein imprécis suscite une avalanche de peurs et d’interrogations dans les rues de Paris. Certains évoquent la promotion d’un nouveau produit, d’autres envisagent un acte terroriste à venir. L’ONU est comparée à un zoo humain. Les réflexes de la plèbe face aux enjeux économiques mondiaux sont ridiculisés. Un millionnaire engage des sbires pour enlever la vie à un nombre d’hommes équivalent aux arrondissements de la Ville Lumière: 1 dans le 1er, 4 dans le 4e, 20 dans le 20e, etc.

Avec intelligence et doigté, l’auteur livre une charge en règle contre la société reine du monde moderne: l’Occident. « Aucune civilisation n’est immortelle, plaide-t-il en entrevue. J’ai voulu décrire les forces destructives sur notre environnement, l’évolution des modèles de représentativité, le contrôle de la population, etc. Quand je regarde ce qui se passe actuellement, ce n’est pas nécessairement joyeux. »

Reproduisant de faux extraits de bulletins de nouvelles, des blogues, des messages textes, des statuts Facebook (commentaires inclus) et des tweets, il n’hésite pas à pousser la manipulation des médias et du public à son paroxysme. Des robots créent de faux buzz sur les réseaux sociaux, afin de mettre de la pression sur les médias traditionnels, eux-mêmes aux prises avec une poignée de journalistes et de blogueurs achetés pour leur plume.

« Quand l’information devient un enjeu monétaire important, des jeux de pouvoir se trament inévitablement. Au cours des dernières années, on a vu un robot blogueur qui avait des tas d’abonnés et des gestionnaires de pages web qui achetaient des clics pour faire augmenter la mise des publicitaires. Dans le roman, j’ai imaginé quelqu’un qui investit l’argent pour contrôler l’opinion publique à grande échelle. »

Afin de contrer cette menace exponentielle, le romancier fait appel à Théberge, un inspecteur québécois de passage en Europe avec sa femme malade, son ami Gonzague, haut gradé de la Direction générale de la sécurité intérieure, Prose, un écrivain à l’imagination fertile et Duquai, un policier Asperger aux contraintes multiples.

« Dans mes romans, je n’ai jamais qu’un seul personnage enquêteur, doté d’un esprit supérieur qui règle tout. Je n’aime pas ce genre de simplifications. Je préfère m’approcher de la réalité avec plusieurs intervenants, dont les gaffes et les idées brillantes s’entremêlent pour résoudre une problématique complexe. »

La complexité est l’apanage de Jean-Jacques Pelletier. Ses lecteurs ont tout intérêt à réserver une longue fin de semaine pour venir à bout des 580 pages de Dix petits hommes blancs, s’ils veulent garder en tête les millions de détails à propos des meurtres multiples et des personnages fort nombreux. Entre la première et la deuxième salve de meurtres, l’auteur se concentre même sur l’esquisse du meurtrier et la présentation de ses pantins pendant près de 100 pages, avant de replonger dans l’action pure. Le passage exige beaucoup d’attention des lecteurs, mais réussit tout de même à nous fasciner.

Pour éviter de se perdre dans les dédales de son imagination, l’auteur dessine un plan très précis. « Je travaille beaucoup avec la scénarisation. J’élabore les grandes articulations du roman. Je les répartis selon le nombre de jours, en mentionnant ce qui se produit. Ensuite, je fais le scène à scène, en détail, de chaque journée. Contrairement à ce que certains prétendent, faire un plan ne sert pas à t’enfermer, mais à te libérer. Ça me permet d’écrire une scène à la fois, sans avoir toutes les idées qui tourbillonnent dans ma tête. »

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