BIEN-ÊTRE

8 vignobles incontournables sous le soleil du Chili (PHOTOS)

19/11/2014 02:35 EST | Actualisé 19/11/2014 02:38 EST
Jasmine Nadeau

C’est l’automne, le temps des vendanges, des feuilles qui rougissent et tombent, des journées grises, du vent froid qui nous surprend au détour d’une rue et des premières neiges. Le mobilier des terrasses est bien rangé pour l’hiver, la nostalgie des belles journées chaudes nous assaille… mais pas au Chili!

Il faut une bonne dizaine d’heures d’avion pour y arriver, mais quel bonheur de constater qu’il fait soleil et 30 degrés. C’est le printemps! Dans les parcs, tout est si vert, les arbres arborent de jolies fleurs pastel, les bourgeons émergent et les minuscules petits fruits accrochés aux vignes promettent déjà une récolte fructueuse. Un sentiment étrange m’envahit. Comme si d’un seul coup, j’avais sauté par dessus l’hiver.

Le Chili c’est le pays du vin. Bien sûr, les ressources minières sont plus importantes, mais c’est tout de même une richesse incroyable pour ce petit pays. Plus d’un millier de vignerons travaillent dans les 300 différentes maisons qui regroupent sous leur bannière plusieurs vignobles et terroirs différents. Pour certaines maisons, jusqu’à 99 % de la production est vouée à l’exportation. Le Chili détient le quatrième rang des pays exportateurs au niveau mondial.

Ce qui étonne, c’est que les Chiliens ne sont pas de grands buveurs de vin. Ils préfèrent le pisco, une boisson forte qui ressemble à un brandy.

Le Chili est une longue bande de terre de près de 4 300 km sur la côte du Pacifique. Des frontières naturelles séparent le Chili des autres pays limitrophes. Au nord, le désert d’Atacama le sépare de la Bolivie et du Pérou et à l’est, la cordillère des Andes le sépare de l’Argentine. Ces barrières sont sans doute ce qui a protégé les vignes du phylloxera, qui a dévasté les vignes d’Europe entre 1861 et 1869 et celles de nombreux autres pays. D’autres hypothèses avancent que ce serait la teneur élevée de cuivre dans les rivières qui auraient épargné les vignobles de cette infestation. Quoi qu’il en soit, on retrouve des vignes vieilles de 140 ans et un cépage presque disparu en France, le fameux Carménère qui semble s’être parfaitement adapté.

Le climat méditerranéen du Chili, ses vallées protégées et ensoleillées, ses étés secs et les vents de la mer qui soufflent sur ses côtes et tempèrent les nuits procurent des conditions idéales à la culture du raisin et à la production de vins. Les plantations de vignes dans les vallées forment des tableaux étonnants presque abstraits d’accumulations de lignes ondulantes, qui épousent les vallons entourés de gigantesques pics enneigés.

Notre voyage nous transportera de vignoble en vignoble, à la découverte de bons vins, de paysages spectaculaires et de gens passionnés. Le paysage vinicole est séparé en 14 différentes vallées. Nous en visiterons trois situées au centre du pays. La vallée Maipo, la Cochagua et l’Aconcagua, ce qui ne nous empêchera pas de goûter des vins qui proviennent d’autres régions plus près de la côte, comme d’excellents sauvignons des vallées de Leyda ou de Casablanca. Je ne suis pas une experte en vin, mais j’aime bien le vin pour en avoir goûter quelques-uns… je vous livrerai donc mes coups de cœur.

Le Chili en 8 vignobles

Cousino Macul, vallée de Maipo – Santiago

De Santiago, notre premier vignoble à visiter est le Cousino Macul. L’étalement et l’urbanisation de Santiago au fil des ans ont tranquillement ceinturé les terres de ce vignoble, si bien qu’on le croirait en pleine ville.

C’est un des rares vignobles à être demeuré entre les mains d’une même famille depuis sa fondation en 1856 par Matias Cousino. Il avait lui-même importé d’Europe les vignes non greffées dont certaines subsistent encore sur le domaine.

C’est aujourd’hui la sixième génération des Cousino qui exploite l’entreprise et perpétue la tradition familiale. Arturo Cousino et sa nièce nous accueillent et nous racontent l’histoire fascinante de leur famille en traversant le petit musée rempli d’objets ayant servi à la production du vin au fil des ans. La salle aux immenses cuves construite en 1872 par un architecte français contraste avec les installations de stainless immaculé à la fine pointe de la technologie actuelle.

Les vignes sont plantées au pied de la cordillère des Andes qui l’approvisionne en eau dès le début de la fonte des neiges au printemps. Le domaine compte plus de 250 hectares. De magnifiques jardins privés et une grande résidence servent encore aux réunions familiales du dimanche.

La visite continue vers les vieilles caves souterraines situées à 6 mètres sous la terre. On y accède par un long couloir vouté. Dès les premiers pas, on ressent une étonnante fraîcheur indispensable à la conservation de leur précieuse production. D’innombrables tonneaux sont alignés le long des murs de pierre, on découvre ensuite la collection privée de bouteilles dont certaines bouteilles datent de 1927. Bien entendu, nous terminons par la dégustation de leurs vins signatures.

Mon coup de cœur lors de la dégustation est le Cousino Macul Finis Terrae 2010 qui se vend 40,25 $ à la SAQ, il provient de la zone que l’on a visitée, qui est très reconnue pour le Carbernet-Sauvignon.

Tarapaca – Vallée de Maipo

Situées à environ 40 minutes au sud de Santiago, les terres du domaine de Tarapaca s’étendent au pied d’un volcan entouré de montagnes de la cordillère des Andes. D’immenses palmiers se dressent dans les jardins méticuleusement entretenus entourant une majestueuse demeure de style toscan.

À notre arrivée, nous apercevons des travailleurs qui s’affairent à démonter une tente juste à côté du somptueux manoir datant de 1927. « Hier nous avons organisé un mariage », nous confie Bianca, notre hôte. Moi qui cherchais l’endroit idéal pour me marier; un vignoble entouré d’une dizaine d’hectares de jardins splendides, d’un petit terrain de golf, de tennis, d’un sauna, d’une piscine, au centre duquel trône une résidence décorée avec tellement d’élégance! Chéri, j’ai enfin trouvé!

Le vignoble lui, s’étend sur plus de 600 hectares, dont l’irrigation des terres se fait par un système de goutte à goutte dont l’eau est puisée à même la source du Rio Maipo qui traverse les terres. On dit que ses terroirs s’apparentent à ceux de la région bordelaise. Mais ils possèdent aussi des terres plus près de la côte dans la région de Leyda. J’ai beaucoup apprécié le Leyda Lot 21, mais je ne le crois pas encore disponible à la SAQ.

Il est possible de visiter la résidence et d’y savourer un repas lors de la visite, mais il faut réserver à l’avance. En plus de déguster leurs fameux vins de la série 1985 et les Gran Réserva, nous avons visité les vignobles à cheval, empruntant des sentiers à travers les vignes et les jardins. Une journée absolument divine!

Mon coup de cœur, disponible à la SAQ, est le Tarapaca Gran Réserva, cabernet sauvignon à 20,45 $

Casa Silva, Vallée de Colchagua près de San Fernando

Cette propriété, située à environ une heure trente de Santiago est un véritable paradis des amoureux des chevaux, du design rustique chic et du bon vin. C’est sans doute le vignoble qui rassemble les deux plus grandes traditions chiliennes rurales, dans la plus parfaite harmonie. Leur style de vie est entièrement dédié à leurs deux passions, le vin et les chevaux. Ils accumulent les distinctions dans les deux domaines.

Le vignoble est une propriété de la famille depuis ses débuts et quand on visite Casa Silva on a l’impression qu’un ami nous ouvre les portes de son domaine, nous invite à partager son mode de vie. Les Silva demeurent encore aujourd’hui sur la propriété entourée de 740 acres de plantations de vignes, dont certaines proviennent de la région de Bordeaux et datent de 1912.

On nous attend à la terrasse du Polo Club pour un repas avec les membres de la famille. Une grosse cheminée repose au centre de la pièce décorée avec goût et raffinement. Tout est en camaïeux de gris; les poutres de bois, les planchers de mosaïques, les objets choisis avec soin, les matières brutes. Quel bel ensemble esthétique chaleureux et reposant ! Au-dessus du bar sont accrochés des artéfacts et des photos relatant les exploits équestres de la famille.

« Notre équipe a gagné le championnat de polo en 2014 », nous déclare avec fierté Mario Pablo Silva, directeur général de Vina Casa Silva. On peut le voir en compagnie de ses deux fils sur la photo, la sixième génération des Silva. » Son regard en dit long quand il contemple la photo; l’esprit de famille, le bonheur de partager les mêmes valeurs, les mêmes passions.

Au vignoble Casa Silva, on peut assister à une joute de polo attablé à la terrasse du restaurant ou à un rodéo professionnel avec des huasos - cow-boys chiliens- de la région et même apprendre à faire de l’équitation à l’académie équestre. L’écurie compte plus de 150 chevaux, dont les poneys de l’équipe nationale de polo du Chili.

Le petit hôtel boutique d’à peine six chambres est si invitant qu’on se croirait dans la maison des invités. Le décor est chaleureux et très chic. On partage le salon et la salle à manger avec les autres invités. Il paraît qu’il n’en coûte que 200 $ la nuit, incluant le petit déjeuner et la dégustation des vins. Une véritable aubaine pour habiter un tel domaine !

Mon coup de cœur offert à la SAQ à 20, 20 $ est le Cool Coast, sauvignon blanc, excellent !

MontGras, Vallée de Colchagua, près de Santa Cruz

Le vignoble Montgras est situé tout près d’une petite ville d’à peine quelques rues possédant un hôtel qui vaut vraiment le détour. Un véritable petit resort abritant un musée, un casino, des piscines, des bars et des restaurants. Des hommes et des femmes d’affaires de partout dans le monde s’y arrêtent. Ce sont des spécialistes du domaine du vin et des touristes venus visiter les vignobles environnants, la vie grouillante de l’hôtel contraste avec la campagne tranquille qui l’entoure.

Une des activités offertes au vignoble de Montgras après la dégustation des différents vins est l’expérience « My Wine » où l’on doit concocter son propre vin. On prend le temps de goûter trois cépages purs à 100 %, soit un cabernet sauvignon, un carménère et un merlot. On décide du pourcentage pour chaque cépage qui composera l’assemblage de notre vin personnel et quand on a trouvé la parfaite combinaison, c’est le temps de l’embouteiller, de le boucher et de l’étiquetter. On déguste ensuite à l’aveugle les assemblages de chacun et on vote pour le meilleur vin du jour. Au final, on rapporte notre grand cru personnel à la maison. L’activité est aussi agréable qu’enrichissante. Fort des conseils de l’expert et des discussions sur les goûts et la manière de bien goûter les différents arômes on a vraiment l’impression d’être dans la peau d’un œnologue durant quelques heures.

Mes coups de cœur disponible à la SAQ : le MontGras Ninquén Antu, Syrah, qui se vend 19,20 $ et l’Intriga, qui est un assemblage de Cabernet Sauvignon, Cabernet franc et Petit Verdot, qui provient de la vallée de Maipo. Il se détaille 23 $.

Montes, Vallée de Colchagua

Montes, on le visite pour son design feng shui, son bistro et sa terrasse moderne, et pour le lunch en montagne avec vue spectaculaire. On a aussi la possibilité de faire du trekking. Les vins sont tous de très bons produits. Les barils de la gamme signature sont bercés par des chants grégoriens !

Mon coup de cœur est le Montes Alpha M, mais il se vend 83,25 $. Il faut tout de même essayer les vins moins chers (autour de 22 $ à la SAQ) de la ligne Montes Alpha, tels que le syrah, le pinot noir et le merlot.

Santa Rita, Vallée de Maipo

Le vignoble de Santa Rita situé à 50 minutes de Santiago est sans doute le mieux organisé pour recevoir les touristes. À notre arrivée, nous visitons un musée rassemblant la collection privée du propriétaire de Santa Rita qui a légué avant sa mort une impressionnante collection d’artefacts précolombiens et d’objets usuels utilisés par les différents peuples du Chili. Il en a fait un musée gratuit pour instruire les enfants et les touristes sur l’histoire du Chili.

La maison aussi riche d’histoire, présente dans ses caves une mini prestation où l’on découvre le rôle important qu’avait jouée la courageuse Dona Paula Jaraquemada qui avait répondu aux Espagnols qui croyaient qu’elle cachait des combattants pour l’indépendance du Chili, « Brulez ma maison, si vous ne me croyez pas », ce qui avait découragé les Espagnols persuadés qu’elle disait vrai, pourtant 120 patriotes étaient cachés dans ses caves. Une des lignes de vin de la maison porte d’ailleurs fièrement le nom de 120 en commémoration de cette page d’histoire.

Au restaurant Dona Paula, il est possible de passer prendre un panier de pique-nique composé d’une bouteille de vin et de victuailles pour emporter et d’aller visiter les magnifiques jardins d’oliviers, de cyprès et de milliers de plantes provenant de partout dans le monde.

Un hôtel, le Casa Real, ayant appartenu au riche propriétaire Domingo Fernández Concha possède sa petite chapelle adjacente à la superbe propriété. Il l’avait fait construire pour sa fille qui devait marier le fils d’un propriétaire voisin.

On dit que cette fille qui avait fait un mariage malheureux, hante encore l’hôtel et qu’un homme, en se photographiant dans un des miroirs, aurait vu la silhouette de la jeune dame imprimée sur sa photo. Fantôme ou pas, je n’aurais aucune crainte à demeurer dans ce magnifique hôtel baigné d’une douce lumière et somptueusement décoré.

Le rosé 120, cabernet sauvignon, de Santa Rita est une véritable aubaine à 12,20 $ à la SAQ. Mon coup de cœur : le Medalla Real Cabernet sauvignon, détaillé à 20,20 $. J’ai goûté le 2011, mais le 2010 est disponible.

Errazuriz, Vallée Aconcagua

On dirait un paysage du Maroc en arrivant au domaine Errazuriz. Des palmiers entourent les trois bâtiments issus d’époques bien différentes. La modernité du troisième surprend. Les caves sont vraiment impressionnantes. C’est très un bel endroit pour passer l’après-midi, faire une dégustation et manger à la terrasse. L’oenologue en chef, Francisco Baetting possède un bac en ingénierie agricole et une maîtrise en oenologie de l’Université de Bordeaux. Il peut se flatter d’avoir produit un vin qui a gagné « Le meilleur vin du Chili » deux années consécutives, l’emblématique Don Maximiano.

Les vins Max réserva sont tous très intéressant et abordables (autour de 20 $) on trouve un merlot, un pinot noir, un carménère et un cabernet sauvignon. Nous avons eu la chance de goûter le fameux Don Maximiano, mon coup de cœur, qui se vend 83,25 $ à la SAQ.

Concha Y Toro, Vallée de Maipo

On peut faire une dégustation sur place, visiter le vignoble, les caves et les jardins de la résidence de la famille des Concha Y Toro. Mon coup de cœur le Don Melchor, absolument divin, à 80,25 $ à la SAQ. La maison Concha Y Toro offre des vins dans toutes les gammes de prix allant de 9,95 $ pour le Frontera, que je me promets de goûter par curiosité, jusqu’au Alamviva qui se détaille à 177,75 $.

Cono Sur est une maison de vins particulièrement intéressante. Elle n’est pas ouverte au public, on ne peut pas visiter son vignoble, mais ses vins sont de très grande qualité. Chaque année, ils font venir des œnologues très réputés de France pour l’assemblage de leurs vins. Mon coup de cœur, le Cono Sur 20 barrels Pinot Noir 2012, 30,25 $ à la SAQ.

Arboleda, qu’on ne peut pas visiter, offre aussi d’excellents produits : l’Arboleda, Sauvignon blanc 2012, 91 pts à l’indice Robert Parker, et le Chardonnay 2011, Pinot noir 2012 et le Cabernet Sauvignon [90 pts Parker). On les trouve autour de 20 $ à la SAQ.

Emiliana, c’est mon coup de cœur pour leur production biologique qui suit les principes de la biodynamie régie par les cycles de la nature. Un calendrier lunaire dicte les interventions humaines sur les vignes soit au niveau des racines avec des plantes médicinales, du compost, soit au niveau du feuillage. C’est complexe et un peu ésotérique, mais en complète harmonie et respectant vraiment la nature. Il faut goûter le Emiliana Coyam 2010 un assemblage de Syrah, Carmenere Merlot, Cabernet-Sauvignon et Mouvedre. C’est un vin robuste, parfait pour notre hiver froid. À la SAQ 30,25 $.

Ce voyage a été rendu possible grâce à l’association Wines of Chili.