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Isle-Verte: l'édifice n'était pas conforme, selon l'entrepreneur qui l'a bâti

19/11/2014 10:57 EST | Actualisé 19/01/2015 05:12 EST
Jacques Boissinot/PC

RIVIÈRE-DU-LOUP, Qc - Le répartiteur de la centrale d'alarme a été mis en attente quand il a prévenu le service 911 de l'incendie qui faisait rage à la Résidence du Havre à L'Isle-Verte dans la nuit du 23 janvier.

C'est ce que montre un des extraits sonores déposés mercredi après-midi à l'enquête du coroner et commissaire aux incendies Cyrille Delage, qui a semblé surpris par cette façon de procéder. M. Delage mène l'enquête au palais de justice de Rivière-du-Loup, en vue de faire la lumière sur cette tragédie qui a fait 32 morts dans cette résidence pour personnes âgées.

Les délais sont un des éléments en cause dans cette affaire, notamment la réaction des services d'urgence et l'intervention des pompiers. Or les communications entre le déclenchement de l'alarme et l'envoi des pompiers ont été longues et fastidieuses.

Les extrait ont été diffusés au témoignage de Stéphane Lampron, répartiteur de la Centrale de contrôle d'alarme du Québec (CCAQ), à Shawinigan, qui s'occupait du système d'alarme de la Résidence du Havre.

À 00h21, le déclenchement de l'alarme incendie est reçu par la CCAQ. M. Lampron appelle sur place pour vérifier.

«On vient de recevoir une alarme d'incendie, est ce que c'est une fausse alarme?» demande M. Lampron.

«Oui c'est urgent», répond le surveillant de nuit, Bruno Bélanger, apparemment en panique, pendant qu'on entend en arrière-fond le bruit strident de l'alarme.

À 00h22, l'alarme est donc confirmée. Immédiatement après, M. Lampron appelle la centrale CAUREQ, responsable du service 911 dans l'est du Québec. Il est 00h22:47. C'est l'autre extrait sonore, là où cela se complique.

«Centrale de contrôle d'alarme, pour une alarme d'incendie», dit M. Lampron.

«Attendez moi un instant, Monsieur», répond la préposée. Un long silence de 33 secondes s'écoule, ponctué d'une tonalité.

Par la suite, la préposée lui a posé de nombreuses questions: adresse, résidence, numéro de téléphone, compagnie d'alarme, numéro d'opérateur, numéro pour contacter la centrale, la zone, contact sur place, signes d'incendie relevés sur place, etc.

L'appel a duré près de deux minutes. À 00h25:47, M. Lampron raccrochait. Les pompiers ont été avertis à 00h26. Il s'est donc écoulé cinq longues minutes entre le déclenchement de l'alarme et l'alerte aux pompiers, de 00h21 à 00h26.

«Ça vous arrive souvent qu'on vous dise: un instant, on va vous revenir», a demandé M. Delage au témoin.

«Oui, ça peut arriver», a-t-il répondu au coroner, visiblement surpris.

Dans le témoignage qui a suivi, la directrice de CAUREQ, Carole Raîche, a pour sa part expliqué qu'il était nécessaire de poser toutes ces questions, car c'est un protocole à respecter en vertu de la loi.

Plus tôt mercredi, l'entrepreneur qui a construit la Résidence du Havre a confirmé que le bâtiment n'était pas conforme aux normes de la Régie du bâtiment au moment de l'incendie.

Denis Michaud a indiqué qu'au rez-de-chaussée, le couloir ainsi que les trois chambres et la pharmacie n'étaient pas munis de séparateurs coupe-feu, parce qu'il avait conçu le bâtiment conformément aux règles pour un immeuble à appartements.

Or, plus tôt cette semaine, une représentante de la Régie du bâtiment avait indiqué que si des personnes âgées non autonomes logeaient au rez-de-chaussée, il aurait dû y avoir des séparateurs coupe-feu pour que l'immeuble soit conforme. Des personnes âgées qui avaient des problèmes de mobilité logeaient au rez-de-chaussée.

Par ailleurs, les indications du système d'alarme ont été analysées car elles pourraient donner des indices sur le début de l'incendie.

André Beaulieu, de l'entreprise qui s'occupait de ces équipements à la résidence, a décortiqué pour l'enquête le fonctionnement du système et les appels acheminés.

À 00h24, la tirette d'alarme a été actionnée à la chambre 102, au rez-de-chaussée, occupée par Audette Dubé-Grandmaison, près de la chambre électrique et de la cuisine.

À 00h30, la tirette a été activée dans une salle de bain pour handicapés, reliée par une liaison sans fil, tout près. L'avocate a fait remarquer qu'il est peu probable que quelqu'un utilisait cette salle de bain à ce moment. La tirette aurait pu fondre et déclencher le signal.

Enfin, l'ex-contremaître de la municipalité de L'Isle-Verte, Bernard Tanguay, est venu assurer que jamais les pompiers n'ont manqué d'eau lors de leur intervention dans la nuit du 23 janvier.

Il a expliqué qu'il est intervenu rapidement pour maintenir l'approvisionnement en eau. Muni d'un tableau, il a montré que le niveau du château d'eau de 300 000 gallons US avait baissé dramatiquement pendant les heures critiques, mais qu'il restait encore de l'eau. Toutefois, la pression était inférieure, du simple fait qu'il y avait moins d'eau dans le réservoir.

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