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Le monde du génie s'oppose au projet de loi fédéral sur les armes à feu

28/11/2014 07:53 EST | Actualisé 28/11/2014 07:55 EST
Radio-Canada.ca

À quelques jours du 25e anniversaire de la tragédie de Polytechnique, des regroupements de professionnels et des associations étudiantes de génie s'unissent pour faire obstacle au projet de loi C-42 sur la délivrance des armes à feu. Ironiquement, le projet de loi a été déposé par un ingénieur, Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique.

Le retrait d'un projet qui, disent-ils, vise à « affaiblir les contrôles » des armes à feu est le meilleur moyen de rendre hommage aux 14 jeunes femmes qui ont perdu la vie sous les balles d'un tireur fou, le 6 décembre 1989, a plaidé PolySeSouvient, qui regroupe des étudiants et des diplômés de Polytechnique.

L'École polytechnique, l'École de technologie supérieure, l'Ordre des ingénieurs du Québec, le Réseau des ingénieurs du Québec et plusieurs associations étudiantes en génie, dont celles de l'ETS, ainsi que des universités Laval, Concordia, de Trois-Rivières et de Sherbrooke, ont joint leurs voix à celle du mouvement.

« Comme société, nous ne pouvons ignorer l'instrument avec lequel Marc Lépine [l'auteur de la fusillade] s'est exprimé », a argué Nathalie Provost, ingénieure et survivante de la tragédie, qui ne s'est pas gênée pour apostropher le gouvernement fédéral.

« Malheureusement, le gouvernement Harper ne partage pas nos valeurs. Il ignore l'avis des experts, des policiers, des groupes de femmes qui luttent contre la violence conjugale. Il ignore les études scientifiques et il a réussi et réussit probablement encore aujourd'hui à faire adopter de nombreux affaiblissements [au contrôle des armes à feu] »

— Nathalie Provost

Un projet de loi « à l'américaine »

« C'est l'idéologie proarmes qui gagne sur la logique, sur la science et sur le gros bon sens », a renchéri Jean-François Larivée, diplômé de Polytechnique, dont l'épouse, Maryse Laganière, fait partie des victimes de la tuerie. « Il faut empêcher que ce gouvernement nous amène de plus en plus dans la direction de nos voisins américains. Il faut bloquer le projet de loi C-42 et interdire les armes qui sont conçues pour tuer des êtres humains », a-t-il plaidé.

Il a dit espérer que ce rassemblement de la profession « envoie un message clair au gouvernement fédéral » et inspire d'autres citoyens et d'autres professions à se mobiliser.

La coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, a affirmé que le projet C-42 faciliterait l'accès aux armes d'assaut, « qui n'ont pas leur place dans les mains des citoyens ordinaires ».

Elle a donné en exemple des armes utilisées par les militaires canadiens en Afghanistan, « capables de percer des véhicules militaires » et d'atteindre « des cibles situées à deux kilomètres ».

Non seulement ces armes sont-elles « légalement accessibles », mais elles « ne sont même plus enregistrées », a lancé Mme Rathjen, qui est diplômée de Polytechnique.

Le projet de loi « sur la délivrance simple et sécuritaire des permis d'armes à feu » a été déposé à la Chambre des communes en octobre dernier par le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, lui-même diplômé en génie civil. Selon le gouvernement, le texte vise à simplifier la vie des détenteurs d'armes à feu « respectueux des lois » en fusionnant les permis d'acquisition et de possession des armes à feu en un unique permis.

Le projet de loi prévoit également un assouplissement de la loi envers les détenteurs de permis qui négligent de le renouveler dans les délais prescrits, en leur accordant une période de grâce de six mois. Le ministre Blaney a indiqué que son gouvernement voulait ainsi éviter de criminaliser les détenteurs d'armes à feu pour un manquement administratif.

Mme Reithjen a soutenu que les conservateurs avaient « démoli ou affaibli la plupart des mesures » en matière de contrôle des armes, évoquant notamment l'abolition du registre des armes d'épaule, en 2012.

La Cour suprême se penche d'ailleurs sur la demande du Québec, qui souhaite récupérer les données québécoises du registre, ce à quoi s'oppose Ottawa.

Le registre avait été créé par les libéraux, à la suite d'une mobilisation populaire en faveur d'un contrôle des armes accru, mais le coût de son d'implantation - un milliard de dollars - avait été décrié.

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