POLITIQUE

Course à la chefferie du PQ: Pierre Céré, l'homme du 0%

25/11/2014 05:56 EST | Actualisé 25/11/2014 06:12 EST
twitter.com/cerepq

QUÉBEC - Dans les sondages, c'est l'homme derrière le 0%. Celui que personne ne voit à la tête du Parti québécois. Puisqu'il n'a rien à perdre, Pierre Céré s'exprime sans censure sur la charte des valeurs, sur PKP, et même sur ses promesses qui feraient rougir Québec solidaire.

Un récent coup de sonde Léger-Le Devoir est dévastateur pour Pierre Céré. Pierre Karl Péladeau récolte 59% des intentions de vote chez les péquistes. Alexandre Cloutier fait une remontée remarquée à 12%, tandis que ses adversaires Bernard Drainville (8%), Jean-François Lisée (4%) et Martine Ouellet (1%) ferment la marche. Pierre Céré, lui, ne s'inscrit même pas au classement.

«Ça ne m'énerve pas, dit le principal intéressé. En ce moment, on n'est pas encore dans le débat, je ne suis pas encore sur la place publique.»

Candidat péquiste défait dans Laurier-Dorion, Pierre Céré est bien connu pour son implication sociale et communautaire. Depuis 1997, il est coordonnateur du Comité Chômage de Montréal et porte-parole du Conseil national des chômeurs. Il dit se lancer dans la course pour gagner, même s'il a «peu de chances».

PKP et le modèle québécois

Il n'est surtout pas prêt à couronner le meneur présumé de la course. «Péladeau, on ne l'entend pas parler, dit-il. Et quand on l'entend parler, il ne gagne pas.»

Le discours du député de Saint-Jérôme manque de consistance, déplore-t-il. «On ne sent pas une grande réflexion, des idées fortes. Ça semble un peu décousu», affirme Pierre Céré.

Il craint également une dérive du parti vers la droite si PKP en prend la tête. «Je ne suis pas certain qu'il saisit bien le modèle québécois. C'est un modèle qui inclut l'accès à la syndicalisation», dit-il, en référence à la remise en question de la formule Rand par l'ancien patron de Québecor lors du lock-out au Journal de Montréal.

Comme Jean-François Lisée, Pierre Céré s'inquiète du double rôle de PKP qui demeure actionnaire de contrôle de Québecor, tout en étant élu. «Il détient 40% des médias d'information, c'est énorme!», lance-t-il. Et il n'est pas impressionné par la promesse du député de Saint-Jérôme de placer ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard et de s'engager solennellement à ne pas intervenir dans ses médias. «Je suis surpris qu'il n'ait pas offert une réponse plus solide», dit-il.

Pour illustrer sa position, il donne l'exemple de Daniel Boyer, président de la FTQ. S'il devenait chef du PQ, celui-ci ne pourrait pas conserver ses fonctions à la tête de la centrale syndicale. «Ce serait absurde, il serait obligé de démissionner», croit Pierre Céré.

Il n'est pas plus tendre envers certains autres candidats à la chefferie qu'il accuse de vouloir se positionner pour l'après-course. «Je ne donnerai pas de nom, mais écoutez les discours. Certains ménagent la chèvre et le chou», lance-t-il.

Dérive identitaire

Pierre Céré se montre également très critique envers le projet de charte des valeurs proposé par le gouvernement Marois. «Il y a eu une dérive identitaire au PQ», affirme-t-il. Selon lui, le parti a créé dès 2007 une stratégie de crise afin d'aller chercher l'électorat de l'ADQ.

S'il se dit ouvert à laïciser les institutions étatiques, il refuse de bannir les signes religieux. «On pourrait créer des locaux pour la prière disponibles pour les gens de toutes religions», illustre-t-il. Chose certaine, la laïcité ne serait pas la priorité d'un PQ dirigé par Pierre Céré.

À gauche de la gauche

Les idées mises de l'avant par Pierre Céré ne détoneraient pas dans un congrès de Québec solidaire. Gratuité scolaire, revenu minimum garanti pour les artistes, congé payé de quatre semaines pour tous...

Pierre Céré propose même de nationaliser la distribution de l'Internet, sur le modèle d'Hydro-Québec, afin d'offrir un accès haute vitesse à bas prix dans toute la province. «On l'appelle la clause PKP», rigole-t-il.

«Nous sommes une des sociétés les plus riches au monde, dit-il pour justifier son ambitieux programme. Il faut se donner des instruments qui profitent à la société.»

D'ailleurs, il ne croit pas le gouvernement Couillard quand il brandit la menace de la décote des institutions financières qui mènerait à une hausse des taux d'intérêt à payer sur la dette de la province. «J'ai 55 ans. J'entendais déjà ce discours-là dans les années 1960», dit-il.

Les compressions du gouvernement Couillard sont «une attaque en règle contre le modèle québécois», estime-t-il. «Depuis 60 ans, tous les gouvernements ont construit dans la continuité, dit-il. Pour la première fois, on a un gouvernement qui veut détruire. Coiteux, Leitao et les autres sont des ennemis jurés et déclarés du modèle québécois.»

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