POLITIQUE

Loi 41: les pharmaciens auront bientôt de nouveaux pouvoirs, mais qui paiera la note?

26/11/2014 02:40 EST | Actualisé 26/01/2015 05:12 EST
stevecoleimages via Getty Images

QUÉBEC - Les pharmaciens devront eux aussi contribuer à l'effort collectif entrepris pour atteindre l'équilibre budgétaire à court terme.

Québec estime à 133 millions $ la somme qu'il n'aura pas à verser annuellement aux pharmaciens pour accomplir huit nouveaux actes actuellement réservés aux médecins.

Il reste à savoir dans quelle mesure les pharmaciens pourraient être tentés, directement ou indirectement, de refiler la facture aux consommateurs, en imposant des frais accessoires additionnels pour compenser le manque à gagner. Ils n'auront cependant pas le droit de réclamer des honoraires supplémentaires aux assureurs privés.

Après des années de négociations, le gouvernement et les pharmaciens ont donc finalement conclu une entente sur les honoraires versés par Québec pour leur permettre d'exercer ces nouveaux champs de pratique.

Les pharmaciens pourront accomplir huit actes supplémentaires, mais seulement trois d'entre eux seront remboursés, a expliqué mercredi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, en point de presse.

Il a dit estimer que les autres gestes faisaient partie des tâches courantes du pharmacien. «On considère que ça fait partie de sa pratique normale», selon lui.

Grâce à ces trois actes supplémentaires, les pharmaciens devraient toucher collectivement 25 millions $ annuellement.

Pour accroître davantage la contribution des pharmaciens à l'équilibre budgétaire, Québec revoit du même coup à la baisse les honoraires versés pour accomplir certains actes.

Par exemple, les pharmaciens ne pourront plus facturer le fait de remplir un pilulier, une économie dans les coffres de l'État estimée à 115 millions $ par année.

Une liste de médicaments sera désormais exclue des actes pouvant être facturés par les pharmaciens, une économie supplémentaire de 28 millions $. En font partie: la prescription d'ordonnances pour de l'acétaminophène, des anovulants, de la vitamine D ou C, les hormones thyroïdiennes et les bandelettes des lecteurs de glycémie pour les diabétiques.

En vertu de la loi 41, adoptée en décembre 2011, mais toujours pas en vigueur, les pharmaciens pourront renouveler des ordonnances pour éviter l'interruption d'un traitement, ajuster des ordonnances de médecin (dose, posologie), substituer un médicament à un autre en cas de rupture d'approvisionnement, prescrire un médicament lorsqu'un diagnostic n'est pas requis, de même que prescrire et interpréter des analyses de laboratoire.

Parmi les actes qui seront remboursés, on trouve le fait de prolonger ou ajuster une prescription, et le fait de prescrire un traitement pour une maladie ne nécessitant pas le diagnostic d'un médecin.

L'idée à l'origine du projet de loi, qui avait été défendu par l'ex-ministre de la Santé, Yves Bolduc, était de désengorger les salles d'urgence, les cliniques et cabinets de médecins.

Mais même si la loi a été adoptée en 2011, les Québécois devront se montrer patients avant d'espérer régler leurs problèmes de santé mineurs à la pharmacie, plutôt que dans un cabinet de médecin ou à l'urgence.

Car il faudra attendre 60 jours après l'adoption du projet de loi 28, déposé mercredi par le ministre des Finances, Carlos Leitao, avant de pouvoir demander à son pharmacien d'exercer l'un ou l'autre de ses nouveaux pouvoirs.

Le projet de loi 28, à multiples volets, vise à légaliser diverses mesures, dont celles touchant les pharmaciens, devant mener à l'équilibre budgétaire en 2015-2016.

L'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) trouve la pilule bien amère et nie avoir conclu une «entente» avec Québec dans ce dossier.

Le président, Jean Thiffault, affirme plutôt, dans un communiqué, que le gouvernement «n'a jamais négocié de bonne foi avec nous».

L'AQPP juge que Québec décrète unilatéralement les nouvelles règles du jeu et calcule que les changements annoncés vont priver les pharmaciens de revenus de l'ordre de près de 177 millions $ annuellement.

«Cela réduira l’accès aux soins de santé de première ligne, qui est pourtant au coeur des priorités du Québec», prévient M. Thiffault.

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