POLITIQUE

Mine Arnaud: l'alliance entre Investissement Québec et Yara International ASA suscite des inquiétudes (VIDÉO)

05/12/2014 05:56 EST | Actualisé 10/12/2014 06:34 EST
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Yara International ASA serait un citoyen corporatif «douteux», selon plusieurs opposants au projet de Mine Arnaud à Sept-Îles. Mais ses récents procès pour corruption n’inquiètent guère Investissement Québec (IQ), qui défend son partenaire financier.

Dans un communiqué publié plus tôt cette semaine, la Coalition Québec meilleure mine dénonçait les fonds investis par IQ dans Mine Arnaud, un « précipice financier et environnemental qui concerne tous les Québécois ».

Plusieurs personnes interviewées par Le Huffington Post Québec abondent dans le même sens. Ils ont exprimé des inquiétudes quant aux risques financiers que représenterait la mine d’apatite pour l’État, alors que la multinationale Yara aurait le champ libre aussitôt le décret annoncé.

Pour l’instant, Investissement Québec est le principal actionnaire du projet de mine d’apatite. À terme, IQ devrait devenir minoritaire et détenir environ 30% des actions, tout comme Yara, explique Chantal Corbeil, porte-parole médias d’Investissement Québec. Le 40% restant pourrait être comblé par d’autres partenaires.

Or, aucun contrat de vente n’a été confirmé à ce jour et IQ est dans une « très mauvaise posture » pour négocier avec la baisse mondiale des prix du phosphate, selon Québec meilleure mine. Un argument que réfutent les défenseurs du projet, sous prétexte que la roche phosphatée de Mine Arnaud ne sera pas assujettie aux mêmes standards en raison de sa « pureté ».

« Pour Yara, c’est super important d’avoir ce gisement, vu que c’est de l’apatite de qualité supérieure. Donc c’est plus intéressant d’avoir ces gisements pour eux au Canada, dans un pays plus "paix sociale" que la Russie, par exemple », explique Russel Tremblay, directeur-adjoint de Développement économique Sept-Îles.

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Yara International ASA est une multinationale norvégienne de fertilisants qui opère dans plus de 120 pays à travers le monde. Si le projet de Mine Arnaud est approuvé, la roche phosphatée sera acheminée de Sept-Îles jusqu’en Norvège pour être transformée en engrais.

Yara a été reconnue coupable de corruption en Libye, en Inde et en Russie, et condamnée à payer 259 millions de couronnes (48,5 millions $US) en dommages, du jamais vu dans l’histoire corporative en Norvège. Quatre hauts dirigeants de la compagnie sont également accusés de complicité. Leur procès aura lieu en 2015.

Après avoir mis au jour des paiements douteux en Libye à un ministre du pétrole du régime Kadhafi, Yara avait commandé en 2011 une enquête externe élargie à l'ensemble de ses activités à l'étranger, qui avait révélé d'autres « paiements inacceptables » en Suisse et en Inde.

Un scandale passé sous silence

En 2005, Yara International a dû se retirer du Sahara occidental après qu’il eut été révélé qu’elle s’approvisionnait dans la mine de Bou Craâ, activité contraire au droit international selon de nombreuses résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, le Maroc se mérite une position importante sur le marché mondial des phosphates grâce à la mine sahraouie qui continue de susciter la contestation.

Ces allégations graves à l’international ne suscitent aucune réaction d’IQ, qui investira des fonds publics pour le projet. « Non, cela n’inquiète pas Investissement Québec, répond sa porte-parole Chantal Corbeil. Yara a réagi rapidement lorsqu’elle a découvert des irrégularités. Elle a initié une enquête interne [en Norvège]. Par la suite, elle a décidé de son propre chef de contacter les autorités policières et de leur transmettre de l’information. »

Les bonnes intentions de Yara n'impressionnent pas le porte-parole de Sept-Îles sans uranium. « Avec tous leurs déboires dans des pays un peu moins organisés que le Canada, ce n’est pas rassurant », commente Marc Fafard.

Pour que Mine Arnaud soit rentable, Yara devra exploiter la magnétite titanifère présente dans le sous-sol du canton Arnaud à son avis. Lorsque Le Huffington Post Québec a visité le site où sera creusée la fosse, la neige oxydée ne laissait aucun doute sur la présence de fer dans les environs.

Marc Fafard croit que l’importante présence de fer et de titane justifierait un deuxième rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, qui avait décrété que le projet de Mine Arnaud était « inacceptable dans sa forme actuelle ».


(Avec des informations de l'Agence France-Presse)

Quand ça va bien…

Pour ceux et celles que ça intéresse, la suite de l’histoire de Yara est digne d’un soap opera corporatif, selon le Financial Times.

Ébranlée par son jugement en janvier 2014, Yara a tenté de se refaire une image. Fin septembre, la multinationale était en pourparlers en vue d’une fusion avec CF Industries, ce qui aurait donné naissance à un géant du secteur de l’engrais, rapporte Reuters. L’opération a toutefois échoué, obligeant Yara à remercier son directeur général d’alors, Joergen Ole Haslestad.

Sauf que le prochain directeur général en liste, Svein Richard Brandtsaeg, qui arrivait de Norsk Hydro, n’aurait jamais été mis au courant de la transaction. Il a donc renoncé à prendre l’emploi, laissant la compagnie sans DG, sans successeur et avec une réputation mise à mal.

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