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Dossiers médicaux électroniques: le Québec en queue de peloton au Canada

02/12/2014 12:47 EST | Actualisé 01/02/2015 05:12 EST
Ariel Skelley via Getty Images

MONTRÉAL - Une consultation pancanadienne sur l'utilisation des dossiers électroniques par les médecins démontre un important retard du Québec sous plusieurs aspects.

Par exemple, le Québec est la province où les médecins se servent le moins des dossiers électroniques pour saisir ou récupérer des notes cliniques concernant leurs patients. Seulement 59 pour cent le font comparativement à 81 pour cent en Alberta, en Ontario et en Colombie-Britannique.

De façon générale, le recours aux dossiers électroniques est en hausse au pays, au point de devenir la norme, selon l'Association médicale canadienne, qui a commandé ce sondage avec le Collège des médecins de famille du Canada et le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Environ 75 pour cent des médecins y ont recours pour saisir ou récupérer des notes cliniques concernant les patients, alors que c'était le cas pour seulement 26 pour cent d'entre eux en 2007.

Près de la moitié des médecins qui ont répondu à la consultation ont rapporté utiliser une combinaison de dossiers papier et électronique, alors que 29 pour cent ont dit utiliser uniquement le dossier électronique. Cela donne un médecin sur cinq, au pays, qui a recours uniquement au dossier papier pour saisir des données sur ses patients.

Le Québec, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador sont les champions du dossier papier. Plus du tiers des médecins de ces provinces se servent encore uniquement d'un système sur papier pour noter les renseignements cliniques.

De même, le fait de commander des tests de laboratoire ou diagnostiques de façon électronique est une réalité pour seulement 24 pour cent des médecins du Québec, comparativement à 60 pour cent des médecins du Manitoba ou de l'Alberta.

Encore, 57 pour cent des médecins en Saskatchewan et en Alberta peuvent référer leurs patients à d'autres médecins avec leur ordinateur, alors que c'est le cas de seulement 15 pour cent des médecins au Québec.

Réactions

Le secrétaire du Collège des médecins du Québec, le docteur Yves Robert, n'est «pas du tout étonné» par ces résultats qui démontrent les retards du Québec en matière informatique. «On est en retard sur toute la ligne avec la question du Dossier santé Québec et avec la question de l'utilisation des dossiers médicaux électroniques», a-t-il confirmé.

Le Dossier santé Québec est ce système, implanté progressivement depuis l'été 2013, qui doit permettre aux médecins et aux professionnels de la santé de voir sur ordinateur les informations nécessaires à une gestion plus efficace des dossiers de leurs patients. Ultimement, ils doivent ainsi avoir accès aux résultats de laboratoires, aux médicaments prescrits dans les pharmacies branchées au réseau, aux examens d'imagerie médicale et autres renseignements. Promis depuis des années, le Dossier santé Québec est loin d'être complètement déployé.

«Ça fait des années que le Collège demande de pouvoir informatiser les dossiers et de pouvoir favoriser l'accès télématique aux résultats de laboratoire, les entrer dans le dossier, etc. Puis le gouvernement... c'est un peu décourageant... Ce n'est pas parce qu'il ne s'est pas investi de l'argent là-dedans, mais on se demande où est-ce qu'il a été investi, parce que dans les faits, ça n'a pas véritablement favorisé l'implantation élargie du dossier médical électronique alors que dans d'autres provinces, ça s'est fait avec les mêmes ressources», a dit le docteur Robert.

Il avoue qu'il ne peut s'expliquer les raisons d'un tel retard, si ce n'est un problème de gestion. «On a trop d'acteurs autour de la table et chacun tire la couverture de son bord. Pour prendre une décision, ça prend une éternité au Québec. L'impression que ça donne, c'est que l'état de notre système informatique (en santé) est à l'image de nos routes, de nos écoles et de nos hôpitaux», laisse-t-il tomber.

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le docteur Serge Dulude, directeur de la planification et de la régionalisation, semble moins découragé. Il concède le retard du Québec, mais croit que ce n'est qu'une question de temps avant que ce retard soit comblé.

«C'est tout à fait vrai (le retard). Il faut toutefois le mettre en perspective: le programme québécois d'adoption des dossiers médicaux électroniques a été institué en novembre 2012. Alors c'est relativement jeune, quand on compare à la Colombie-Britannique, où on a débuté il y a dix ans», a objecté le docteur Dulude.

«Ce qui nous fait plaisir, c'est que nous sommes en train de rattraper (le retard) à la vitesse grand V, à bonne vitesse», a-t-il ajouté.

Selon ses données, 3500 médecins omnipraticiens sur 8200 ou 8400 adhèrent actuellement au programme et l'objectif est d'atteindre 4400 en avril prochain.

Reste à savoir cependant si toutes les fonctionnalités du système seront utilisées par les médecins. «Ce qui nous reste à faire, ce sont les fonctionnalités avancées», a ajouté le docteur Dulude.

Le sondage national des médecins édition 2014 a été réalisé auprès de 10 000 médecins dans l'ensemble du pays.

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