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Boulevard Saint-Laurent: ouvertures et fermetures à répétition

03/12/2014 01:41 EST | Actualisé 03/12/2014 01:41 EST
Alan Copson via Getty Images

Comment va la Main? En 2008, année fatidique des travaux interminables qui ont éviscéré le boulevard Saint-Laurent, tant au littéral qu'au figuré, les consommateurs et commerçants ont déserté cette artère commerciale centrale de Montréal. Quelques années ont passé et les choses ont bougé.

Cette année, le restaurant Globe, institution culinaire, a fermé ses portes. Le Divan orange, un des endroits où la meilleure musique émergente de tout le pays se fait entendre, pourrait aussi devoir fermer à cause d'un locataire qui se plaint du bruit. Le resto Euro Deli a aussi fermé ses portes après 30 ans d'opérations. Le resto Biarritz est un des derniers locataires de la Main à fermer ses portes.

D'un autre côté, l'occupation des locaux ne fait pas défaut. Le taux d'inoccupation est autour de 4%, à son plus bas depuis plusieurs années: en janvier 2010 on parlait de 8 %, et en octobre 2011, de 6,2 %. Les restos Bolo Bolo et Diablos BBQ ont ouvert leurs portes récemment. Des firmes de design et d'architecture et des galeries d'art s'y sont installés.

Donc, la Main, comment va-t-elle? Est-elle en santé?

Selon Glenn Castanheira, directeur général de la Société de Développement du Boulevard Saint-Laurent (SDBSL), ça va beaucoup mieux qu'avant. "On peut déterminer l'état de santé de Montréal en regardant la Main", selon lui. "C'est évidemment ma job de vous dire que ça va mieux, mais c'est vrai, ça va beaucoup mieux" qu'en 2008, par exemple.

Même son de cloche du côté d'Hélène Blanchet, directrice générale du cinéma Excentris. "Je travaille à Excentris depuis 5 ans. Dans la dernière année je sens une nette amélioration." L'achalandage est au rendez-vous, selon elle.

Pour Raphaël Santarossa, copropriétaire du Diablos BBQ, on dira ce qu'on voudra, le boulevard Saint-Laurent reste d'une importance capitale pour la ville. "Elle n'est jamais partie, et elle reviens toujours!"

Les travaux et les impôts

Pour quelle raison est-elle mise à mal, dans ce cas? Chez tous les inteviewés, trois constantes: les impôts et les loyers sont très élevés; la circulation et le stationnement sont problématiques; les constructions routières ont le pouvoir de tuer l'économie.

Benjamin Garnier, cocréateur de la Guilde Culinaire, se retrouve dans une situation bien peu enviable: son commerce se retrouve juste au nord du viaduc qui est en construction et réaménagement depuis plusieurs mois. Les retards dans le projet sont si importants que l'accessibilité est compromise. " Plusieurs commerces ont beaucoup de mal, présentement, à cause de ces travaux", affirme-t-il. "Les travaux routiers, en général, paralysent beaucoup l'économie."

Aussi, le stationnement et les embouteillages chroniques sont au top des priorités des entrepreneurs du coin. C'est une situation qui ne peut plus durer. M. Castanheira affirme que la Ville doit faire quelque chose. "La gestion de la circulation est archaïque, dépassée, notre système de stationnement date des années 50. Ce qu'on souhaite, c'est de remplacer le stationnement sur rue par le stationnement étagé. Pour que l'espace public revienne au public, pour qu'on puisse l'embellir, le verdir, etc."

Le stationnement et la circulation dense représentent un problème qui ne peut être réglé simplement. Comment faire pour garer toutes ces voitures et garder le boulevard accessible? " Si j'avais réponse à cette question, Denis Coderre serait en train de luncher avec moi en ce moment, ironise M. Santarossa. C'est un vrai casse-tête."

Puis vient le problème des impôts et des loyers, qui sont liés inexorablement. Certains sont propriétaires, d'autres sont locataires, mais tous affirment que les frais fixes minent leur compétitivité.

"Les loyers sont élevés. Les taxes sont très très élevées, ce qui affecte directement les loyers", explique M. Castanheira.

Mme Blanchet abonde dans le même sens: sur Saint-Laurent, "il y a une surévaluation de la valeur des immeubles", les propriétaires sont donc imposés plus que d'autres.

C'est mieux, mais...

Finalement, cependant, un optimisme raisonnable règne. Les institutions qui font de la Main un incontournable – les Schwartz, Moishes, Buonanotte, Cocorico, et tous les clubs qui en font une destination nightlife – sont en bonne forme et ne semblent pas vouloir partir de sitôt.

"St-Laurent a déjà été une destination... mais pour l'instant, les commerces sont la destination", affirme Mme Blanchet, expliquant pourquoi l'artère survit malgré tout. Ce même optimisme prudent émane des commentaires de M. Garnier: "D'après moi, les gens vont sur Saint-Laurent à cause des commerces légendaires, ceux qui sont connus. Les gens ne se déplacent plus pour prendre une longue marche sur Saint-Laurent et faire du lèche-vitrine."

Même si ce sont surtout les commerces qui font la notoriété du boulevard et pas l'inverse, la diversité de la clientèle est toujours un point fort: "Nous sommes très choyés par la diversité de notre clientèle. Les habitants du quartier et ceux qu'ils y travaillent, les touristes et les banlieusards nous paient tous une visite."

C'est là la raison numéro un de s'installer sur Saint-Laurent, pour un commerçant, cette diversité de la clientèle. Ceci veut dire que le boulevard qui parcourt l'île d'un bout à l'autre se relève, de peine et de misère, mais n'est pas disparue.

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