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Prix Jutra-Hommage: André Melançon ému d'être honoré par ses pairs (ENTREVUES/ PHOTOS)

03/12/2014 11:01 EST | Actualisé 03/12/2014 11:02 EST
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«T’as de la neige, là.» «T’as un trou dans ta mitaine.» Ces mots résonneront probablement très fort dans l’esprit de milliers de cinéphiles le 15 mars prochain, lorsque le réalisateur André Melançon recevra le Prix Jutra-Hommage, lors de la 17e Soirée des Jutra, qui sera animée par Pénélope McQuade et Stéphane Bellavance. Après Paule Baillargeon en 2012, Michel Côté en 2013 et Micheline Lanctôt en 2014, ce sera au tour du maître d’œuvre de Comme les six doigts de la main et Bach et Bottine, entre autres, de se faire envoyer fleurs et éloges et de se faire parler d’amour.

En conférence de presse, lundi matin, Ségolène Roederer, directrice générale de Québec Cinéma, n’a pas caché que le trentième anniversaire de La guerre des tuques, qu’on célèbre cette année, a joué beaucoup dans la décision de saluer l’œuvre d’André Melançon.

Mais l’éventail de la cinématographie de l’homme est très, très large, et l’organisation des Jutra considérait essentiel de retracer son impressionnant parcours, composé de plus d’une trentaine de titres de films et de séries télévisées, dont Le lys cassé, Fierro… l’été des secrets, Cher Olivier, Ces enfants d’ailleurs, Le ciel sur la tête, Asbestos et Daniel et les superdogs. Son premier opus, Des armes et des hommes, remonte à 1972, et il récemment coécrit le scénario de La gang des hors-la-loi, dernier-né des Contes pour tous, sorti en juillet dernier. André Melançon a également été acteur dans une vingtaine de productions.

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«C’est une personne très aimée du milieu et du public, a souligné Ségolène Roederer. Il sort d’une maladie difficile, mais il a encore des projets. L’idée, c’est de rendre hommage à quelqu’un qui a marqué le cinéma, qui est encore là et qui continue.»

Couvé par le regard admiratif de sa conjointe, Andrée Lachapelle, et visiblement ému, André Melançon a répété à plusieurs reprises à quel point il est flatté de l’honneur qu’on lui octroie.

«C’est une reconnaissance qui vient de mes pairs, des hommes et des femmes qui, comme moi, font le métier du cinéma, s’est-il réjoui avec humilité. Ça me touche particulièrement. Ce geste vient intensifier, exalter un bonheur construit au cours des 45 dernières années, un bonheur qui ne s’est jamais démenti, dans un métier qui m’a toujours comblé. Je suis tellement heureux! Ce n’est pas une figure de style. Je suis très touché que mes pairs m’adressent ce prix.»

«Le milieu du cinéma est celui où j’ai croisé le plus de générosité, d’accueil et de complicité, a ajouté le créateur. Mais aussi, par moments, celui où j’ai vu le plus de méchancetés et de bitcheries. Ça fait partie de la game. Mais, disons, pour être très honnête, que j’ai connu plus de générosité que de bitcheries dans ma vie professionnelle!»

Bonne santé

Au sujet de sa santé, André Melançon a précisé lundi qu’il va bien. «Ça reste stable et fragile. Je sens que j’émerge tranquillement. Je retrouve mon énergie. Il faut dire que je suis bien entouré.»

Le grand artiste demeure très actif. Il planche présentement sur un triptyque formé de trois courts-métrages de 30 à 45 minutes, portant sur la violence conjugale, à la demande d’un groupe de femmes de la Gaspésie, qui a mis sur pied une maison d’hébergement pour femmes en difficulté. Les deux premiers volets, Traverser la peur et La cicatrice, sont déjà tournés. La conclusion, La construction du personnage, devrait être filmée au printemps si on arrive à amasser les fonds nécessaires. Il a également dans ses cartons un scénario de récit historique relatant la «résistance de femmes à la volonté politique, en milieu scolaire», à l’époque 1915-1916.

Fier de Xavier

Lorsqu’on lui demande s’il surveille du coin de l’œil le boulot de certains jeunes cinéastes émergents, André Melançon rappelle qu’il a jadis dirigé un garçonnet hyperactif sur le plateau des publicités des pharmacies Jean Coutu, au milieu des années 1990, et dans le film La forteresse suspendue. Un gamin nommé Xavier Dolan.

«Les cheveux blancs que j’ai, c’est Xavier, a blagué André Melançon, l’air faussement sérieux. Déjà, à l’époque, on ne pouvait faire autrement que de se rendre compte, non seulement de l’inventivité et de la vivacité de ce jeune-là, mais aussi de son talent, son imaginaire, sa fougue. Et ça ne l’a jamais quitté.»

«J’aime beaucoup ce que les jeunes font. Le vendeur et Le démantèlement, de Sébastien Pilote, ce sont de beaux films. Ce qui me rassure, c’est que ce sont des films simples. Ces deux longs-métrages sont simples, mais tellement pleins de réflexion!»

Le duo à l’avant

Pour les hôtes de la 17e Soirée des Jutra, Pénélope McQuade et Stéphane Bellavance, le bonheur est d’autant plus grand d’être à la tête du gala qu’ils aiment tous les deux profondément André Melançon.

«La pression est là pour lui faire plaisir et lui donner toute la place sur scène, a admis Pénélope McQuade. Mais on n’aura pas besoin de faire beaucoup de fla-fla. Juste l’entendre parler, ce sera déjà un moment d’émotion.»

Stéphane Bellavance, lui, faisait partie du public-cible de La guerre des tuques lorsque la célèbre histoire de bataille de boules de neige a pris d’assaut les salles, en 1984.

«On l’aime, ce monsieur-là, s’est-il emballé. On voudrait l’avoir dans notre famille. On voudrait le recevoir à Noël!»

Le tandem McQuade – Bellavance a commencé il y a quelques semaines à préparer la fête du 15 mars prochain. Pénélope savait depuis longtemps que Laurent Paquin, qui était son complice l’an dernier, ne reprendrait pas le collier à ses côtés en 2015, puisqu’il séjournera en Europe pour y donner des spectacles le soir des Jutra. Il pilotera de surcroît le Gala les Olivier quelques semaines plus tard.

Spontanément, elle a alors suggéré le nom de Stéphane Bellavance pour lui donner la réplique, un choix qui a grandement satisfait les décideurs de Québec Cinéma, car, en plus d’être l’idole des adolescents à VRAK TV et de s’amuser avec la science dans Génial!, à Télé-Québec, le garçon a été associé à divers événements liés au grand écran et il a tenu les rênes de l’émission Fais ça court!, dédiée aux courts-métrages, il y a quelques années.

«J’ai beaucoup plus parlé de cinéma que je n’en ai fait, dans ma vie», a spécifié le principal intéressé, en riant.

S’entendant comme larrons en foire, Pénélope et Stéphane comptent miser énormément sur la dynamique de duo pour faire lever le gâteau des Jutra.

«On a envie d’être ensemble sur scène le plus souvent possible, a mentionné Stéphane. Pénélope et moi, on est différents, mais on s’accorde sur un paquet de trucs. On a beaucoup de fun, mais on est des animateurs, pas des humoristes. On n’enfoncera pas la pédale du gag au fond.»

Ils promettent également d’entrecouper la célébration de plusieurs extraits, tant des réalisations qui ont pris l’affiche en 2014 que de celles qu’on pourra applaudir dans les mois à venir.

«Le rôle d’un animateur, c’est de braquer les projecteurs sur les autres, a expliqué Pénélope. C’est ce qu’on a envie de faire. On veut rendre justice aux artisans du cinéma et aux gens qui se déplacent dans les salles. Faire un film, ce n’est pas une job ; c’est un projet de vie! C’est extrêmement difficile et laborieux. On veut donc parler pour eux, pour leur amour du cinéma.»

«On est une population de huit millions de personnes, a renchéri son partenaire. Qu’on réussisse à faire autant de bons films dans une année, c’est exceptionnel. Je pense qu’il y a peu de places, dans le monde, où on peut se vanter de ça. Ça fait plusieurs années qu’on envoie quelqu’un aux Oscars, à Cannes… On fait du sale bon cinéma!»

La 17e Soirée des Jutra sera retransmise en direct à la télévision de Radio-Canada, le dimanche 15 mars prochain, à 19h30.

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