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Le harcèlement sexuel à la GRC traité comme conduite disgracieuse dans les Prairies

27/11/2014 05:55 EST | Actualisé 27/11/2014 05:56 EST
Radio-Canada

Les cas de harcèlement sexuel dans les rangs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n'ont pas épargné l'ouest du pays, révèlent des documents obtenus par ICI Radio-Canada grâce à la Loi d'accès à l'information.

Ces documents font état de 25 cas de harcèlement sexuel qui ont mené à des sanctions dans l'Ouest canadien de 2007 à 2013.

Il est toutefois difficile de connaître l'ampleur réelle du problème, car en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba, la GRC classe les plaintes de harcèlement sexuel comme étant des cas de conduite disgracieuse, sans indiquer plus de détails dans la majorité des cas.

La GRC soutient qu'il est impossible d'en apprendre davantage sur ces plaintes, en raison de ses règles de confidentialité.

Une plainte rejetée parce qu'elle a traîné en longueur

L'ex-agente de la GRC Laura Lehne voulait devenir policière, comme son père, mais son passage dans la Gendarmerie royale du Canada en Saskatchewan lui a laissé un goût amer.

Le harcèlement sexuel dont elle soutient avoir été victime au travail l'a conduite à la dépression et a mis un terme à son rêve de faire carrière dans la GRC.

Une entente de confidentialité entre Laura Lehne et la GRC l'empêche de dévoiler ce qui lui est arrivé. Elle a reçu un dédommagement financier lors d'une entente hors cour en 2009 dans cette affaire.

Une copie de sa poursuite en 2007 indique toutefois qu'elle aurait subi plusieurs épisodes de harcèlement sexuel. Le premier serait survenu à l'été 2004, à Buffalo Narrows, dans le nord de la Saskatchewan.

Dans sa poursuite, Laura Lehne affirme que son supérieur de l'époque lui a fait une série d'avances sexuelles non sollicitées. Il aurait notamment déclaré à ses collègues qu'il allait « la pénétrer de façon agressive et l'abandonner ».

Laura Lehne a porté plainte à ses supérieurs pour harcèlement sexuel. Cinq ans plus tard, le comité d'arbitrage de la GRC qui a qualifié la plainte de « fondée » a tout de même rejeté sa plainte parce qu'un dirigeant de la GRC l'aurait transmise après les délais requis.

Le présumé harceleur n'a jamais été puni dans cette affaire.

Laura Lehne déplore que les victimes de harcèlement qui brisent le silence en payent le prix à la GRC.

« Si quelqu'un est perdant [quand une plainte de harcèlement est déposée], c'est la victime. C'est moi qui n'ai plus de carrière. » — Laura Lehne, ex-agente de la GRC

Cas de harcèlement sexuel reconnu en Saskatchewan

ICI Radio-Canada a obtenu copie d'une décision rendue dans un cas de conduite disgracieuse survenu en Saskatchewan qui se révèle être un cas de harcèlement sexuel.

En 2009, après une formation de la GRC, un agent a saisi et frappé les fesses de l'une de ses collègues à deux reprises.

La victime explique qu'elle a été humiliée devant des membres du public et d'autres agents de la GRC.

À la suggestion des deux parties, l'agent en cause a perdu sept jours de salaire et il a reçu une mention à son dossier. La victime a quant à elle été mutée dans une autre province, à sa demande.

Une nouvelle catégorie de plainte pour le harcèlement sexuel

La GRC admet que plusieurs cas de harcèlement sexuel se retrouvent dans la catégorie de conduite disgracieuse, mais elle indique qu'elle changera sa façon de faire et qu'une nouvelle catégorie pour le harcèlement sexuel sera créée cette année.

La police fédérale explique qu'elle ne peut pas commenter les cas spécifiques, en raison de ses règles de confidentialité, mais le sergent-major Mark Johnson soutient que l'organisation entend tout faire pour protéger ses membres et lutter contre le harcèlement sexuel.

La GRC affirme aussi que ceux qui dénoncent les cas de harcèlement seront protégés.

« La GRC fait tout ce qu'elle peut pour s'assurer que ses employés qui veulent déposer une plainte pour des cas présumés de harcèlement sexuel se sentent à l'aise de le faire. » — Mark Johnson, sergent-major de la GRC

Les témoignages de plusieurs dizaines de membres de la GRC actifs et retraités ont été recueillis par la députée libérale Judy Sgro pendant une série de rencontres tenues à travers le pays en 2013.

Mme Sgro raconte que plusieurs agentes lui auraient confié avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail. Certaines auraient perdu leur emploi après avoir brisé le silence.

Le présumé harceleur de Laura Lehne fait face à une nouvelle enquête de harcèlement sexuel envers une collègue pour des faits qui seraient survenus en 2014. Laura Lehne n'est pas étonnée que le sergent se retrouve à nouveau en mauvaise posture.

D'après un reportage de Guillaume Dumont du Téléjournal Saskatchewan.

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